Changer d'édition

Interview du maire de Thionville : Pierre Cuny: «L'A31 bis doit être faite le plus rapidement possible»
International 9 min. 22.07.2016 Cet article est archivé

Interview du maire de Thionville : Pierre Cuny: «L'A31 bis doit être faite le plus rapidement possible»

Dr Pierre Cuny: «L'A31 bis doit être faite le plus rapidement possible. En tenant compte du fait que nos amis luxembourgeois ne veulent pas plus de voitures chez eux mais développer des solutions alternatives, des P&R, etc.»

Interview du maire de Thionville : Pierre Cuny: «L'A31 bis doit être faite le plus rapidement possible»

Dr Pierre Cuny: «L'A31 bis doit être faite le plus rapidement possible. En tenant compte du fait que nos amis luxembourgeois ne veulent pas plus de voitures chez eux mais développer des solutions alternatives, des P&R, etc.»
Photo: Maurice Fick
International 9 min. 22.07.2016 Cet article est archivé

Interview du maire de Thionville : Pierre Cuny: «L'A31 bis doit être faite le plus rapidement possible»

Maurice FICK
Maurice FICK
Maire de Thionville depuis trois mois, le Dr Pierre Cuny prône une relation «de fusion» avec le Luxembourg. Pour lui, l'A31 doit voir le jour rapidement et il a plusieurs idées en lien avec le Luxembourg pour son financement ou la prise en charge du péage pour les frontaliers.

Par Maurice Fick

Maire de Thionville depuis trois mois, le Dr Pierre Cuny prône une relation «de fusion» avec le Luxembourg. Pour lui, l'A31 doit voir le jour rapidement et il a plusieurs idées en lien avec le Luxembourg pour son financement ou la prise en charge du péage pour les frontaliers.

Vous êtes devenu le maire de Thionville il y a trois mois suite à la disparition d'Anne Grommerch en avril 2016. Quel a été votre parcours politique?

«Dès 2006 j'avais été approché par Jean-Marie Demange pour intégrer sa liste pour l'élection municipale de 2008. A l'époque je n'étais pas du tout encarté. Je n'avais pas de parcours politique mais j'avais plutôt une orientation droite-centre droite. Jean-Marie Demange m'a demandé de devenir son premier adjoint. Nous avons perdu les élections de 35 voix. Avec le décès de Jean-Marie Demange, je me suis retrouvé très rapidement propulsé sur le devant de la scène en étant un des responsables de l'opposition. En janvier 2009 s'est faite la connexion avec Anne Grommerch. Elle était directrice commerciale chez Coca-Cola au Luxembourg et s'est retrouvée à faire le choix de reprendre la suppléance de Jean-Marie Demange comme députée. D'emblée on a eu un contact chaleureux, empreint de respect et tout de suite la même vision commune de la politique. Très rapidement nous avons constitué un duo.

En 2010 on m'a demandé de partir sur les élections régionales. D'emblée j'ai demandé à ne pas être en position éligible, puisque pour moi il faut une légitimité. Et je n'avais pas cette légitimité. C'est ce qui fait peut-être parfois le drame de la politique, c'est que certaines personnes sont parfois à des postes sans légitimité et uniquement par opportunisme. J'ai créé la section du parti radical de Thionville, qui a l'époque était un élément constitutif de l'UMP, l'Union pour un mouvement populaire. J'étais à la plus belle des écoles : j'ai fait six ans d'opposition. Ça permet d'avoir une certaine épaisseur par la connaissance de l'ensemble des dossiers. En 2012, avec Anne, nous avons décidé de partir sur l'élection municipale de Thionville et nous avons monté une liste qui est actuellement en place. Notre programme soutient mon action actuelle. C'est un parcours express mais très riche».

Le Dr Pierre Cuny, 59 ans, est entré en politique en 2008 et a siégé six ans dans l'opposition au conseil municipal de Thionville.
Le Dr Pierre Cuny, 59 ans, est entré en politique en 2008 et a siégé six ans dans l'opposition au conseil municipal de Thionville.
Photo: Maurice Fick

Parlez-nous de votre parcours professionnel...

«Je suis médecin spécialiste en endocrinologie, diabétologie et nutrition. Je suis chef de service au Centre hospitalier régional de Metz-Thionville. Et chef de pôle, ce qui signifie que je coordonne 11 services hospitaliers au CHR et je suis en même temps coordinateur des centres spécialisés en obésité du Nord Lorraine.

