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Intégrale, une réplique du séisme Publifin
International 3 min. 24.02.2020

Intégrale, une réplique du séisme Publifin

Le patron d'Intégrale Diego Aquilina figure parmi les dirigeants de Nethys qui ont perçu de fortes indemnités compensatoires lorsqu'ils ont été débarqués il y a quelques mois

Intégrale, une réplique du séisme Publifin

Le patron d'Intégrale Diego Aquilina figure parmi les dirigeants de Nethys qui ont perçu de fortes indemnités compensatoires lorsqu'ils ont été débarqués il y a quelques mois
Photo: Persgroep
International 3 min. 24.02.2020

Intégrale, une réplique du séisme Publifin

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Le gouvernement wallon peine à faire observer ses nouvelles règles en matière de gouvernance des entreprises publiques. Le dernier dossier litigieux en date s’appelle «Intégrale».

De notre correspondant, Max Helleff (Bruxelles) - A la suite de l’affaire Publifin, du nom de cette intercommunale liégeoise qui permit pendant des années à des mandataires politiques wallons d'être rémunérés à ne rien faire, le gouvernement wallon s'est donné une nouvelle législation encadrant les entreprises publiques. 

Ce «décret gouvernance» plafonne désormais le salaire des tops managers publics à 245.000 euros par an. Il prévoit toutefois une exception: les sociétés qui, en vertu de la législation fédérale, font déjà l'objet d'un encadrement et d'un contrôle par la Banque nationale de Belgique (BNB) et l'Autorité des services et marchés financiers, échappent à la règle. 

Le patron d'Intégrale Diego Aquilina figure parmi les dirigeants de Nethys qui ont perçu de fortes indemnités compensatoires lorsqu'ils ont été débarqués il y a quelques mois
Le patron d'Intégrale Diego Aquilina figure parmi les dirigeants de Nethys qui ont perçu de fortes indemnités compensatoires lorsqu'ils ont été débarqués il y a quelques mois

Le management d'une société d’assurance liégeoise baptisée «Intégrale» a saisi la balle au bond. Il a jugé discriminatoire d'être soumis aux nouvelles règles de bonne gouvernance, alors que les fonds de pension par exemple y échappent. Et c'est là que l’on a appris que, depuis 2016, Intégrale est sous la coupe de Nethys, une société au cœur du scandale depuis l'automne dernier pour s'être livrée à une série de transactions jugées litigieuses.  

Nethys n’est pas une inconnue: il s'agit du bras opérationnel de l'intercommunale liégeoise Publifin, aujourd'hui rebaptisée Enodia.


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Les trois derniers mois ont été consacrés par l’exécutif régional à mettre de l’ordre dans Nethys, une filiale de l’ex-Publifin. Un travail chronophage, mais nécessaire.

Selon Le Soir qui a levé le lièvre, le patron d'Intégrale Diego Aquilina figure parmi les dirigeants de Nethys qui ont perçu de fortes indemnités compensatoires lorsqu'ils ont été débarqués il y a quelques mois. Ils avaient mené une série d'opérations financières douteuses sans en référer à la tutelle publique. Ce qui ne les avait pas empêchés d'empocher de fortes indemnités de départ. Le chiffre de 18 millions d'euros fut cité.

Ces derniers jours, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, Pierre Wunsch, a dénoncé les manquements d'Intégrale. 5,7 millions d'indemnités auraient été frauduleusement versés aux dirigeants de l'assureur pour contourner le décret gouvernance mis en place par la Région wallonne. Autrement dit, le top management se serait sucré en douce.

Un total non-respect de la réglementation de droit public applicable

Cette somme excéderait les indemnités d’usage, selon la BNB. Conclusion: le mécanisme mis en place «démontre un total non-respect de la réglementation de droit public applicable (...). L'existence du décret wallon a servi de justification à l'enrichissement des personnes concernées et ce, au détriment de l'intérêt social de l'entreprise». L'accusation d’abus de biens sociaux est lâchée…  Pour le nouveau gouvernement wallon, l'affaire a le goût amer de l'échec.

Ces derniers mois, d'autres atteintes au décret gouvernance ont été dénoncées dans la presse. C'est ainsi que Jean-Paul Philippot, l'administrateur général de la chaîne publique RTBF, s'est fait épingler pour avoir empoché un salaire dépassant le plafond des 245.000 euros autorisé. Il a déposé plainte contre X pour diffamation.

Quant au conseil d'administration de l'assureur liégeois Intégrale, il a décidé lundi soir de résilier la convention de départ conclue avec son CEO Diego Aquilina, suite aux attaques de la Banque nationale. Il ne paiera pas les 2,2 millions d'indemnités promis.


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