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L'arc-en-ciel de Paul Magnette s'évapore
International 3 min. 20.01.2020 Cet article est archivé

L'arc-en-ciel de Paul Magnette s'évapore

L'éviction d'Emir Kir vaut au PS de perdre un siège à la Chambre, un siège pourtant nécessaire pour atteindre la courte majorité des 76 parlementaires.

L'arc-en-ciel de Paul Magnette s'évapore

L'éviction d'Emir Kir vaut au PS de perdre un siège à la Chambre, un siège pourtant nécessaire pour atteindre la courte majorité des 76 parlementaires.
Photo: Shutterstock
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L'arc-en-ciel de Paul Magnette s'évapore

Un bourgmestre socialiste a été jugé trop proche de l’extrême droite turque. Son éviction dessert le PS dans les négociations fédérales.

De  notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Suédoise, Vivaldi, bourguignonne, diables rouges… sont des termes propres au contexte politique belge, chacun traduisant une coalition de partis susceptibles de former le prochain gouvernement fédéral. Récemment, sur le ton de l’ironie, un observateur évoquait sur la RTBF l’avènement d’une improbable coalition «canari rose», mélange de nationalisme et de socialisme délayés. Inutile de dire que la multiplication de ces appellations et le flou qu’elle entretient n’arrangent rien au fossé qui sépare le Belge moyen de ses élites politiques.

Une de ces coalitions semble toutefois devoir être écartée: l’arc-en-ciel cher au président du PS Paul Magnette. Un député fédéral PS a en effet été exclu du parti ce week-end. Son éviction vaut au PS de perdre un siège à la Chambre, un siège pourtant nécessaire pour atteindre la courte majorité des 76 parlementaires (sur 150) dont avaient besoin les socialistes, les libéraux et les écologistes pour former un gouvernement.


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A l’origine de cette affaire, on trouve Emir Kir, d’origine turque, bourgmestre de la commune bruxelloise de Saint-Josse et parlementaire fédéral PS. En décembre dernier, Kir a rencontré une délégation de maires turcs. Deux d’entre eux appartenaient au MHP, un parti d’extrême droite proche de l’organisation paramilitaire ultranationaliste «Les Loups gris». Plainte a été déposée par un militant auprès de la commission de vigilance du Parti socialiste pour «rupture du cordon sanitaire». Dans la nuit de vendredi à samedi, celle-ci a décidé d’exclure le fautif.

En Belgique, un «cordon sanitaire» isole l’extrême droite des partis démocratiques. Souvent entaillé, mais jamais rompu jusqu’ici, il veut protéger la démocratie des idées et des hommes qui lui sont opposés.

Une «erreur d’appréciation»

«En conclusion de ses travaux, la Commission de vigilance fédérale a conclu que la rupture du cordon sanitaire avec un parti d'extrême droite était incompatible avec la qualité de membre du PS. Elle juge qu'il y a eu rupture du cordon sanitaire et qu'il y a eu un manquement de vigilance aux conséquences graves, de la part de ce mandataire expérimenté (Emir Kir)», souligne un communiqué.

Ce n’est pas la première fois qu’Emir Kir est pointé du doigt pour ses rapports avec l’extrême droite turque. «Chaque fois qu’Emir Kir allait à Emirdag, il saluait le maire MHP», écrit La Libre Belgique. En 2015, son absence lors de la minute de silence organisée à la Chambre des représentants pour commémorer le génocide arménien l’avait déjà mis en porte-à-faux avec son parti.

Si la décision  de la commission de vigilance du PS remet les pendules à l’heure en ce qui concerne le respect des valeurs démocratiques, elle risque aussi d’être extrêmement dommageable pour le parti. Emir Kir est une machine à voix, plébiscitée par l’électorat d’origine turque de la capitale belge. Son éviction pourrait valoir une solide déconvenue au PS lors des prochaines élections, rappelant ainsi que le vote communautariste à ses revers. D’autres élus d’origine turque ont déjà exprimé leur soutien à Emir Kir. L’un d’eux a démissionné ce week-end, privant à nouveau le PS d’un siège, cette fois au Parlement régional bruxellois.

Emir Kir reste sur sa ligne de défense. Il a toujours démenti avoir invité les bourgmestres du MHP. Il a fait une «erreur d’appréciation», dit-il. Il a 30 jours pour faire appel de la décision qui l’exclut du PS. Quant au Parti socialiste, il doit s'apprêter à affronter une crise majeure


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