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Garçons et filles dans une même marelle
International 3 min. 03.08.2022
Belgique

Garçons et filles dans une même marelle

15 % des enfants, majoritairement des grands garçons, prennent 80 % de l’espace sur la cour de récré.
Belgique

Garçons et filles dans une même marelle

15 % des enfants, majoritairement des grands garçons, prennent 80 % de l’espace sur la cour de récré.
Photo d'illustration: Claude Piscitelli
International 3 min. 03.08.2022
Belgique

Garçons et filles dans une même marelle

La Belgique francophone veut s’attaquer aux inégalités de genre en cour de récréation

De notre correspondant Max Hellef (Bruxelles)- Longtemps, un mur a séparé les garçons des filles dans les cours de récréation. Puis dans les années 70, la mixité s'est peu à peu imposée dans les écoles belges. Un demi-siècle plus tard, le constat est mitigé : les élèves des deux sexes ne se «mélangent» pas vraiment. Cet apartheid plus ou moins conscient a des conséquences parfois douloureuses à l'âge adulte.


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Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB, l'ancienne Communauté française) entend s'attaquer à cette question car «ces différences viennent s'ancrer, à long terme, dans les comportements de nos jeunes et futurs citoyens et citoyennes.» Libéraux, socialistes et écologistes veulent faire des cours de récréation «un véritable espace partagé» et mettent pour ce faire 350.000 euros sur la table. Le projet passera par le réaménagement des espaces scolaires destinés à la récréation et par l'encouragement du vivre-ensemble.

La cour de récré traduit la relégation dès l'enfance des femmes à l'intérieur du foyer

Edith Maruéjouls, géographe du genre

Pour Bruno Humbeek interrogé dans Le Soir, cette ambition bien menée a potentiellement la capacité de diminuer les comportements violents entre enfants. Le psychopédagogue développe l'idée qui consisterait à «scinder l'espace récréatif en trois parties délimitées par un code couleur : une parcelle où les enfants peuvent courir avec un ballon, une autre où ils peuvent courir mais sans ballon et une dernière zone plus calme. Dans celle-ci, vous voyez des enfants lire, jouer à des jeux de société, discuter sur des tables circulaires. Il y a une invitation à échanger et à se rassembler. Chaque élève peut ainsi trouver sa place dans la cour de récréation et trouve un bénéfice certain à appliquer les règles.»

Pour Edith Maruéjouls, géographe du genre sollicitée par le même quotidien, «la cour de récré traduit la relégation dès l'enfance des femmes à l'intérieur du foyer». 15 % des enfants, majoritairement des grands garçons, prennent 80 % de l'espace. Les filles, elles, sont reléguées dans l'espace restant, voire à l'intérieur, dans les toilettes.»

Des stéréotypes qui conduisent au féminicide?

La géographe propose de «repenser l'aménagement et les différents usages de la cour de récré. À travers la taille des espaces, une valeur égale doit être attribuée aux jeux de ballons, aux jeux calmes et à la discussion. (…) L'erreur serait toutefois de penser qu'il existe une forme de modélisation unique.»

Un changement s'impose dès l'école et ses loisirs si l'on veut apaiser la société, affirment en somme ces experts. Dans un genre extrême, la hiérarchie homme-femme biaisée par les stéréotypes a pu conduire au féminicide, selon les associations versées dans l'égalité des genres. Leur tentative de faire entrer cette notion dans le code pénal réformé a toutefois échoué.

Mais 350.000 euros et quelques projets de réaménagement de cour de récréation, est-ce suffisant pour donner un jour à la Belgique francophone une véritable égalité des genres? D'aucuns en doutent, même s'il faut bien constater que le monde politique cherche aujourd'hui à montrer l'exemple en plaçant plus souvent des femmes aux plus hauts postes.

S'agissant du genre, on marche toujours sur des œufs. En 2021, la secrétaire d'État Sarah Schiltz chargée de ce portefeuille avait participé à une réunion exclusivement féminine autour des conséquences du covid sur les femmes. Il s'agissait d'une «balade entre filles» plutôt qu'une «déclaration de guerre aux hommes», avait dû expliquer par la suite l'écologiste. Une polémique avait éclaté. Les soutiens de la secrétaire d’Etat avaient relevé qu'elle n'avait fait que recourir à une vieille méthode en cour dans les milieux dénonçant les différentes ségrégations, sexuelles et raciales.

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