Karachi: Sarkozy ment

Wort.lu/fr a pu consulter le rapport de la police luxembourgeoise

Photo: (AFP)

Selon l'Elysée, il y a deux semaines, „le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier“ Karachi. Porte-parole du candidat Balladur, Nicolas Sarkozy n'a rien à voir dans les rétro-commissions présumées. Son nom figure pourtant quatre fois dans le rapport que la police luxembourgeoise a rendu au TGI de Paris.

Dans le rapport que la police luxembourgeoise a rendu le 19 janvier 2010 en réponse à une commission rogatoire internationale de la vice-présidente du Tribunal de grande instance de Paris, Françoise Desset, le nom du président apparaît quatre fois.

Page 18, selon la numérotation du parquet luxembourgeois, „un document fait état de l'historique de la création et du fonctionnement des sociétés Heine et Eurolux. Selon ce document, les accords sur la création des sociétés semblaient venir directement de M. Le Premier ministre, Balladur et de M. Le ministre des Finances, Nicolas Sarkozy.“ Et, dans le paragraphe suivant, „En 1995, des références font croire à une forme de rétro-commission pour payer des campagnes politiques en France. Nous soulignons qu'Edouard Balladur était candidat à l'élection présidentielle en 1995 face à Jacques Chirac et était soutenu par une partie du RPR dont M. Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua.“

Et, deux paragraphes plus loin, „un document fait état d'un courrier adressé à M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur le 29 novembre 2006, où on lui demande des instructions par rapport à la démarche à suivre concernant le risque de liquidation judiciaire de la société Heine. Il est du moins étonnant de poser une telle question à un ministre français.“

Pour les policiers luxembourgeois, „ces documents semblent donner l'image suivante: la société DCN produit et vend du matériel militaire par une succursale DCNI qui exporte ce matériel à travers le monde. La DCNI transfère de fortes sommes d'argent vers le Luxembourg sur le compte de la société Heine ou de la société Eurolux dont le bénéficiaire économique est l'Etat français. Ces sociétés acheminent l'argent vers des sociétés sur l'Ile de Man. Lorsque de nouvelles lois sur la corruption entrent en vigueur, l'activité est changée de suite. L'instruction pour la continuation des affaires de Heine et d'Eurolux sont demandés auprès des plus hauts dirigeants français. (...) Finalement, une partie des fonds qui sont passés par le Luxembourg reviennent en France pour le financement des campagnes politiques françaises.“

Au total, selon ce rapport, 60 millions d'euros ont transité de la DCNI vers Heine puis d'autres sociétés off-shore entre 1994 et 1999, puis 16 millions de 2000 à 2004 (dont 13,87 millions vers Muldberg Limited). Soient 76 millions d'euros de 1994 à 2004. „Il est exclu, vu le montant qu'il s'agissait uniquement de consultance mais qu'il ne s'agissait de rien d'autre que de corruption par l'intermédiaire d'une société luxembourgeoise faisant écran, de la part d'une entreprise française (DCNI) vers les pays où elle convoitait des marchés“, note aussi le rapport.

„Dans tous les documents saisis, il n'existe aucune preuve concrète de corruption. Les documents sont tous entièrement vides de noms et les descriptifs des services ou des prestations sont vagues. Probablement pour tous les transferts, il existe des contrats de „consultance“ en bonne et due forme. Mes compliments à celui qui a mis ce système en place, il s'agit d'un travail méticuleux et en avance sur son temps. Dès que des bénéficiaires des sommes devaient être nommés, il y a référence à un entretien, une note (absente des dossiers), une rencontre.