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"Je suis prêt à prendre la maîtrise d’œuvre sur l’A31"
International 8 min. 01.02.2018 Cet article est archivé
Jean Rottner

"Je suis prêt à prendre la maîtrise d’œuvre sur l’A31"

A 51 ans, Jean Rottner préside la région Grand Est, qui s'étend de Reims à Strasbourg, depuis octobre dernier.
Jean Rottner

"Je suis prêt à prendre la maîtrise d’œuvre sur l’A31"

A 51 ans, Jean Rottner préside la région Grand Est, qui s'étend de Reims à Strasbourg, depuis octobre dernier.
Photo: JL STADLER- Grand Est
International 8 min. 01.02.2018 Cet article est archivé
Jean Rottner

"Je suis prêt à prendre la maîtrise d’œuvre sur l’A31"

Linda CORTEY
Linda CORTEY
Le président de la région Grand Est souhaite travailler directement avec le Luxembourg sur des grands projets d'aménagement. Le rail, l'A31 mais aussi Esch-Belval. Jean Rottner demande pour cela que la spécificité des régions frontalières soit reconnue.

Interview par Linda Cortey

Jean Rottner est président de la région Grand Est depuis le 20 octobre 2017. Le Grand-Duché fait partie de ses priorités en termes d'aménagement du territoire, de transport et de développement économique. Il détaille pour le Luxemburger Wort sa vision de la relation à construire entre le Grand Est et le Luxembourg.

  • M. Rottner, la saturation des transports est le principal enjeu des relations entre le Grand Est et le Grand-Duché. Comment comptez-vous faire avancer les projets ?

Nous devons, nous élus français, être cohérents. Il faut arrêter la multiplicité des interlocuteurs vis-à-vis du Luxembourg, au niveau des infrastructures notamment. Pour cela, le Grand Est doit porter les enjeux de la Grande Région dans les discussions que nous avons en France. Nous réfléchissons actuellement sur un grand plan d’infrastructures de transports en France. Lors de la réunion de la commission nationale qui s'est tenue à Metz, nous nous sommes entretenus de l’A31, du trafic ferroviaire mais aussi des perspectives d’aménagement de la gare de Luxembourg à l’horizon 2022 et de ce que nous pouvions faire pour augmenter la fréquence de nos trains, la taille des quais pour augmenter la capacité de transport de voyageurs.

  Nous souhaitons aussi développer l’A31 le plus rapidement possible .

  • 2022, c’est loin pour les usagers. Dès 2018, le nombre de frontaliers français vers le Luxembourg devrait dépasser les 100.000 personnes. Quelle solution de court terme vous pouvez leur apporter?

Je suis conscient de ce problème mais il y a aussi, malheureusement, des réalités techniques. Elles ne dépendent pas que du côté français. L’agrandissement de la gare de Luxembourg, c’est à horizon 2022. C’est vrai. C’est à la fois très loin et, en termes d’infrastructures, cela constitue quand même des durées très courtes. En attendant, on a déjà augmenté la fréquence de nos trains en heure de pointe. Des efforts ont été faits et nous continuons. Avec le système de signalétique commun, avec le rallongement des quais, avec des parking-relais. Nous souhaitons aussi développer l’A31 le plus rapidement possible par des tronçons bien réfléchis. Aujourd’hui, un consensus se dégage entre les élus sur l’importance de commencer par la partie nord, vers le Luxembourg. Nous avons l’envie d’agir.

  • Quels sont vos moyens pour cela?

Sur les grandes infrastructures, l’interlocuteur pertinent c’est à la fois la président de la région et le préfet de région (qui représente l’Etat dans le Grand Est, ndlr). Nous avons un engagement de l’Etat de pouvoir recourir à des formes innovantes de délégation de compétences aux régions. Sur la délégation routière, sur la possibilité de créer une forme d’écotaxe. Moi, je suis prêt à prendre la maîtrise d’œuvre sur l’A31, si on m’en donne les moyens, pour faire les choses très rapidement. On pourrait être actif très rapidement sur une infrastructure routière.

  • Qu’est-ce que vous entendez par rapidement?

Cela va dépendre de la volonté de l’Etat d’avancer sur ce sujet. Si l’Etat est en mesure de déléguer une compétence de gestion des routes nationales aux régions, on peut engager des études et des travaux de manière rapide dans les mois et les années qui viennent. On ne fera pas l’A31 en une seule fois. Mais on peut donner la priorité au tronçon nord.

 Je ne suis pas là pour être en demande d'une fiscalité partagée.

  • Vous étiez maire de Mulhouse jusqu’à l’an passé et vous avez, de ce fait, dialogué avec la région de Bâle en Suisse où de nombreux frontaliers alsaciens travaillent. En quoi cette expérience vous est utile dans votre relation avec le Luxembourg?

