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L'avortement revient en force en Belgique
International 3 min. 07.05.2018 Cet article est archivé

L'avortement revient en force en Belgique

L'avortement revient en force en Belgique

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International 3 min. 07.05.2018 Cet article est archivé

L'avortement revient en force en Belgique

Le projet de retrait de l’IVG du code pénal astreint à composer avec les calculs électoraux des partis au pouvoir.

En 1991, la Belgique a dépénalisé l’avortement. Mais cette dépénalisation n’a été que partielle, même si l’interruption volontaire de grossesse ne donne plus lieu que très rarement à des poursuites judiciaires.

Entre 20.000 et 30.000 femmes se font ainsi avorter chaque année en Belgique. Certaines conditions doivent toutefois être respectées: la femme qui demande l’IVG ne doit pas être enceinte de plus de douze semaines; un délai de six jours entre la première visite chez le médecin et l’interruption de grossesse doit être respecté; le médecin doit informer des possibilités d’adoption. Surtout, il faut que celui-ci reconnaisse un état de détresse chez la femme enceinte. Si toutes ces conditions ne sont pas remplies, le procureur peut toujours théoriquement poursuivre.

Contre la culpabilisation

Cette situation ne peut plus durer selon les associations pro-IVG qui battent le pavé depuis plusieurs années déjà afin que l’avortement soit sorti du code pénal. La femme a le droit de disposer pleinement de son corps, assènent-elles. Il faut aussi aider celles qui ont recours à l’IVG à s’extraire d’une culpabilité entretenue, toujours du point de vue de ces associations, par sa pénalisation.

Sur le bord politique et éthique d’en face, on trouve classiquement d’autres associations qui pour leur part prônent la défense de la vie avant tout.

Après avoir longtemps été rangé au placard, un nouveau débat sur l’avortement s’est invité en force à la Chambre des représentants. Sans surprise, la plupart des partis de l’opposition soutiennent le retrait de l’IVG du code pénal à travers toute une série de propositions de loi. Mais pas seulement: la majorité des libéraux francophones – le Mouvement réformateur (MR) du Premier ministre Charles Michel – est également en faveur de cette réforme. Problème cependant: le Mouvement réformateur ne gouverne pas seul. Il doit aussi tenir compte de l’avis des autres partenaires de la quadripartite au pouvoir. Or, les nationalistes (N-VA) et les chrétiens-démocrates flamands (CD&V) n’en veulent pas. A un an des législatives, les libéraux de Charles Michel sont donc tenus de ne pas effaroucher le camp conservateur s’ils veulent espérer reconduire l’actuel gouvernement au-delà du mois de mai 2019. Les bleus freinent donc des quatre fers. Ils n’ont pas vraiment l’intention d’accélérer les travaux parlementaires et de hâter un vote synonyme de discorde.

L’opposition furibonde

Le président de la commission Justice en charge du dossier, le libéral francophone Philippe Goffin, estime ainsi qu’il était préférable d’étendre les débats à tout le chantier visant à rénover le code pénal. La question de l’avortement serait mêlée aux autres réformes – en partie éthiques – envisagées par le ministre de la Justice, le chrétien-démocrate flamand Koen Geens. Le risque est donc que le retrait de l’interruption volontaire de grossesse du code pénal attende encore longtemps. D’autant que les chrétiens-démocrates flamands n’ont, dit-on, toujours pas assumé la loi sur l’extension de l’euthanasie aux mineurs votée sous le précédent gouvernement du socialiste Elio Di Rupo – auquel ils participaient.

L’opposition est furibonde. Elle estime que le gouvernement

Michel cherche à noyer le poisson. Ou qu’il prépare un vaste troc fait de donnant-donnant entre partenaires de coalition. Pour les associations qui prônent le retrait de l’avortement du code pénal, la pression exercée par l’exécutif sur la Chambre est d’autant plus inadmissible que le débat en cours est éthique.

A les entendre, le bien-être de milliers de femmes serait l’otage de «bas calculs électoraux».

Par Max Helleff à Bruxelles

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