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Et les gilets jaunes, vous en pensez quoi ?
International 4 min. 05.12.2018

Et les gilets jaunes, vous en pensez quoi ?

Le week-end du 1er décembre, l'Arc de Triomphe au coeur de la tourmente.

Et les gilets jaunes, vous en pensez quoi ?

Le week-end du 1er décembre, l'Arc de Triomphe au coeur de la tourmente.
AFP
International 4 min. 05.12.2018

Et les gilets jaunes, vous en pensez quoi ?

Le mouvement vu par quatre Luxembourgeois vivant à Paris.

Par Françoise Mathay

« C’est jaune, c’est moche, ça ne va avec rien, mais… c’est devenu un symbole de lutte populaire ». On pourrait reformuler ainsi le slogan pour le gilet jaune par Karl Lagerfeld sur une ancienne campagne publicitaire française de la sécurité routière. Le gilet jaune rime désormais avec revendications, dégradations et arrestations. Quatre résidents luxembourgeois s’expriment sur le sujet.

Au début, quelques personnes vêtues de gilet de haute visibilité bloquaient des ronds-points pour manifester contre la hausse des prix du carburant. Aujourd’hui, selon un sondage du 2 décembre de Harris Interactive pour RTL et M6, 72% des Français soutiennent les gilets jaunes.

D’une contestation de hausse de taxes, on est passé à ce qui ressemble à une jacquerie avec des devises comme «Macron démission!». Est-ce compréhensible, voire était-ce prévisible ?

À la base, on les comprend!

Philippe G., vivant depuis 15 ans en France, entend bien la colère et la frustration que traduit cette envolée de contestations :

« Les Français sont assez mal payés, bon nombre de gens, y compris parmi ceux qui travaillent dur, n’accèdent pas à une situation matérielle quelque peu insouciante : fins de mois difficiles, logements peu adéquats, mode de vie pénible où chaque dépense compte. »

Diane M., depuis 2014 à Paris, analyse la situation ainsi : « Les manifestations des gilets jaunes montrent qu’il est urgent de réduire les inégalités économiques et sociales. » Le clivage entre riches et pauvres augmente, comme le souligne Philippe G. : « Ceux qui arrivent en haut de la pyramide accèdent au statut d’intouchables, et quelquefois abusent de leurs privilèges... un humble ressortissant du peuple quant à lui se retrouve dans la position ingrate, et il n’a pas d’autre choix que de l’accepter. »

Philippe M., installé depuis les années 1980 à Paris, observe de plus en plus de mendicité dans les rues de la capitale, « et ce ne sont pas uniquement des migrants », précise-t-il.

Un mal sous-jacent

Le rejet de la classe politique et des valeurs républicaines est confirmé par un sondage IFOPFiducial du 4 décembre : il constate une forte baisse (-6 points) de la cote de confiance en Emmanuel Macron qui est désormais à 23%.

Philippe M., qui a vécu la grève de 1995 contre le plan Juppé, ainsi que les émeutes de banlieues en 2005, n’hésite pas à faire des comparaisons : « C’est un embrasement général, un mouvement pas du tout structuré, on dirait un mix des deux exemples de 1995 et 2005. »

Même si pour l’instant, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, ne déclare pas l’état d’urgence, comme ce fut le cas en 2005 – ou encore en 2015, mais pour d’autres raisons –, Philippe craint que « l’on n'en soit pourtant pas loin ».

Des conséquences désastreuses. Avec des dégâts frôlant les 4 millions d’euros selon la mairie de Paris, l’envergure de cette insurrection est terrifiante. Mais attention de ne pas tout mélanger ! « Il faut faire la différence entre gilets jaunes et casseurs », avertit Diane M. qui, comme 8 Français sur 10, désapprouve le recours à la violence, « les casseurs s’infiltrent pour tout saccager, voire blesser des personnes. Ce sont des criminels ! » Elle ajoute qu’il y a un fait qui l’intrigue : « Ces mêmes casseurs qui se disent anticapitalistes visent surtout des magasins de grandes marques pour s’enfuir ensuite avec des produits de luxe sous le bras. »

Les médias ont révélé que ces casseurs étaient des extrémistes de droite, de gauche et des voyous qui n’ont rien à voir avec le mouvement des gilets jaunes. Danielle C., commerçante elle-même, a du mal à comprendre cette haine contre les riches qui se cristallise ces temps-ci : « Ce sont pourtant les personnes aisées qui investissent et qui consomment le plus ! » Son propre commerce, la librairie Galignani rue de Rivoli, s’est trouvé samedi au cœur des violences. « Les manifestations se sont déroulées devant ma porte. Trois numéros de rue plus loin, une loge de concierge a été mise à feu ; en face de ma libraire, une partie de la grille du jardin des Tuileries fut arrachée. » Elle a fermé à 16h pour des raisons de sécurité et excepté des tags sur la grille et les vitrines de sa librairie, elle l’a échappé belle.

« Cependant, il ne faut pas oublier le manque à gagner des commerçants », rajoute-t-elle. À trois semaines de Noël, le gros du chiffre d’affaire se réalise maintenant, mais les Parisiens restent chez eux et les touristes annulent leurs séjours. Selon Le Parisien, le Syndicat national des hôteliers, restaurateurs et cafetiers recense une baisse de 40% à 50% de fréquentation par rapport au même week-end l’an passé.

Un manque de pédagogie

À part ceux qui ont perdu toute confiance, les Français attendent la réaction d’Emmanuel Macron. Que va-t-il dire, et surtout, comment ? Car ce serait là un des soucis du président comme le soulignent deux des Luxembourgeois : « Les plans de Macron sont compréhensibles ; il est sur du long terme, mais il n’a pas réussi à expliquer sa stratégie à la population » et « on a un président qui a du mal à trouver les mots, qui manque de pédagogie et qui se coupe lui-même du peuple. »

Pour l’instant, pas de solution miracle : les premières mesures du gouvernement sont considérées comme insuffisantes par les gilets jaunes et ces derniers appellent à une nouvelle mobilisation le 8 décembre.

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