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Enquête ouverte sur l’agression de Michel Lelièvre
International 3 min. 03.01.2020

Enquête ouverte sur l’agression de Michel Lelièvre

Michel Lelièvre a été admis à la libération conditionnelle en septembre dernier.

Enquête ouverte sur l’agression de Michel Lelièvre

Michel Lelièvre a été admis à la libération conditionnelle en septembre dernier.
Photo : Reuters
International 3 min. 03.01.2020

Enquête ouverte sur l’agression de Michel Lelièvre

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Libéré sous conditions, le complice de Marc Dutroux avait été battu par plusieurs personnes au bas de son appartement bruxellois. La justice belge entend montrer que le droit ne souffre pas d’exception.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - L’affaire Lelièvre a connu ces dernières heures une suite à tout le moins prévisible. Un juge d’instruction bruxellois vient d’être désigné pour faire toute la lumière sur l’agression dont a été victime l’ex-complice de Marc Dutroux le 18 décembre dernier. Un Michel Lelièvre qui avait été condamné en 2004 à 25 ans de réclusion mais admis il y a peu à la libération conditionnelle.

Les journaux du groupe Sudpresse qui donnent l’information, vendredi matin, relèvent «que le cadre de la simple information judiciaire est ici dépassé et que la Justice se donne des moyens supplémentaires pour retrouver les auteurs».

Le 30 septembre dernier, après 23 années passées derrière les barreaux, Michel Lelièvre avait accédé à la libération sous conditions. Le Tribunal d’application des peines avait justifié sa décision par le fait que le condamné avait tiré parti d'une thérapie psychologique. Lelièvre affichait l’intention de débuter une formation en informatique. Sa liberté de circulation était néanmoins limitée, notamment à une partie de Bruxelles.

C’est précisément à Anderlecht, à l’ouest de la capitale, que Michel Lelièvre avait été agressé alors qu’il sortait de son appartement. Selon son avocate, deux ou trois individus l’avaient assailli sur le trottoir d’en face. Il avait fallu l’intervention d’un tiers pour mettre les agresseurs en fuite.


A Belgian police officer stands next to a poster showing pictures of (above, L to R) An Marchal, Eefje Lambrecks, (below, L to R) Julie Lejeune and Melissa Russo, the victims of convicted child rapist Marc Dutroux, outside the Arlon courthouse, southeast Belgium March 8, 2004. Belgian Examining Magistrate Jacques Langlois, who completed the investigation into the crimes allegedly committed by Dutroux, will testify today before the court where Dutroux stand trial with his ex-wife Michelle Martin, Michel Lelievre and Michel Nihoul, for the abduction and rape of six girls and the murder of four of them in the mid-1990s.    REUTERS/Yves Herman
Un ex-complice de Dutroux sous la menace populaire
Le parquet de Bruxelles a annoncé, vendredi, avoir ouvert une enquête à la suite d'appels à la violence lancés sur les réseaux sociaux contre Michel Lelièvre, un complice du pédophile belge Marc Dutroux, sorti de prison début décembre.

La veille, l’appartement de Michel Lelièvre avait été saccagé. Ces expéditions punitives avaient été menées alors que, sur Facebook, un groupe de quelque 700 personnes appelait à la vengeance. Le journal La Dernière Heure s’était quant à lui fait fort de pister Michel Lelièvre, indiquant à ses lecteurs que celui-ci avait trouvé une nouvelle résidence dans le Brabant wallon, à La Hulpe.

Aujourd’hui, l’ex-complice de Dutroux a retrouvé l’anonymat. La page Facebook vengeresse a été retirée. Mais l’affaire pourrait rapidement retrouver un souffle passionnel.

Doit-on considérer que la morale est exempte d'émotion?

Gino Russo, le père de petite Mélissa qui avait été enlevée en 1995 avec son amie Julie Lejeune par Marc Dutroux, vient en effet de publier un montage vidéo consacré à sa fille disparue. Ces images montrent une prime enfance heureuse, avant qu’elle ne soit saccagée, assassinée en 1996 par le «monstre de Marcinelle». C’est aussi en 1996 que les corps d’An et Eeefje, deux adolescentes victimes elles aussi du pédophile, furent retrouvés.

Dans ce montage, Gino Russo s’interroge sur la manière dont la justice est pratiquée en Belgique: «L'année 2019 se termine pour moi sur la question de l'émotion, la raison et le droit. Le droit est entre autre basé sur la morale ! Doit-on considérer que la morale est exempte d'émotion? Ainsi si tu voles une bicyclette, ta punition sera plus légère que si tu tues une personne. Dès lors pourquoi opposer, au niveau juridique, raison et émotion?»

Des libérations incompréhensibles

Vingt-cinq ans après les faits, rappelle à sa manière Gino Russo, l’émotion née de l’affaire Dutroux n’est pas éteinte. Plus d’une fois, les parents de Julie et Melissa sont sortis de leur réserve pour dire leur chagrin, mais aussi pour demander à la justice de se montrer à la hauteur de sa mission. Ou du moins de la mission qu’ils voudraient lui voir assignée. 

En 2012, la libération de Michèle Martin, l’épouse de Marc Dutroux, puis récemment celle de Michel Lelièvre, restent incompréhensibles pour eux comme pour toute une partie de la population.


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Demonstrators take part in a "black march" to protest against a possible conditional release of a convicted child-killer Marc Dutroux, on October 20, 2019. - Brussels prosecutors on October 17 approved a request for a new psychiatric assessment of one of Europe's most notorious child-killers, Marc Dutroux, paving the way for his possible conditional release. (Photo by NICOLAS MAETERLINCK / BELGA / AFP) / Belgium OUT