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Jurgen Conings, l’homme qui fait trembler la Belgique
International 4 min. 24.05.2021

Jurgen Conings, l’homme qui fait trembler la Belgique

Cette mosquée, non loin de Maastricht, est désormais sous haute surveillance depuis que Conings a annoncé vouloir en faire une cible.

Jurgen Conings, l’homme qui fait trembler la Belgique

Cette mosquée, non loin de Maastricht, est désormais sous haute surveillance depuis que Conings a annoncé vouloir en faire une cible.
Photo : AFP
International 4 min. 24.05.2021

Jurgen Conings, l’homme qui fait trembler la Belgique

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Ce militaire d’extrême droite reste introuvable et fait craindre le pire aux autorités belges. Il se qualifie d' «ennemi de l'Etat» et a menacé plusieurs cibles dans le pays.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Il est devenu l’ennemi public n°1. Depuis une semaine, toutes les polices du royaume belge traquent Jurgen Conings, ce militaire de 46 ans, adepte des idées d’extrême droite et lourdement armé au moment de sa disparition. En dépit des moyens exceptionnels humains et matériels (belges mais aussi étrangers – dont luxembourgeois) destinés à retrouver sa trace dans le parc national de Haute-Campine situé à la frontière belgo-hollandaise, l’homme n’a pu être localisé et arrêté.

Politiciens, virologue, migrants, musulmans : la liste des cibles potentielles du fugitif est bien longue.
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Photo : AFP

Ce week-end, les policiers ont changé de tactique. Dans un message télévisé, le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw a appelé Jurgen Conings à prendre contact «avec une personne de confiance». Il a également demandé à la population de rester sereine.

L’appel du procureur succède à celui de la compagne de Jurgen Conings qui le suppliait de se rendre : «Jurgen, si tu es encore en vie, ne fais pas de victimes. Assure-toi que l’histoire se termine, qu’elle s’arrête. Pour moi, pour ma famille…».

Selon les autorités, Jurgen Conings aurait eu pour intention de s’en prendre au virologue Marc Van Ranst, une personnalité très médiatique de la crise sanitaire. Dans une lettre à sa petite amie, le militaire en cavale indiquait qu’il «ne peut pas et ne veut pas continuer avec la façon dont l’avenir se présente maintenant», tout en pointant les décisions prises par les politiciens et les virologues. 

Conings aurait également eu pour cible une mosquée située à Eisden, à un jet de pierre de Maastricht. Il aurait confié ce projet à un ami – un autre militaire aux sympathies d’extrême droite – avant sa disparition.

Je vivrai mes derniers jours comme je le veux.»

Logiquement, l’enquête s’est tournée vers les sympathisants de l’extrême droite, susceptibles d’être en contact avec Jurgen Conings, voire de l’héberger. En vain jusqu’ici. Conings aurait entretenu des relations avec les Knights of Flanders (les Chevaliers des Flandres), un groupe surfant sur les théories conspirationnistes dans le contexte de la crise sanitaire. Il aurait également croisé le chemin de Tomas Boutens, un ex-militaire, leader du mouvement nazi Bloed, Bodem, Eer en Trouw (Sang, Terre, Honneur et Fidélité - BBET). 

Boutens a été condamné en 2014 à cinq ans de prison, pour diffusion d’idéologie violente et préparation d’attaques visant à déstabiliser le pays. Récemment, il a lancé le «Projet Thule», plateforme suprémaciste de défense de l’identité flamande. Cet agitateur qualifie sur les réseaux sociaux Conings de «frère d’armes», en référence à une mission à laquelle les deux hommes ont participé en Afghanistan durant l’hiver 2003-2004. Jurgen Conings aurait enfin fréquenté un groupe d’extrême droite baptisé Vlaamse Legioen (trad : Légion flamande) actif dans la lutte contre les migrants.

Des marches de soutien

Toutes ces données composent le portrait d’un homme dangereux, en guerre contre son propre pays. Dans une autre lettre d’adieu, il se qualifie lui-même d' «ennemi de l'État» et dit n’avoir «pas peur de mourir». «Mais alors ce sera à ma façon, je vivrai mes derniers jours comme je le veux», écrit-il encore.

Potentiellement armé - et s'il est toujours en Belgique - Jurgen Conings pourrait passer à l’acte contre les cibles que sa haine du système, des migrants et des musulmans semble tout naturellement désigner. Le soutien dont il dispose auprès d’une partie de la population est quant à lui paradoxal. Certains militaires appuient son action. Plusieurs marches de soutien ont déjà eu lieu en sa faveur. 

Plusieurs marches de militants extrémistes ont été organisées dimanche, en soutien au fugitif.
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Photo : AFP

Dimanche, 200 personnes ont manifesté à Maasmechelen (Limbourg) sous le drapeau de la Légion flamande historique, une unité composée de volontaires engagés sur le front de l’Est aux côtés des Allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Sur les réseaux sociaux, les encouragements se comptent désormais par dizaines de milliers.

L’affaire a pris un inévitable tour politique. La ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS) est sur la sellette et tente d’expliquer l’inexplicable. Pointé pour sa dangerosité par les services de renseignements et d’analyse de la menace dès le début 2020, Jurgen Conings a pourtant géré le dépôt d’armes d’une caserne. Il a donc eu accès à tout un arsenal avant de commencer sa cavale. 

«Les procédures et les contrôles doivent être durcis», a prévenu le Premier ministre Alexander De Croo, jeudi après-midi, lors de la séance plénière de la Chambre… où le Vlaams Belang (extrême droite flamande) a observé un silence prudent. «Nous attendons de la Défense qu’elle puisse prendre des mesures rapidement», a exigé le chef du gouvernement.

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