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Juncker plaide pour une Europe plus forte dans un monde en crise

Juncker plaide pour une Europe plus forte dans un monde en crise

AFP
International 1 4 min. 12.09.2018

Juncker plaide pour une Europe plus forte dans un monde en crise

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a plaidé mardi pour que l'Union européenne, déjà poids lourd économique, renforce son aura politique sur la scène internationale, lors de son dernier discours sur l'état de l'Union devant les eurodéputés à Strasbourg.

AFP - Et pour protéger le territoire de l'UE, M. Juncker a confirmé, comme attendu, la proposition de la Commission de déployer un véritable corps de garde-frontières à ses frontières extérieures, soit 10.000 personnes d'ici 2020. L'UE «peut, si elle veut, si elle parle d'une seule voix, s'imposer aux autres», a lancé le Luxembourgeois en ouverture d'un discours d'environ une heure, vibrant plaidoyer en faveur de la «souveraineté européenne».

«Nous devons démontrer qu'ensemble, Est, Ouest, Sud, Nord, nous pouvons semer les graines d'une Europe plus souveraine», a encore exhorté M. Juncker. L'Europe n'est ni une «forteresse», ni une «île», elle est «multilatérale», a expliqué celui qui rejette «l'unilatéralisme irrespectueux des attentes et des espoirs des autres».


Juncker devant le Parlement européen pour un ultime discours sur l'état de l'UE
Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker se présente mercredi devant le Parlement européen à Strasbourg pour son traditionnel discours sur l'état de l'UE, dans un contexte agité par les prémices de la campagne électorale et la montée des mouvements populistes.

Le président de la Commission estime que le moment est «critique» alors que le contexte international est devenu plus imprévisible avec un président américain Donald Trump qui prêche le protectionnisme et n'hésite pas à se retirer d'accords internationaux.

Il s'agissait du quatrième et dernier exercice du genre pour Jean-Claude Juncker. Dans un an, en septembre 2019, le nouveau Parlement élu sera occupé par le processus de sélection d'un nouvel exécutif européen. Mais le président de la Commission a assuré que «l'heure du bilan» n'était pas encore venue. «Au contraire je vous dis que le travail continue», a-t-il lancé, avant de dérouler une longue liste de nouvelles propositions et initiatives. 

«Acteur global»

Ainsi, pour devenir un «acteur global» et pouvoir mieux faire entendre la voix de l'UE, il a proposé que certaines décisions de politique étrangère puissent se prendre à la majorité qualifiée et non plus à l'unanimité, pour éviter qu'un seul pays puisse faire blocage. Il souhaite aussi «renforcer le rôle international de l'euro»: «aberrant», selon lui, de payer des avions européens en dollars, ou encore payer dans la monnaie américaine plus de 90% de ses importations d'énergie alors que seulement 2% viennent des Etats-Unis.

Une Europe plus forte quand elle est unie: le message s'est adressé aussi aux eurosceptiques et nationalistes, plusieurs fois visés par M. Juncker dans son discours. Depuis le début de son mandat, les mouvements souverainistes et populistes ont grossi et réussi à s'arrimer au pouvoir en Pologne ou en Hongrie, en Italie et en Autriche.

«Le patriotisme du 21e siècle est à double dimension, l'une nationale, l'autre européenne», a résumé le Luxembourgeois. «Celui qui aime l'Europe doit aimer les nations qui la composent, celui qui aime sa nation doit aimer l'Europe. Le patriotisme est une vertu, le nationalisme borné est un mensonge accablant et un poison pernicieux», a-t-il fustigé. 

10.000 garde-frontières

Au moment où les mouvements populistes s'emparent de la brûlante question de la migration dans leurs campagnes électorales, Jean-Claude Juncker a redit son opposition au rétablissement des contrôles aux frontières intérieures. Mais bien conscient des limites de la réglementation européenne actuelle, il a dévoilé de nouvelles propositions, notamment le déploiement de 10.000 garde-frontières d'ici 2020 pour faire de l'Agence européenne qui les chapeaute une véritable «police des frontières extérieures».

A la recherche de solutions innovantes à un dossier qui divise l'UE depuis la crise migratoire de 2015, la Commission propose de bâtir «une nouvelle alliance» entre l'UE et le continent africain, un partenariat au-delà des aides au développement pour accélérer les investissements et la création d'emplois en Afrique, d'où sont originaires la grande majorité des migrants qui tentent la traversée de la Méditerranée.

Les nouveaux défis sécuritaires identifiés par la Commission la poussent aussi à agir en matière de lutte contre le terrorisme ou encore de protection des données privées. A huit mois des élections, la Commission lance également des initiatives pour se prémunir des menaces de désinformation ou de manipulations, qui ont pesé sur d'autres scrutins majeurs dans le monde.

Jean-Claude Juncker qui s'exprime généralement en trois langues - français, allemand et anglais - n'aura eu recours à la langue de Shakespeare que pour parler du Brexit, sujet sur lequel il pouvait difficilement faire l'impasse alors que les deux camps tentent de trouver un accord pour un retrait «organisé» à la date prévue, fin mars 2019.

A cette occasion, il a rappelé la ligne rouge des 27 partenaires de Londres: «Quelqu'un qui quitte l'Union ne saurait avoir la même position privilégiée qu'un Etat membre. Si on quitte l'Union, on ne fait évidemment pas partie de notre marché unique et certainement pas de certaines de ses parties».

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