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HashTag, le grand jour
International 2 min. 06.03.2020 Cet article est archivé

HashTag, le grand jour

HashTag, le grand jour

Photo: dpa
International 2 min. 06.03.2020 Cet article est archivé

HashTag, le grand jour

Gaston CARRE
Gaston CARRE
J'ignorais ce qu'est un «HashTag». Je finis par comprendre quand mon fils me demanda s’il y aurait école ce jour-là...

Les technologies nouvelles enfantent des mots nouveaux. Des mots vulgaires parfois, des gros mots, comme «hashtag», que la langue française puise dans l’anglais pour ne pas souiller son Robert. Qu’est-ce qu’un «hashtag»

Considérant la chose dans sa dimension graphique j’avais cru d’abord, avec le philosophe Raphaël Enthoven, que c’était un sac.

Un sac au dos du mot, pour faire un mot-valise. Un sac en forme de burka, pour voiler le mot, sachant qu’il y a des mots sur lesquels il faut ne pas se retourner, pour ne pas perdre la tête.

Une burka à traits de grille, de treillis – un tamis pour des mots fluides, pour empêcher la formation de grumots. Quand trop de sots confèrent il y a congestion, leurs propos font des caillots et le sens ne circule plus.

Un tamis en forme de dièse. Un dièse, dans le sac à dos du mot, pour une modulation par intonation. Beaucoup de langues sont tonales, comme le mandarin ou le cantonais, ou encore les idiomes amérindiens comme le zapothèque et le mixtèque, ça existe. 

Parmi les langues tonales, il en est une qui est plus tonale que les autres, c’est la langue musicale. La fonction du dièse y est primordiale, mais c’est une altération dont il faut user avec modération si l’on veut des gammes bien tempérées. Bach a tempéré avec génie, Wagner hélas a gammé avec furie et walkyries – notons que la langue allemande, toujours délicate, dit «dur» pour dire dièse, «Symphonie in A dur», ça existe, mit Schlagzeug und Ratsche und Donnerwetter. 

Soit, me suis-je dit. Le hashtag est un dièse, mais un dièse-métaphore, dans le sac-à-dos du mot. Il opère, plus qu’une modulation tonale, une gradation sémantique. Une majoration, une sorte de promotion, quand un simple adjectif est nommé superlatif. Le superlatif de pieux est dévot, c’est la foi plus la burka, un dévot dièse est un intégriste mais un djihadiste est un bémol.

Puis j’avisai que le hashtag est utilisé dans les réseaux sociaux, «tweeté» dans la toile, et songeai alors que c’était un signe de reconnaissance et d’appel, un dièse pour coaguler les internotes, un agrégateur de meutes, hallali pour des flashmobs réunissant les diésés autour d’une même causerie. Mais pourquoi «hashtag»?

Je compris enfin. Je compris quand mon fils me demanda s’il y aurait école ce jour-là. HashTag, mais oui:  Xavier Bettel a décrété une Journée du shit ! Une Journée nationale de la beuh. La langue allemande, toujours délicate, disant «pot» pour dire beuh, Bettel s’est inspiré du bon roi Henri IV, qui en 1605 déjà décréta la poule au pot tous les dimanches.

«HashTag», oui. Tout le monde kiffera ce jour-là, le shit c’est chic, ce sera une fête, avec course de sacs et lancer de mots-valises, une fête multiculti, on parlera zapothèque et mixtèque, une fête superlative avec beaucoup de dièses, il n’y aura pas école, non.

– Et ce sera quel jour, le HashTag?

– Le 18 joints. Evidemment.