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Face aux «gilets jaunes», des «foulards rouges» veulent «libérer une autre parole»
International 3 min. 25.01.2019

Face aux «gilets jaunes», des «foulards rouges» veulent «libérer une autre parole»

Face aux «gilets jaunes», des «foulards rouges» veulent «libérer une autre parole»

AFP
International 3 min. 25.01.2019

Face aux «gilets jaunes», des «foulards rouges» veulent «libérer une autre parole»

Ils ont partagé certaines revendications des «gilets jaunes» mais ne supportent plus les violences qui émaillent leurs manifestations: les «foulards rouges», qui défileront dimanche à Paris, entendent porter la parole d'une France «qui se terre depuis dix semaines».

AFP - C'est depuis sa page Facebook «STOP. Maintenant, ça suffit» que Laurent Soulié, 51 ans, a lancé mi-décembre l'idée de cette marche, «comme une bouteille à la mer», quand il a compris que «le mouvement n'allait pas s'apaiser». Cet ingénieur toulousain dans l'aéronautique voit même dans cette initiative «une main tendue» aux «gilets jaunes» qui doivent «sortir de l'impasse» de ces manifestations «incontrôlables et incontrôlées».

Fils d'ouvrier, «exemple de la méritocratie», il récuse l'étiquette de «nanti» qu'on lui colle parfois sur les réseaux sociaux: «J'ai une maison qui a besoin d'un bon coup de peinture, la même voiture depuis 12 ans et je fais mes comptes chaque mois pour ne pas être à découvert».

Sympathisant assumé de la République en marche, il s'efforce de convaincre du caractère «apolitique» de cette mobilisation qui doit «libérer la parole de cette France qui se terre depuis dix semaines».

Eddy, comédien: «Reconnaître le droit des institutions»

Eddy Frogeais, 49 ans, a un profil de «gilet jaune»: ce salarié d'une association, marié et père de deux enfants, connaît parfois «des fins de mois difficiles». Mais ce Breton n'a jamais participé au mouvement: «forcer les gens à mettre un gilet jaune pour passer un barrage, à signer une pétition, être embêté parce qu'on ne pense pas "gilet jaune", toutes ces attitudes m'ont beaucoup interrogé sur le rapport à la République, à la démocratie».

«De gauche», il adhère à certaines revendications, comme une meilleure répartition des richesses, mais ne supporte plus la violence «contre les institutions». «Les "gilets jaunes" organisent des choses à côté, toujours à côté, comme s'ils ne voulaient pas reconnaître le droit des institutions», déplore-t-il alors qu'un grand débat national a été lancé par Emmanuel Macron.

Circonspect face à «l'agglomération des revendications», Eddy Frogeais souhaite aujourd'hui «une trêve» dans les manifestations pour que le dialogue «se mette en place».

Caroline, allocataire handicapée: «Retrouver une France apaisée»

Depuis qu'elle a rejoint «les foulards rouges», Caroline Garcin, originaire de Montpellier, s'est fâchée avec de nombreux amis et a décidé «de ne plus parler politique» avec sa mère et son frère. Cette ancienne infirmière de 41 ans souffre d'une surdité presque totale et vit aujourd'hui de «l'allocation adulte handicapée».

C'est son premier engagement, né en novembre d'une agression verbale sur un rond-point près de Rodez (Aveyron) parce qu'elle n'avait pas de «gilet jaune»: «J'ai eu l'impression d'être seule au monde face à cette déferlante de haine».

Avec les «foulards rouges», elle a enfin «retrouvé une France éveillée, apaisée et respectueuse». Caroline Garcin comprend les «revendications des gilets jaunes» et «leur sentiment d'injustice sociale et fiscale», mais refuse «d'être prise en otage», «qu'on dise que notre pays est une dictature» et n'accepte pas «qu'on appelle au lynchage et à tuer du flic».

Serge, retraité: «Les gilets jaunes ne sont pas le peuple»

Cet ancien entrepreneur «parti de rien», qui habite un village près de Vesoul (Haute-Saône), veut monter à Paris «pour montrer qu'il y a d'autres Français». «Les gilets jaunes ne sont pas le peuple, c'est une escroquerie énorme», tonne ce retraité de 72 ans.

«Persuadé» que le gouvernement est «sincère», le bouillonnant septuagénaire dit «soutenir» la politique de Macron: «Il a sans doute fait des erreurs de langage mais il tient la route (...) Mieux vaut quelqu'un qui a travaillé dans une banque à la tête du pays qu'un "guignol" qui ne connaît rien en économie».

Marié et père d'un fils «ingénieur en informatique», Serge dit «comprendre ceux qui, en bas de l'échelle, ont des soucis financiers» mais n'aspire désormais plus qu'à «rétablir l'ordre»: «Je ne partage plus du tout la façon de procéder, tout démolir, tout casser, pfff...»

Sa seule crainte pour dimanche? «Que la marche fasse un bide».

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