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Etat d'urgence à Gênes après l'effondrement meurtrier du viaduc
Le viaduc autoroutier, ou pont Morandi, qui s'est partiellement effondré le mardi 14 août.

Etat d'urgence à Gênes après l'effondrement meurtrier du viaduc

AFP
Le viaduc autoroutier, ou pont Morandi, qui s'est partiellement effondré le mardi 14 août.
International 6 min. 16.08.2018

Etat d'urgence à Gênes après l'effondrement meurtrier du viaduc

Le gouvernement italien a décrété mercredi l'état d'urgence pour un an à Gênes (nord), sous le choc au lendemain de l'effondrement d'un pont autoroutier qui a fait au moins 39 morts, et promis de révoquer la concession de l'exploitant, accusé de négligence criminelle.

(AFP) -  Malgré les efforts incessants des secouristes dans l'amas de béton et de ferraille gisant en contrebas du pont, le bilan n'a pas beaucoup évolué mercredi: 39 morts et 16 blessés, dont neuf dans un état grave. Mais les autorités répètent qu'il y a des disparus. Trois enfants de 8 à 13 ans figurent parmi les morts, de même que quatre jeunes Français, trois Chiliens et un Colombien. 

A la demande de la région, «nous avons décrété l'état d'urgence pour 12 mois», a annoncé le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, à l'issue d'un conseil des ministres extraordinaire dans la ville portuaire sinistrée. Cet état d'urgence offre un cadre normatif pour la gestion du site et l'assistance aux plus de 630 personnes évacuées et dont les habitations, en contrebas de ce qui reste du pont, sont condamnées. Le gouvernement s'est engagé à les reloger avant la fin de l'année. 

Flanqué des deux hommes forts du gouvernement, le ministre du Développement économique Luigi Di Maio et celui de l'Intérieur Matteo Salvini, M. Conte a aussi annoncé le déblocage d'une première tranche de 5 millions d'euros d'aide d'urgence, ainsi qu'une journée de deuil national. Selon plusieurs médias, ce sera samedi, le jour où la ville de Gênes prévoit des funérailles solennelles pour les victimes, avec une messe à la Fiera. 

  

Environ 35 voitures et plusieurs camions, selon la protection civile, ont été précipités dans le vide d'une hauteur de 45 mètres dans l'effondrement soudain et inexpliqué d'une portion de plus de 200 mètres du pont Morandi, un ouvrage massif en béton de la fin des années 1960 qui a régulièrement dû faire l'objet d'importants travaux d'entretien. L'effondrement «n'est pas dû à la fatalité», a martelé le procureur de Gênes, Francesco Cozzi, venu sur les lieux, alors que l'enquête vient seulement de débuter.

La société autoroutière visée

M. Conte a confirmé que le gouvernement entendait révoquer la concession de la société gérant le tronçon d'autoroute, Autostrade per l'Italia (groupe Atlantia, lui-même contrôlé à 30% par la famille Benetton). Sous le feu de critiques incendiaires de toutes les figures du gouvernement, la direction d'Autostrade per l'Italia, qui gère près de la moitié des quelque 6.000 km d'autoroute du pays, a mis en avant mercredi le sérieux de sa surveillance de l'ouvrage.   

Les autorités souhaitent en outre la démission des dirigeants de cette société, Autostrade per l'Italia, et vont réclamer une amende pouvant atteindre 150 millions d'euros, a annoncé sur Facebook le ministre des Infrastructures et des Transports Danilo Toninelli. 

Pour Luigi Di Maio, vice-Premier ministre et chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste), le pont «ne s'est pas écroulé par fatalité mais parce que la maintenance n'a pas été faite». «Les responsables ont un nom et un prénom, et ce sont Autostrade per l'Italia», a-t-il martelé à la radio. «Pendant des années on a dit que faire gérer les autoroutes par des privés était mieux que par l'Etat. Maintenant on a l'un des plus grands concessionnaires européens qui nous dit que ce pont était en sécurité et que rien ne laissait imaginer l'effondrement», a lancé M. Di Maio. 

«Autostrade devait faire la maintenance et ils ne l'ont pas faite. Ils encaissent les péages les plus chers d'Europe et paient les impôts les plus bas, au Luxembourg en plus. Il faut retirer les concessions et faire payer des amendes. Si un privé n'est pas en mesure de gérer les autoroutes, l'Etat le fera», a-t-il prévenu. «La révocation des concessions est un minimum», a pour sa part lancé sur une autre radio Matteo Salvini, patron de la Ligue (extrême droite). «En tant que vice-Premier ministre, je vais écrire à tous les autres concessionnaires pour demander quelle part de leur budget ils réinvestissent dans la sécurité». 

Mardi soir, le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, a annoncé un plan extraordinaire de contrôle des infrastructures. «Il s'agit d'installer de banals capteurs sensoriels sur toutes les infrastructures du pays pour une surveillance constante. Parfois cela se fait avec des satellites, parfois avec des capteurs», a expliqué M. Di Maio. 

Si le ministère des Transports ne compte révoquer dans l'immédiat que la concession du tronçon de l'accident, et publier sur son site internet tous les contrats de concession en cours, M. Salvini a pour sa part exigé une révision d'autres concessions publiques et la prison ferme pour les dirigeants responsables. 

5e pont qui s'effondre en 5 ans en Italie

Le viaduc de Gênes est cependant le 5e pont à s'effondrer en Italie en cinq ans: deux en Sicile en 2014, dont l'un le lendemain de son inauguration, et deux autres en Lombardie et dans les Marches en 2017. Selon Antonio Occhiuzzi, expert à l'Institut de technologie des constructions au Centre national de recherches (CNR), «des dizaines de milliers de ponts en Italie ont dépassé aujourd'hui la durée de vie pour laquelle ils avaient été conçus et construits», et nécessitent une rénovation. 

Les appels à un grand plan d'investissement dans les infrastructures risquent cependant de se heurter aux réticences du M5S. En 2013, le fondateur du parti, Beppe Grillo, avait dénoncé un projet de nouveau tronçon autour de Gênes en raillant «la vieille fable de l'écroulement imminent du pont Morandi». 

Mercredi soir, des centaines de pompiers s'affairaient toujours dans les décombres, avec l'aide de chiens et de pelleteuses. «Il reste évidemment l'espoir pour les secouristes de retrouver quelques survivants mais plus le temps passe, plus c'est difficile», a déclaré à l'AFP Riccardo Sciuto, commandant des carabiniers de la Province de Gênes. Un habitant de la ville, Francesco Bucchieri, 62 ans, observait mercredi le désastre, incrédule. «Je n'arrive pas à me dire que tout cela est réel, j'ai encore l'impression que nous sommes dans un film». 

Le drame s'est déroulé mardi en toute fin de matinée, sous une pluie battante, dans un énorme grondement qui avait fait craindre aux riverains un tremblement de terre. «A un certain moment, tout a tremblé. La voiture qui se trouvait devant moi a disparu et semblait engloutie par les nuages. J'ai levé les yeux et j'ai vu le pylône du pont tomber», a raconté au Corriere della Sera le conducteur d'un camion vert resté arrêté à quelques mètres du vide. Il a d'abord mis la marche arrière, puis est parti en courant. 


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