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Énième défaite pour May au Parlement
International 5 min. 15.02.2019

Énième défaite pour May au Parlement

Énième défaite pour May au Parlement

AFP
International 5 min. 15.02.2019

Énième défaite pour May au Parlement

La Première ministre britannique a essuyé jeudi un nouveau revers embarrassant au Parlement, qui fragilise encore un peu plus sa position dans les discussions qu'elle mène avec Bruxelles pour tenter d'obtenir une modification de l'accord de Brexit.

SW avec AFP - A six semaines de la date prévue pour la sortie de l'UE, le 29 mars, les députés ont rejeté, par 303 voix contre 258, la motion dans laquelle le gouvernement expliquait comment il souhaitait renégocier l'accord de divorce conclu avec l'Union européenne, qui avait été sèchement recalé lors d'un vote mi-janvier au Parlement britannique.


Les députés britanniques rejettent massivement l'accord de Brexit
Les députés britanniques ont sévèrement désavoué mardi la Première ministre conservatrice Theresa May en rejetant massivement son accord de sortie de l'UE lors d'un vote qui plonge un peu plus le Royaume-Uni dans l'incertitude à moins de trois mois du Brexit.

L'exécutif affirmait dans cette motion poursuivre un double objectif: obtenir des «arrangements alternatifs» au «filet de sécurité» censé maintenir une frontière ouverte sur l'île d'Irlande après le Brexit («backstop» en anglais), et écarter le scénario d'un «no deal», soit une sortie sans accord redoutée par les milieux d'affaires comme par une partie des députés.

«Où est Theresa May?»

Mais les plus fervents partisans du Brexit au sein du Parti conservateur au pouvoir refusent de voir le gouvernement cautionner l'abandon du scénario du «no deal». Ils avaient prévenu de leur intention de s'abstenir si la motion n'était pas reformulée, et ont donc fait basculer le vote.

Si le vote n'a pas de conséquence contraignante pour l'exécutif, il affaiblit la Première ministre dans sa tentative de rouvrir les négociations avec Bruxelles: la dirigeante britannique, qui se prévalait jusque-là d'un «mandat clair» des députés pour modifier l'accord, vient de perdre cet appui.

Des «où est-elle ?» ont fusé à la Chambre des Communes, alors que la cheffe du gouvernement avait pris soin de ne pas assister à l'annonce des résultats. «Le vote de ce soir montre qu'il n'y a pas de majorité pour la ligne de conduite de la Première ministre», a tonné le leader du parti travailliste, Jeremy Corbyn.

Ce dernier, qui a une nouvelle fois accusé l'exécutif de «jouer la montre», a néanmoins lui aussi essuyé une défaite. Son amendement, visant à limiter la marge de manœuvre du gouvernement, a été rejeté par 322 voix contre 306.

Un autre amendement, soutenu par le parti indépendantiste écossais SNP, exigeant de repousser la date du Brexit, a lui aussi été rejeté, tandis que la députée conservatrice Anna Soubry a retiré avant le vote son amendement, qui réclamait au gouvernement la publication d'une étude sur l'impact économique d'un Brexit sans accord. Elle a annoncé avoir obtenu de l'exécutif la garantie que les documents seraient rendus publics.

Downing Street a réagi en assurant que le gouvernement «continuerait» à travailler pour obtenir un accord remanié, afin «que nous sortions (de l'UE) comme prévu le 29 mars».

«L'UE attend toujours»

Mais, Theresa May, engagée depuis deux semaines dans de nouvelles discussions avec l'UE, peine à obtenir une réouverture des négociations. Alors que les dirigeants européens se montrent inflexibles, elle a reconnu mardi avoir «besoin de temps».


Theresa May: «Dès que nous aurons réalisé les progrès nécessaires, nous proposerons un nouveau vote».
Theresa May demande «du temps» pour obtenir un accord modifié
La Première ministre britannique Theresa May a souligné mardi devant les députés qu'elle avait «besoin de temps» pour discuter avec l'UE de modifications à l'accord de Brexit conclu avec Bruxelles qui puissent satisfaire son parlement, prolongeant ainsi l'incertitude sur les modalités du divorce.

«L'UE à 27 attend toujours de Londres des propositions concrètes et réalistes pour sortir de l'impasse», a déclaré mercredi le président du Conseil européen, Donald Tusk. La principale pierre d'achoppement demeure la question du filet de sécurité irlandais. Ce dispositif prévoit, en dernier recours, de maintenir le Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE, ainsi qu'un alignement réglementaire sur l'UE plus poussé pour l'Irlande du Nord.

Il est rejeté par les partisans du Brexit, aux yeux desquels il empêcherait le pays de rompre les liens avec l'UE et de pouvoir mener une politique commerciale indépendante. Mais les dirigeants européens refusent de le modifier. Le gouvernement multiplie les initiatives pour tenter de convaincre les 27. La dirigeante britannique s'est encore entretenue avec les présidents français Emmanuel Macron et roumain Klaus Iohannis mercredi.

Reste que la défaite de jeudi risque de rendre ces discussions «encore plus difficiles», a souligné Ronan McCrea, de l'University College de Londres: les dirigeants européens «diront à juste titre: "comment pouvons-nous savoir que les concessions que nous faisons ne seront pas suivies d'autres étant donné que nous ne savons pas si vous pouvez obtenir quoi que ce soit au Parlement ?"».

Theresa May se laisse jusqu'au 26 février pour trouver une issue. Sans nouvel accord à cette date, un nouveau débat sera organisé le lendemain au Parlement.

Une aubaine pour le Luxembourg

Avec ou sans accord, le divorce imminent aura des effets sur le Luxembourg dont la place financière travaille en étroite collaboration avec la City.  Avec neufs vols quotidiens, Londres reste l'aéroport le mieux desservi par le Findel. Mais cette énième défaite au Parlement britannique fait tout de même grincer des dents du côté du Grand-Duché.

«Aujourd'hui, pour résumer, le discours des Brexiters, c'est: non, non, non", s'est énervé le Premier ministre, Xavier Bettel, illustrant lui aussi le durcissement des Européens.


Le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn (à g.) au côté du Premier ministre Xavier Bettel lors du briefing à la presse du conseil de gouvernement de vendredi.
Brexit: le Luxembourg veut préserver les emplois des Britanniques
Le Luxembourg a présenté vendredi une batterie de mesures pour éviter que les Britanniques travaillant sur son territoire ne «perdent leur emploi» en cas de sortie du Royaume-Uni de l'UE sans accord, un scénario de plus en plus redouté.

Globalement, le Brexit apparaît comme une aubaine pour la place financière luxembourgeoise. La sortie du marché unique du Royaume-Uni est synonyme de perte du passeport financier européen. Via ce passeport, les grandes banques internationales établies au Royaume-Uni peuvent proposer leurs services dans l'Union européenne.

Côté emplois, le Brexit devrait se traduire par l'arrivée de quelque 3.000 salariés supplémentaires sur la Place endéans deux ans. Interrogé sur le nombre d'emplois récupérables du fait du Brexit, Nicolas Mackel, le directeur général de Luxembourg for Finance avait estimé en septembre 2017: «Dans le court terme, que je chiffre à deux ans, je pense que ça se situera plutôt autour de 3.000 postes au Luxembourg».

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