En Alsace, nous avons su construire des liens forts avec la Suisse, grâce à une vision partagée d’aménagement du territoire. Lors de ma rencontre en décembre dernier avec Xavier Bettel, je lui ai indiqué que je ne suis pas là pour demander quoi que ce soit, pour être en demande d'une fiscalité partagée. Ce n’est pas aujourd’hui la première de mes priorités. La première de mes priorités c’est d’avoir un rapport constructif, productif, adulte avec un pays frontalier qui repose sur cette expérience d’élu local que je peux avoir du côté de Bâle. Il y a eu quelques beaux succès comme l’EuroAirport qui est aujourd’hui le seul aéroport binational au monde, avec un régime fiscal tout à fait particulier qui donne des avantages aux Suisses et aux Français. C’est donc un avantage partagé, issu d’une réflexion partagée. Cette réflexion peut être transposée avec le Luxembourg.

Nous devons réfléchir en termes d’aménagement global du territoire, nous partageons le même bassin de vie, de travail, d’intérêt. Il ne faut pas penser en termes d’infrastructures qui serviraient une fois aux Français et une fois aux Luxembourgeois.

  • Le Luxembourg a lancé une vaste réflexion sur son programme directeur d’aménagement du territoire. Une réflexion qui inclut pour la première fois les frontaliers. Est-ce que vous comptez y participer ?

On y participera totalement, au niveau de la région Grand Est. Par ailleurs, nous menons une réflexion aujourd’hui au plus haut niveau en France, à l’occasion de la visite officielle du Grand-Duc qui se prépare. Ce sera l’occasion de tracer de nouvelles perspectives. Je me suis entretenu de la relation entre la France et le Luxembourg directement avec le président Macron qui a aussi envie d’avancer et de tracer de nouvelles perspectives.

  Le Grand Est concentre 40% de tous les travailleurs frontaliers de France.  

  • Est-ce que le nord de la Lorraine peut être autre chose que l’arrière-pays du Luxembourg?

Le Luxembourg a un effet d’aspiration, ça c’est clair mais nous avons aussi de vraies ressources et nous portons des ambitions. Etre à la remorque du Luxembourg ne peut pas être un objectif politique. Nous voulons élaborer ensemble une stratégie de développement économique et d’innovation. Nous avons lancé la semaine passée une agence régionale d’innovation, on est présent sur le secteur Esch-Belval par de l’aménagement urbain et des opérations économiques. Je ne désespère pas et je ne baisse pas les bras en disant tout doit se passer au Luxembourg. 

J’étais dernièrement du côté de Hagondange parce qu’une entreprise avait envie de s’installer là car c’est le cœur de l’Europe. Ma responsabilité est de répondre aux demandes des entrepreneurs et des entreprises dans ma région. Pour cela, ma responsabilité est aussi d’attirer l’attention de l’Etat français sur les effets frontaliers. Cela ne concerne pas seulement le Luxembourg mais aussi l’Allemagne et la Suisse. Le Grand Est concentre 40% de tous les travailleurs frontaliers de France. Il faut reconnaître la particularité des zones frontalières et les aider. Je ne demande pas l’aumône, je demande simplement que l’on facilite à la fois mon travail et ma capacité d’aménagement du territoire.

  • Qu’est-ce que cela signifie concrètement?

Quand le Luxembourg présidait l’Union européenne, il avait émis le souhait de mettre en place une «bulle transfrontalière». Je trouve cela intelligent. Avec la mise en place d’un régime fiscal particulier et l’idée d’un aménagement du territoire commun. Je suis extrêmement méfiant sur les formes de défiscalisation parce qu’il s’agit d’effets d’aubaine qui ne sont jamais pérennes. Je préfère réfléchir en termes d’aménagement du territoire et réaliser des choses qui soient bien conçues, bien vécues de chaque côté de la frontière. Il faut comprendre que le bassin de la Moselle peut être une chance et une opportunité pour le Luxembourg. Cela nécessite que les Luxembourgeois en prennent conscience et que les Français aussi. Ils peuvent être un apport en termes de logistique, de réserve foncière, de tertiaire. Le Grand Est a besoin de discuter d’égal à égal avec le Grand-Duché. Et pour ça il faut que le gouvernement français nous en donne les moyens.

  Il y a énormément de signaux faibles qu’on arrive à percevoir sur les réseaux sociaux.   

  • Vous êtes très actifs sur les réseaux sociaux sur lesquels vous répondez parfois aux usagers des transports qui vous prennent à partie….

Je l’étais encore aujourd’hui ! Quelqu’un m’a demandé de le contacter à propos des bus de remplacement qui vont être mis en place entre Metz et Luxembourg. Je l’appelle encore ce soir pour voir quelle est la situation exacte.

  • Pourquoi cette implication?

Il y a énormément de signaux faibles qu’on arrive à percevoir sur les réseaux sociaux. Quand on fait de la politique, cela nous permet d’être capables de corriger les mesures, d’être en phase avec les préoccupations quotidiennes des gens.  Je ne fais pas cela pour apparaître sur les réseaux sociaux mais pour pouvoir être saisi directement des problèmes. Je suis sur Facebook, sur Twitter, sur Instagram. J’ai des messages tous les jours. C’est une forme de relation avec mes concitoyens, avec des gens dont j’ai la responsabilité territoriale.


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