Je suis Nancéen. J'ai fait mon cursus à Nancy avant d'être interne des hôpitaux nommé sur le CHR de Metz-Thionville en 1982. J'ai ouvert mon service à la médecine générale et j'accueille énormément de jeunes internes luxembourgeois. Ils sont dans le cursus médical à Nancy et viennent faire leur stage chez moi, dans un des plus gros service de diabétologie de France».

Vous êtes le nouveau maire de Thionville, quels sont les défis que vous comptez relever prioritairement?

«Je ne peux dissocier mon poste de maire et de président de la Communauté d'agglomération Porte de France-Thionville. Thionville est la ville centrale de l'agglomération mais trop petite pour pouvoir avoir les moyens de ses ambitions. Nous avons 42.000 habitants, tous les services, et c'est une ville à très haut niveau de services, mais avec une fiscalité qui ne permet plus de continuer à développer la ville. Donc j'inscris mon mandat de maire à la fois sur le développement, notamment de la rive droite et sur le développement de Thionville au sein de la communauté d'agglomération. Elle doit vraiment évoluer maintenant vers une communauté urbaine.

Je veux vraiment de nouveau inscrire Thionville vers la ville-phare du Nord mosellan au sein d'une communauté urbaine. Thionville a une chance historique. Nous sommes sur une voie de communication et de tout temps, dans l'histoire, les villes se sont développées sur les voies de communication. Nous sommes en train de laisser passer cette chance... Nous sommes au cœur de l'Europe et sommes en train d'évoluer vers un engluement du système parce qu'on est incapable de prendre des décisions sur le plan de la mobilité. Si dans dix ans on ne règle pas ce problème de mobilité, ça se déplacera soit sur l'Est, sur l'axe de Strasbourg, soit sur l'Ouest, sur l'axe Charleville-Maizières Vatry, l'Euro-corridor.

En 2025, Thionville comptera 50.000 habitants.
En 2025, Thionville comptera 50.000 habitants.
Photo: Maurice Fick

Il y a l'évolution de Thionville sur le plan urbanistique. A Thionville j'ai signé 500 permis de construire. Ça ne s'est jamais vu ! Il y a une pression immobilière majeure sur Thionville parce que nous sommes aux portes du Luxembourg. Il y a un développement programmé de Thionville, en 2025, la ville comptera 50.000 habitants. Avec une communauté d'agglomération de 90.000 – 95.000 habitants. C'est en train de pousser».

Quelles sont vos connexions avec le Luxembourg?

«J'en avais un peu à travers Anne Grommerch qui était travailleur frontalier au Luxembourg. Depuis que j'ai pris la mairie je fais le tour de l'ensemble des grands élus transfrontaliers. Nous avons pris contact avec la bourgmestre d'Esch-sur-Alzette et avec Lydie Polfer, la bourgmestre de Luxembourg, pour que je puisse les rencontrer.

Je connais un peu Xavier Bettel. J'aimerais le rencontrer de façon plus informelle car je ne peux pas, en tant que maire ou président de la Communauté d'agglomération rencontrer le Premier ministre. Ce serait une faute diplomatique majeure. Nous allons aussi inviter Corinne Cahen pour venir à l'inauguration de notre «Puzzle», une grande médiathèque. Et puis, dans mon équipe il y a beaucoup de gens qui sont transfrontaliers et qui travaillent au Luxembourg.

Je pense que la relation que nous devons avoir avec nos amis luxembourgeois ne doit surtout pas être une relation de méfiance mais une relation de fusion. Le développement ne peut se faire que s'il est concerté, raisonné, articulé. Le maire de Thionville a des intérêts partagés avec le développement du Luxembourg: 80.000 de mes concitoyens passent tous les jours la frontière, 35% des travailleurs de Thionville vont au Luxembourg tous les matins. L'adaptation même de la ville doit se faire au rythme des travailleurs frontaliers. Les horaires d'ouverture du commerce doivent être modifiés, l'attractivité de l'offre vis-à-vis du Luxembourg doit être modifiée aussi».

Vous êtes devenu ce mois-ci le vice-président du Pôle métropolitain du Sillon lorrain. L'A31 bis doit-elle se faire le plus vite possible ou au contraire faut-il tout peser avant de se lancer?

