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«Erdogan fait clairement du chantage»
International 12 3 min. 03.03.2020 Cet article est archivé

«Erdogan fait clairement du chantage»

Des migrants attendent à la frontière gréco-turque près de Kastanies, à l'extrémité nord-est de la Grèce.

«Erdogan fait clairement du chantage»

Des migrants attendent à la frontière gréco-turque près de Kastanies, à l'extrémité nord-est de la Grèce.
Photo: AFP
International 12 3 min. 03.03.2020 Cet article est archivé

«Erdogan fait clairement du chantage»

Maurice FICK
Maurice FICK
La Turquie a agité lundi la menace de l'arrivée de «millions» de migrants en Europe après l'ouverture de ses frontières. Jean Asselborn dénonce un inacceptable «chantage» et une «instrumentalisation» des migrants de la part du président turc.

(MF avec AFP) - Depuis que la Turquie a ouvert vendredi ses frontières avec l'Europe, plusieurs milliers de personnes se sont ruées vers la Grèce et Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières, a relevé son niveau d'alerte à la frontière gréco-turque. Une situation préoccupante pour l'Europe qui redoute une crise migratoire semblable à celle de 2015

A la frontière entre la Turquie et la Grèce, des milliers de migrants continuaient d'affluer dans l'espoir de traverser, en dépit des mesures musclées prises par Athènes, dont les forces tirent des grenades lacrymogènes et utilisent des canons à eau. 

«Depuis que nous avons ouvert nos frontières, le nombre de ceux qui se sont dirigés vers l'Europe a atteint les centaines de milliers. Bientôt, ce nombre s'exprimera en millions», a affirmé lundi Recep Tayyip Erdogan. Des chiffres largement surévalués par rapport à la réalité observée sur le terrain par l'AFP. Samedi soir, l'ONU avait compté 13.000 personnes à la frontière gréco-turque. 

Jean Asselborn: «Ouvrir les frontières n'est pas une solution: la Grèce serait accablée, nous aurions le chaos dans les Balkans et les populistes de droite auraient à nouveau le vent en poupe».
Jean Asselborn: «Ouvrir les frontières n'est pas une solution: la Grèce serait accablée, nous aurions le chaos dans les Balkans et les populistes de droite auraient à nouveau le vent en poupe».
Photo: Anouk Antony

«Ce que fait Erdogan est clairement du chantage», dit haut et fort Jean Asselborn ce mardi dans les colonnes du Luxemburger Wort, en parlant de la dramatique situation qui se déroule à la frontière gréco-turque. Le ministre des Affaires étrangères et européennes enfonce le clou: «Il faut dire que les gens y sont nourris de fausses informations de la part de la Turquie». Jean Asselborn pense que «Erdogan instrumentalise les espoirs de personnes déroutées».

La chancelière allemande Angela Merkel est du même avis et juge «inacceptable» que la Turquie fasse pression sur l'Union européenne «sur le dos des réfugiés». 

Faisant fi des protestations, M. Erdogan a affirmé qu'il maintiendrait les «portes de l'Europe ouvertes». Lors d'un entretien téléphonique avec Mme Merkel lundi soir, il a réclamé un «juste partage du fardeau», selon Ankara.

Face à cette situation et pour montrer leur solidarité, les dirigeants des institutions européennes vont se rendre mardi dans la zone frontalière côté grec. Une réunion extraordinaire des ministres de l'Intérieur de l'UE se tiendra par ailleurs mercredi à Bruxelles pour aider la Grèce et la Bulgarie.  

Selon les autorités grecques, 1.300 demandeurs d'asile ont réussi à gagner les îles égéennes entre dimanche matin et lundi matin. Un petit garçon est mort lundi au large de Lesbos lors du naufrage d'une embarcation chargée d'une cinquantaine de migrants.  M. Erdogan a accusé la Grèce d'avoir «tué deux migrants» lundi et d'en avoir blessé grièvement un troisième, sans étayer ses accusations. 

Plus tôt, Athènes avait qualifié de «fake news» une vidéo affirmant montrer un migrant syrien mort. Ankara a par ailleurs publié une vidéo, que l'AFP n'a pu authentifier, montrant des garde-côtes grecs essayant de crever à l'aide d'une perche un canot pneumatique chargé de migrants et tirant des coups de semonce près de l'embarcation.

L'ouverture des frontières par la Turquie intervient au moment où elle cherche un appui en Syrie où elle a lancé une opération militaire majeure contre le régime de Bachar al-Assad, après avoir essuyé de lourdes pertes. Alors que des nuées de drones turcs pilonnent depuis plusieurs jours la région d'Idleb (nord-ouest), le président Recep Tayyip Erdogan a dit qu'il espérait arracher une trêve lors de discussions à Moscou jeudi avec le président russe Vladimir Poutine, soutien de Damas. 


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