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L’euthanasie pour cause psychique dans la ligne de mire
International 3 min. 04.02.2020

L’euthanasie pour cause psychique dans la ligne de mire

Trois médecins belges ont été acquittés vendredi lors d’un procès qui portait sur l’euthanasie d’une femme de 38 ans

L’euthanasie pour cause psychique dans la ligne de mire

Trois médecins belges ont été acquittés vendredi lors d’un procès qui portait sur l’euthanasie d’une femme de 38 ans
Photo: Shutterstock
International 3 min. 04.02.2020

L’euthanasie pour cause psychique dans la ligne de mire

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Les chrétiens-démocrates flamands demandent qu’une partie de la loi qui encadre l’euthanasie en Belgique depuis 2002 soit révisée.

De notre correspondant, Max Hellef (Bruxelles) - Un procès très médiatique vient de s’achever à Gand. Il laissera des traces dans la société belge, et peut-être dans la législation. Trois médecins ont été acquittés vendredi lors d’un procès qui portait sur l’euthanasie d’une femme de 38 ans. Tine Nys avait souhaité mourir en raison de souffrances psychiques «intolérables»: elle avait multiplié les états dépressifs tout au long de sa vie et fait plusieurs tentatives de suicide.

L’euthanasie avait eu lieu en 2010 en présence de ses proches. Mais, en 2011, une des sœurs de Tine Nys s’était tournée vers la justice, accusant les médecins d’avoir décidé trop hâtivement de suivre sa demande. La patiente avait été de surcroît diagnostiquée autiste quelques semaines avant de mourir. Les trois accusés risquaient en théorie la réclusion criminelle à perpétuité. C’était la première fois que des médecins étaient poursuivis pour empoisonnement dans le cadre d’un dossier d’euthanasie depuis l’entrée en vigueur de la loi en 2002.


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Si l’euthanasie pour «souffrance physique intolérable» est généralement bien perçue en Belgique, il n’en va pas de même pour l’acte qui veut délivrer le demandeur d’une douleur psychique jugée aussi insupportable qu’incurable. Le cas de Tine Nys a donc soulevé beaucoup d’émotions. Les débats étaient encore en cours que le ministre de la Justice Koen Geens a plaidé pour que soit examinée et explicitée davantage la notion de «souffrance psychique intolérable».

Ainsi, son interprétation apparaîtrait plus clairement dans la jurisprudence, a-t-il estimé. «Le désespoir médical est une question qui doit être un peu mieux réglée par le législateur», a souligné le ministre – chargé depuis ce week-end par le roi Philippe de former la prochaine (et toujours hypothétique) coalition fédérale.

Koen Geens prône encore un meilleur accompagnement des médecins qui assistent le patient dans ses derniers moments. La sortie du ministre Geens en a laissé plus d’un dubitatif. Dans les colonnes du Soir, la présidente de l’Association belge pour le droit de mourir dans la dignité, Jacqueline Herremans,  avoue de «l’amertume envers ceux qui ont voulu de manière opportuniste faire le procès de la loi sur l’euthanasie au lieu de réfléchir à l’améliorer».


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Pour elle, «la proposition de Geens et donc du CD&V (parti chrétien-démocrate flamand) vise à restreindre la loi. Autre chose est de définir de bonnes pratiques médicales. L’Ordre des médecins a proposé des directives déontologiques pour la pratique de l’euthanasie des patients en souffrance psychique à la suite d’une pathologie psychiatrique. Nul besoin de modifier la loi à ce sujet.»

Pour les défenseurs de l’actuelle législation, la justice néerlandaise représente par ailleurs l’exemple à suivre pour les cas potentiellement litigieux. Si un médecin ne se conforme pas à la loi néerlandaise de dépénalisation de l’euthanasie, expliquent-ils, il devra le cas échéant répondre de ses actes devant un tribunal correctionnel, et non devant les assises comme pour un homicide relevant du droit commun. Le risque existait qu’en cas de condamnation des trois médecins poursuivis devant la cour d’assises de Gand, un certain nombre de leurs confrères refusent désormais de pratiquer l’euthanasie, laissant les malades seuls avec leurs souffrances.

Les statistiques recueillies au cours des dernières années ont montré que l’euthanasie pour raisons psychiques concerne environ un demandeur sur cent, résidant le plus souvent en Flandre.  


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