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L'Europe divisée avant un sommet sur l'après-crise
International 4 min. 23.04.2020 Cet article est archivé

L'Europe divisée avant un sommet sur l'après-crise

Charles Michel appelle l'UE à se mettre d'accord rapidement pour travailler sur un fonds de relance.

L'Europe divisée avant un sommet sur l'après-crise

Charles Michel appelle l'UE à se mettre d'accord rapidement pour travailler sur un fonds de relance.
Photo: AFP
International 4 min. 23.04.2020 Cet article est archivé

L'Europe divisée avant un sommet sur l'après-crise

Les dirigeants européens s'apprêtent à débattre jeudi des solutions pour sortir l'Union européenne de la récession due à la pandémie de coronavirus, mais la désunion règne entre les pays membres. Ce qui devrait les contraindre à reporter toute décision d'envergure.

(AFP) - Les 27 ne parviennent pas, pour le moment, à s'entendre sur la façon de relancer le moteur économique. Et un détail en dit long sur leurs divergences: contrairement à l'habitude, ils ne devraient adopter aucune déclaration commune à l'issue de leur sommet en visioconférence, qui débutera à 13 heures ce jeudi.

Dans sa lettre d'invitation aux chefs d'Etat et de gouvernement, le président du Conseil européen Charles Michel, à la manoeuvre lors des sommets, leur suggère de «se mettre d'accord pour travailler sur un fonds de relance aussi vite que possible». Et mission devrait être confiée à la Commission européenne de travailler rapidement sur le sujet.


Car la pandémie a percuté de plein fouet les économies. L'Union européenne (UE), dont les populations sont confinées dans la plupart des pays, devrait enregistrer une chute record de son PIB de 7,1% cette année, selon les prévisions du FMI. Quant à la crise qui menace les 19 pays de la zone euro, elle risque d'être la pire de la courte histoire de la monnaie unique lancée en 1999. 


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Dans ce contexte, les vieux clivages ont réapparu au grand jour. Ainsi, les pays du Sud, fortement endeuillés par la pandémie comme l'Italie et l'Espagne, réclament davantage de solidarité financière à leurs voisins du Nord. Mais ces derniers, en particulier l'Allemagne et les Pays-Bas, moins touchés par le virus, rechignent à payer pour des Etats à qui ils reprochent de ne pas avoir fait preuve de discipline budgétaire pendant les années de croissance. 

«Les pays du Sud ont l'impression que certains Etats, actuellement plus forts économiquement, vont utiliser cette crise pour l'être encore davantage. Et ceux du Nord pensent que leurs voisins du Sud vont profiter de la pandémie pour leur léguer le fardeau de la dette qu'ils ont contractée par le passé», résume un haut responsable européen. 

Dans l'Hexagone, l'Elysée anticipe «encore des débats à l'issue du Conseil» et n'attend pas d'accord avant l'été. «C'est le sommet typique sur lequel les rencontres bilatérales, la rencontre à côté de la salle, la possibilité de se parler, de se comprendre mieux dans un tête-à-tête, tout cela va manquer», a estimé l'ancien président du Conseil italien et président de l'Institut Jacques Delors, Enrico Letta. 


A protester, wears a face mask bearing the words "leave no one behind, during a nationwide action under the moto �Wir hinterlassen Spuren - #LeaveNoOneBehind� to protest against Europe external borders and asking to prevent a "corona catastrophe" on April 5, 2020 in front of the landmark Brandenburg Gate in Berlin, amid the new coronavirus COVID-19 pandemic. (Photo by Tobias SCHWARZ / AFP)
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De l'avis de tous, le plan de relance devrait être de plusieurs centaines de milliards d'euros, mais un montant définitif est encore loin d'être acté. Sur l'épineuse question du financement de fonds de relance, différentes options ont été présentées, mais aucune ne fait pour l'instant l'unanimité. Rome, Madrid ou Paris plaident pour un endettement commun, sous des formes variées, souvent résumé par le terme de «corona bonds». Et si Xavier Bettel (DP) affirme y être favorable, le gouvernement d'Angela Merkel, lui, s'y oppose

L'intérêt de la mutualisation des dettes pour les pays du Sud de l'Europe serait de bénéficier des taux d'intérêt peu élevés des pays du Nord. La question se pose également sur le lien entre le fonds de relance et le budget à long terme de l'UE, qui doit, en principe, être adopté d'ici la fin de l'année pour la période 2021-2027. Une option qui rassure les pays du Nord. Mais si elle fournit un cadre légal, elle risque de susciter d'autres questions tout aussi compliquées, comme la priorité de ces dépenses d'investissement d'après-crise par rapport à celles qui sont traditionnelles comme la Politique agricole commune (PAC). Les dernières négociations sur ce budget pluriannuel, en février avant la crise sanitaire et économique, s'étaient soldées par un échec retentissant.


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