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Koen Geens prend la main dans les négociations belges
International 3 min. 03.02.2020 Cet article est archivé

Koen Geens prend la main dans les négociations belges

C'est à présent au tour de Koen Geens de tenter de dégager les pistes susceptibles de mener à la constitution d’une coalition fédérale.

Koen Geens prend la main dans les négociations belges

C'est à présent au tour de Koen Geens de tenter de dégager les pistes susceptibles de mener à la constitution d’une coalition fédérale.
Photo: AFP
International 3 min. 03.02.2020 Cet article est archivé

Koen Geens prend la main dans les négociations belges

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Le roi a déchargé de sa mission le duo d’informateurs Bouchez-Coens au profit de l’actuel ministre de la Justice. Celui-ci va à son tour tenter de rapprocher le PS francophone de la N-VA nationaliste flamande.

De notre correspondant, Max Hellef (Bruxelles) - C'est un chrétien-démocrate flamand qui est depuis vendredi soir le nouvel émissaire royal. Koen Geens, l'actuel ministre de la Justice du gouvernement minoritaire en affaires courantes, devra à son tour tenter de dégager les pistes susceptibles de mener à la constitution d’une coalition fédérale.

Vendredi soir, le roi Philippe a créé la surprise en mettant fin avec quatre jours d’avance à la mission d’information du duo Bouchez-Coens. Le 28 janvier dernier, après une entrevue de quatre heures, les deux hommes avaient pourtant été prolongés dans leurs travaux d'approche. Il semble toutefois qu'à défaut de résultats, Philippe ait choisi de ne pas poursuivre une voie qui menait à l'impasse.

Le CD&V détient potentiellement la clé du prochain gouvernement

Selon le communiqué diffusé par le palais, Koen Geens est chargé «de former une coalition soutenue par une majorité parlementaire et de prendre les initiatives nécessaires permettant la mise en place d'un gouvernement de plein exercice».  Il s'appuiera sur le rapport de ses prédécesseurs, rapport qu'il a qualifié de «très bon». Le roi attend son rapport le 10 février.

Le choix de Koen Geens pour succéder au duo Bouchez-Coens n'a rien d’un hasard. Depuis des mois, son parti, le CD&V détient potentiellement la clé du prochain gouvernement. Les neuf sièges dont il dispose à la Chambre permettraient à l'alliance des écologistes, des socialistes et des libéraux de disposer enfin d'une majorité («coalition Vilvaldi»). Mais, plus encore, Koen Geens s'est fait ces derniers mois l'avocat d'un gouvernement qui disposerait de la majorité en Flandre. Or, la seule manière d'y arriver est d’impliquer la N-VA nationaliste de Bart De Wever (et ses 25 sièges à la Chambre) dans le gouvernement.

Propositions «imbuvables»

Pour Koen Geens, il n'est donc pas question d'abandonner la piste d'une coalition associant le PS de Paul Magnette et la N-VA de Bart De Wever.  «J’aurai des contacts privilégiés avec les deux grands partis, comme avec les autres, et comme je l’ai déjà dit, je ne change pas si facilement d’idée», a-t-il ajouté. Les chances de Koen Geens d'arriver à ses fins sont toutefois très maigres. Bien que le PS et la NVA se soient vus une trentaine de fois, les points de vue semblent inconciliables entre les deux partis.

Lundi dernier, Paul Magnette avait fait étalage des propositions des nationalistes flamands, les qualifiant «d’imbuvables». Il y était question de limiter les allocations de chômage à deux ans, d'accroître leur dégressivité, d'introduire une nouvelle dose de flexibilité dans l'emploi, de rejeter la retraite minimum à 1.500 euros, de tailler un peu plus dans la Sécurité sociale, de ne pas sortir du nucléaire en 2025 et de durcir l'accueil des migrants.

Pour Georges-Louis Bouchez (à g.) et Joachim Coens (à dr.), c'est «game over»
Pour Georges-Louis Bouchez (à g.) et Joachim Coens (à dr.), c'est «game over»
Photo: AFP

Deux hommes sont sortis battus du changement fait par le souverain vendredi soir. C'est une claque magistrale pour le jeune Georges-Louis Bouchez. Le successeur de Charles Michel à la tête du Mouvement réformateur (MR, libéral francophone) espérait briller dans ce numéro de haute voltige qu'est la constitution d'une coalition gouvernementale en Belgique. Quant à son alter ego, le président fraîchement élu des chrétiens-démocrates flamands Joachim Coens, il est apparu vendredi soir passablement énervé à la sortie du palais royal. Pour ces deux «bleus» de la politique au sommet, c’est «game over».


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