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Etudes: Ces médecins belges «made in Romania»
 Dans un futur proche, il est à parier que des hôpitaux belges engageront à tour de bras des Belges formés en Roumanie.

Etudes: Ces médecins belges «made in Romania»

(CARICATURE: FLORIN BALABAN)
Dans un futur proche, il est à parier que des hôpitaux belges engageront à tour de bras des Belges formés en Roumanie.
International 3 min. 12.01.2018

Etudes: Ces médecins belges «made in Romania»

Pour contourner les embûches du système, de nombreux étudiants choisissent d’étudier au-delà des frontières. Une situation kafkaïenne a fini par conduire un certain nombre d’étudiants belges à se tourner vers les universités étrangères, notamment roumaines.

PAR MAX HELLEFF (Bruxelles)

Le sort réservé aux candidats médecins a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années. Sous la pression du gouvernement fédéral et de la Flandre, les universités francophones belges ont finalement organisé en septembre dernier un examen d’entrée extrêmement sélectif aux études qui mènent à l’obtention du diplôme tant convoité. Objectif: soulager la Sécurité sociale en diminuant le nombre de médecins.

Un concours «boucherie»

Mais avant cela, par deux fois, un concours «boucherie» avait été imposé à la fin de la session de juin aux étudiants de premier bac, afin de limiter leur nombre durant l’année académique suivante. Beaucoup d’étudiants méritants auraient été perdus à jamais pour la médecine si cette sélection n’avait finalement été invalidée par le Conseil d’Etat. A quelques semaines de Noël, ils ont pu réintégrer les cours.

Cette situation kafkaïenne qui règne en Belgique a fini par conduire un certain nombre d’étudiants à se tourner vers les universités étrangères, notamment roumaines. 3.000 francophones fréquentent ainsi désormais les universités d’Arad, Cluj et Iasi, où des filières en langue française ont été lancées depuis l’entrée en 2007 de la Roumanie dans l’Union européenne.

Pour étudier en Roumanie, il faut s’acquitter d’un minerval de 5.000 euros, ce qui est relativement coûteux en regard des 835 euros demandés par les universités francophones belges. A 18 ans à peine, il faut aussi apprendre à vivre dans un pays dont on ne connaît pas la langue. Même si la communauté estudiantine déploie des trésors d’imagination pour aider à l’intégration de ces filles et de ces garçons dans les campus roumains.

Les témoignages d'étudiants «en exil» ont été rapportés par les médias. Certains estiment que les professeurs roumains sont davantage à l’écoute de leurs homologues belges, que les études sont plus «utiles» car tournées immédiatement vers la pratique de la médecine. Et que les médecins du cru sont davantage proches des patients… Un comble si l’on sait que la première édition de l’examen d’entrée, organisée au Heysel en septembre dernier, avait exigé des candidats qu’ils démontrent leur potentiel d’empathie avec ceux qui souffrent.

Après six années passées en Roumanie, ces étudiants enfin diplômés espèrent revenir en Belgique pour se spécialiser dans leur domaine de prédilection.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. La Belgique qui s’emploie à limiter le nombre de ses diplômés fait paradoxalement face depuis des années déjà à une pénurie de médecins. Celle-ci est appelée à aller crescendo, si l’on en croit un cadastre réalisé récemment. 119 communes sont déjà touchées sur les 262 que compte la Wallonie. Soit moins de 90 médecins équivalents temps plein pour 100.000 habitants.

La dénonciation d'un «non-sens»

Pour pallier ce manque, les hôpitaux belges recrutent à l’étranger des médecins et des infirmières, dont beaucoup de Roumains. Mais ils se heurtent à des praticiens qui ne connaissent bien souvent pas suffisamment la langue et ont une approche parfois différente, sinon problématique, de la médecine.

Les associations francophones belges d’étudiants en médecine dénoncent régulièrement ce non-sens. Sachant que 40 % des numéros Inami – l’agrément qui permet d’exercer la médecine – sont déjà distribués à des diplômés étrangers, elles doutent de la pérennité de l’enseignement délivré par les universités dans le sud du pays.

Dans un futur proche, il est à parier que des hôpitaux belges engageront à tour de bras des Belges formés en Roumanie. Le serpent du caducée se mordra ainsi la queue...

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