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L'Eglise de France face à sa réalité pédocriminelle
International 3 min. 05.10.2021
Investigation

L'Eglise de France face à sa réalité pédocriminelle

De 1950 à 2020, plus de 3.000 "prédateurs" ont sévi dans les rangs des religieux français, estime l'enquête indépendante.
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L'Eglise de France face à sa réalité pédocriminelle

De 1950 à 2020, plus de 3.000 "prédateurs" ont sévi dans les rangs des religieux français, estime l'enquête indépendante.
Photo : AFP
International 3 min. 05.10.2021
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L'Eglise de France face à sa réalité pédocriminelle

Une commission indépendante estime à 216.000 le nombre de mineurs victimes de prêtres, diacres et religieux depuis 1950 dans l'Hexagone. L'enquête sur les violences sexuelles au sein de l'Eglise catholique de France a été dévoilée mardi.

(pj AFP) - Un constat «accablant» accueilli avec «honte» et «effroi» par la conférence des évêques. C'est ainsi qu'a été reçu le rapport sur les violences sexuelles commises au sein de l'Eglise en France. Et à bien regarder les chiffres présentés, mardi, le nombre des victimes mineures pourrait atteindre les 330.000 enfants, en intégrant aux gestes commis par des prêtres, les agressions dues à des laïcs travaillant dans des institutions de l'Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse...). Un calcul avancé par la commission indépendante sur les abus dans l'Eglise.


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«Ces nombres sont bien plus que préoccupants, ils sont accablants et ne peuvent en aucun cas rester sans suite», a déclaré le président de la commission. Jean Sauvé qui, au nom de la commission, a appelé l'Eglise à reconnaître sans détour sa «responsabilité». 

Résultat de deux ans et demi de travaux, le rapport de la Ciase a été remis publiquement à Paris à l'épiscopat français et aux ordres et congrégations religieuses, en présence de représentants d'associations de victimes. Face à eux, M. Sauvé a asséné que l'Eglise catholique avait manifesté «jusqu'au début des années 2000 une indifférence profonde, et même cruelle à l'égard des victimes» de pédocriminalité. 

En préambule à la publication du rapport français, François Devaux, figure de la libération de la parole des victimes de violences sexuelles de la part de prêtres et de religieux, avait appelé les évêques de France à «payer pour tous ces crimes», en ne mâchant pas ses mots face aux membres du clergé réunis. «Je sais que c'est de l'enfer que vous revenez», a lancé à la commission M. Devaux, cofondateur d'une association créée en 2015 par des victimes d'un aumônier scout du diocèse de Lyon, Bernard Preynat. Leur combat avait été raconté en 2019 par le film Grâce à Dieu de François Ozon.

Les garçons «représentent près de 80% des victimes, avec une très forte concentration entre 10 et 13 ans», a relevé l'enquête. Et d'évaluer en une «estimation minimale» du nombre de prédateurs: «2.900 à 3.200» hommes - prêtres ou religieux - entre 1950 et 2020.

Selon le rapport, 1,16% des personnes en lien avec l'Eglise catholique ont subi des agressions sexuelles de diverses natures. Un taux de prévalence bien supérieur à celui de 0,34% concernant l'école publique (hors internats).

Pour mener à bien son enquête, la Ciase avait fait de la parole des victimes «la matrice de son travail», a rappelé M. Sauvé. D'abord avec un appel à témoignages, qui a recueilli en dix-sept mois 6.500 appels ou contacts de victimes ou proches. Puis en procédant à 250 auditions longues ou entretiens de recherche. Elle a aussi effectué une plongée dans de nombreuses archives, de l'Église, des ministères de la Justice ou de l'Intérieur, de la presse...

Vers une indemnisation

Une fois le diagnostic posé, la commission a énuméré plusieurs dizaines de propositions dans plusieurs domaines: écoute des victimes, prévention, formation des prêtres et des religieux, transformation de la gouvernance de l'Eglise...

M. Sauvé a aussi appelé l'institution à apporter une «réparation» financière à toutes les victimes de violences sexuelles en son sein, souhaitant que cette indemnisation ne soit pas considérée comme «un don» mais «un dû».


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