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L’armée belge nettoie ses écuries d’Augias
International 3 min. 16.05.2022
Affaire Jürgen Conings

L’armée belge nettoie ses écuries d’Augias

Une charte des « normes et valeurs » doit permettre de barrer la route à l'extrémisme et au sexisme dans l'armée
Affaire Jürgen Conings

L’armée belge nettoie ses écuries d’Augias

Une charte des « normes et valeurs » doit permettre de barrer la route à l'extrémisme et au sexisme dans l'armée
Photo d'archives: Armand Thill
International 3 min. 16.05.2022
Affaire Jürgen Conings

L’armée belge nettoie ses écuries d’Augias

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Un an après le suicide du caporal Jürgen Conings, un chantier « normes et valeurs » est ouvert pour purger les extrémismes

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Il y a tout juste an, l'affaire Conings défrayait l'actualité. Le caporal Jürgen Conings avait disparu en emportant dans sa cavale des lance-roquettes. Il annonçait vouloir s'en prendre à plusieurs personnalités en vue, dont le virologue Marc Van Ranst, un expert devenu incontournable dans les médias à la faveur de la crise sanitaire. Il voulait attaquer une mosquée. Après plusieurs semaines de traque, son corps avait été retrouvé le 20 juin 2021. Il s'était suicidé.


Belgian crown Princess Elisabeth (2R) takes part in the Blue Berets parade in which the first-year students of the Royal Military Academy, who successfully completed the military initiation phase, wear a blue beret, in Brussels, on September 25, 2020. - Crown Princess Elisabeth is a first-year student at the Royal Military Academy (KMS-ERM - Ecole Royale Militaire), this year. (Photo by THIERRY ROGE / BELGA / AFP) / Belgium OUT
Des extrémistes fichés dans les rangs de l'armée belge
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L'affaire Jürgen Conings ne pouvait s'arrêter au comportement erratique d'un seul homme. Ses liens supposés avec l'extrême droite ont été immédiatement soulignés, d'autres militaires adeptes des théories suprémacistes ont été identifiés et l'armée a été priée de nettoyer ses écuries d’Augias. La défense d'un pays démocratique, fut-il dit alors, ne peut transiger avec les valeurs.

L'armée belge entame son examen de conscience  

Car il y a bien eu un dysfonctionnement majeur dans le chef de l'armée. La dangerosité du soldat Conings avait été identifiée en temps et heure, mais le Service de renseignement militaire (SGRS) ne s'en était pas soucié. A moins qu'il ne fût carrément complaisant.

Un an plus tard, l'enquête est close. L'instruction judiciaire a cherché d'une part à déterminer d'éventuelles complicités, d'autre part à cerner la date du suicide du caporal Conings afin de retracer le plus précisément possible la chronologie de ses actes jusqu'à sa mort.


German Chancellor Olaf Scholz and Belgian Prime Minister Alexander de Croo (L) walk back after inspecting a military honor guard during a welcoming ceremony in front of the Chancellery in Berlin on May 10, 2022. (Photo by John MACDOUGALL / AFP)
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L'armée belge a entamé de son côté un examen de conscience. Plusieurs mesures ont été prises depuis : multiplication des «sreenings» des militaires et des civils qui travaillent pour la Défense, restructuration du SGRS et renforcement de ses objectifs, durcissement des conditions d'accès aux armes, etc.

Enfin, une charte des « normes et valeurs » doit permettre de barrer la route à l'extrémisme et au sexisme dans l'armée. « C'est un document qui va dire ce qu'on attend d'un militaire et d'un civil au sein de la Défense », a commenté la ministre en charge du dossier, la socialiste Ludivine Dedonder. L'échelle des sanctions va elle aussi être revue. Le document doit atterrir au Parlement dans les prochains mois.

Des groupuscules nostalgiques du nazisme  

Toutes les questions ne sont pas évacuées pour autant. En 2021, Serge Lipszyc, le président du Comité de suivi des services de renseignement (« Comité R ») posait cette question : «N'y avait-il pas des gens au sein même de la structure de l'État qui avaient intérêt à ce qu'on ne le (Jürgen Conings) retrouve jamais ? » Il ajoutait : « Un certain nombre d'éléments permettent de croire que, dans les différentes strates de l'État belge, il y a une volonté de favoriser les mouvements extrémistes, notamment d'extrême droite. »


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Les «révélations» d'un ex-gangster bruxellois pointant deux anciens complices font l'objet de vérifications et relancent les interrogations au sujet des tueurs du Brabant.

Ce n'est pas la première fois qu'une telle hypothèse est soulevée. Elle eut cours notamment au plus fort de l'enquête sur les tueurs du Brabant, enquête qui n'est toujours pas résolue près de quarante ans après les faits. Mais rien n'est jamais venu l'étayer.

L'extrême droite est particulièrement présente en Flandre sur le plan politique par le biais du Vlaams Belang. Mais dans l'ombre s'agitent également des groupuscules nostalgiques du nazisme, fervents défenseurs du suprémacisme blanc. L'un d'eux, Schild&Vrienden, est actuellement passé au crible par la justice qui lui reproche des messages sexistes, racistes et antisémites.

A contrario, certains font valoir que Jürgen Conings n'avait rien d'un «Rambo» d'extrême droite. Qu'il s'agissait  d'un homme aux abois dont le coup de folie serait aujourd'hui instrumentalisé pour régler des comptes au sein de l'armée.

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