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Haro sur les statues de Léopold II
International 4 min. 08.06.2020 Cet article est archivé

Haro sur les statues de Léopold II

Selon certains historiens, Léopold II aurait la mort de dix millions de Congolais sur la conscience.

Haro sur les statues de Léopold II

Selon certains historiens, Léopold II aurait la mort de dix millions de Congolais sur la conscience.
Photo: Shutterstock
International 4 min. 08.06.2020 Cet article est archivé

Haro sur les statues de Léopold II

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Les effigies du souverain belge à nouveau au cœur de la polémique dans la suite de l’affaire George Floyd.

 De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - La vague d'émotion engendrée par la mort de l'Américain George Floyd a relancé en Belgique les appels à rompre avec un passé colonial aussi trouble que meurtrier. En Flandre, plusieurs statues du roi Léopold II ont été aspergées de peinture rouge, une couleur qui évoque le sang qu’a fait couler le deuxième roi des Belges en sa colonie. Le souverain aurait la mort de dix millions de Congolais sur la conscience, s'il faut en croire certains historiens.

A Ekeren (Anvers), la statue du  «roi bâtisseur» a été taguée et vandalisée. Sur son socle, on peut lire un «Heil» qui fait l’amalgame entre son règne (1865-1909) et le nazisme. «Le vandalisme doit être condamné. Cela reste un bien public», a expliqué le bourgmestre N-VA Koen Palinckx. «Mais après discussion avec des spécialistes du patrimoine, il a été décidé de retirer la statue.» La même mésaventure est arrivée dans les villes de Hal, Hasselt, Ostende, Tervueren ou encore Gand.  

Plusieurs pétitions circulent en ce moment pour demander le retrait de l’espace public des statues de Léopold II. L’une d’elles, lancée par un garçon de 14 ans, a déjà recueilli plus de 40.000 signatures. La chaîne publique VRT a donné la parole à des jeunes Flamands d’origine africaine: ils sont nombreux à dire la difficulté d’être noir en Belgique en dépit de leur parfaite intégration.


2.000 manifestants rendent hommage à George Floyd
Alors que les manifestations contre le racisme et les violences policières se multiplient à travers la planète, le Luxembourg n'est pas en reste. Plusieurs centaines de personnes se sont retrouvées devant l'ambassade des Etats-Unis, ce vendredi après-midi, pour faire part de leur tristesse et de leur colère.

Depuis plusieurs années, la question est posée de savoir s’il faut continuer ou non à exhiber publiquement la figure du roi Léopold II. «Elle fait partie de l’histoire», disent les uns. «Elle déshonore la Belgique et l’empêche de faire son examen de conscience», rétorquent les autres. «Pour la majorité des Belges, Léopold II est un roi bâtisseur parce qu'il a construit la Belgique. Mais il a construit la Belgique avec une grande partie de l'argent qu'il a volé au Congo», estime Mireille-Tsheusi Robert, la présidente de l'association de lutte contre le racisme BAMKO.

Sur un plan historique, il est important de faire la part des choses. Le Congo est resté la propriété personnelle de Léopold II jusqu’en 1908, moment auquel il l’a «donné» à la Belgique. Les massacres auxquels se livrèrent ses représentants en terres congolaises se déroulèrent essentiellement durant les décennies précédentes. Mais la reprise en main de la colonie par l’Etat belge fut loin d’être un long fleuve tranquille. Les richesses du pays ont été exploitées sans vergogne. En 1961, Patrice Lumumba, le premier dirigeant du Congo indépendant, a été assassiné avec la complicité de la Belgique.  

«Il est temps d’apprendre la vraie histoire du Congo belge»    

En 2002, le libéral francophone Louis Michel, qui était alors aux Affaires étrangères, vint publiquement présenter au peuple congolais et à la famille de Patrice Lumumba les excuses de son pays et ses «profonds et sincères regrets pour la douleur qui leur a été infligée». En 2019, c’est son fils Charles, alors Premier ministre en affaires courantes, qui a déploré la ségrégation ciblée dont ont fait l’objet les métis durant la colonisation belge jusqu’en 1962 et après la colonisation, ainsi que la politique d’enlèvements forcés dont ils furent victimes.

En dépit des excuses, la pilule reste amère. En 2018, la réouverture du Musée de Tervueren («AfricaMuseum») conduit ainsi plusieurs associations à demander une fois encore à la Belgique de faire son examen de conscience et la restitution de certains objets d'art.

Ce week-end, la comédienne Cécile Djunga, qui fut victime de propos racistes lorsqu’elle présentait la météo sur la chaîne publique RTBF, a publié une carte blanche où elle dit l’urgence d’en finir avec le racisme qui hante la société belge. « Il est temps d’apprendre à cette future génération l’Histoire, la vraie histoire du Congo belge et non un contenu paternaliste qui accentue les préjugés et stéréotypes créés par la propagande coloniale sur les Africains, les Afro descendants, les Noirs, les Blancs, les Métis, etc.», écrit-elle à la ministre de l’Education francophone, la socialiste Caroline Désir.

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