«Pour moi, l'A31 bis n'est qu'un élément de réponse à la mobilité. Ce à quoi on doit s'attacher très rapidement c'est fluidifier la mobilité du transfrontalier. Mais parallèlement, on a d'autres pistes comme le ferroviaire. On sait que dès 2020 on va augmenter le cadencement. A Thionville on va passer de 6.000 passagers à 18.000 voyageurs transportés entre 6 heures du matin et 9 heures. Mais ce ne sera pas suffisant. Nous devons fluidifier les parcours en voiture sur nos axes, il y a évidemment l'A31 mais aussi le contournement d'Hettange et de Frisange qui doit à un moment se poser. Et puis, il y a l'A30 de Longwy vers Messancy.

Je suis clair, l'A31 bis doit être faite le plus rapidement possible. En tenant compte du fait que nos amis luxembourgeois ne veulent pas plus de voitures chez eux mais développer des solutions alternatives, des P&R, etc. Et c'est logique... si nous amenons beaucoup plus de voitures le Luxembourg sera lui aussi englué. Et inversement il faut tenir compte de l'Eurohub de Bettembourg qui mettra 3.000 camions de plus sur les routes vers le sud. La création de l'A31 bis pose deux problèmes dans la partie thionvilloise: le contournement Ouest de Thionville et la création de la 3e voie qui coûte 60 millions d'euros».

Mais comment financer ce projet autoroutier ?

«Pour moi il y a trois pistes: il y a l'Etat français qui doit se positionner. Il faut savoir que les recettes fiscales des travailleurs français en France sont énormes en taxes foncières, taxes d'habitation, dépenses sous forme de TVA,... des recettes fiscales que j'ai estimées à 300 millions d'euros par an à peu près. Soit 1,5 milliard sur cinq ans... il y a de quoi faire une autoroute!

Deuxième piste, complémentaire: moi je ne suis pas contre un péage à partir du moment où ce ne sont pas les travailleurs frontaliers qui le paient. Dans l'évolution avec le Luxembourg, là on peut vraiment travailler sur du projet.  Sur ce projet-là on pourrait très bien imaginer que la prise en charge du péage des salariés qui travaillent au Luxembourg puisse être compensée avec nos amis luxembourgeois. Par une sorte de pass qui serait pris en charge par les employeurs. Il faut que ce soit un péage ultrarapide.

Troisième piste: à un moment donné il faudra peut-être remettre sur la table les conventions qui lient la France et le Luxembourg. Il n'est pas question de dire aux Luxembourgeois "il faut payer". Mais c'est de dire, "nous avons une richesse commune". Nous avons 175.000 travailleurs frontaliers. 200.000 d'ici dix ans. C'est une richesse extraordinaire pour ce territoire. Il faut se réunir sur du projet. On pourrait imaginer autour d'un projet sur la mobilité comme l'A31 bis que le Luxembourg apporte une contribution. Il faut que ce soit du gagnant-gagnant. Le Luxembourg a tout intérêt à asseoir de façon pérenne l'environnement des frontaliers et nous avons tout à gagner à ce que les frontaliers aillent sans problème au Luxembourg.

Même si l'A31 bis se fait rapidement, ça va tenir vingt ans. Je pense qu'il faut qu'on prévoie déjà l'avenir de demain. C'est pour moi un tram, c'est un cadencement majeur comme un métro entre Thionville et Luxembourg. Mais aussi d'autres formes de transport rapides le long de l'autoroute. Comme cela se fait déjà dans d'autres grandes villes au Japon».

Chaque jour plus de la moitié des 83.000 frontaliers lorrains passent par Thionville. Une hypothèse de croissance table sur 180.000 frontaliers à l'horizon 2035. Que comptez-vous faire?

«Mon but c'est de développer l'hypercentre de Thionville. Parce que je fais l'analyse que le centre de Thionville a souvent des logements vides et qu'on est à deux minutes de la gare. Donc on va restructurer tout le centre-gare avec une passerelle, une gare double face ouverte sur Yutz et Thionville et mon objectif va être de sédentariser sur Thionville une partie des 80.000 frontaliers qui viennent de Metz, Nancy et de partout.

Sur le centre-ville on va créer 700 nouveaux logements dans les trois, quatre ans à venir. Et nous programmons la création de 1.000 logements sur la rive droite».


Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.