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«En Iran, le voile est un symbole politique»
International 12 8 min. 27.09.2022
Manifestation de soutien

«En Iran, le voile est un symbole politique»

Fatemeh Khelghat dénonce les mensonges du régime iranien.
Manifestation de soutien

«En Iran, le voile est un symbole politique»

Fatemeh Khelghat dénonce les mensonges du régime iranien.
Photo: Gerry Huberty
International 12 8 min. 27.09.2022
Manifestation de soutien

«En Iran, le voile est un symbole politique»

Thomas BERTHOL
Thomas BERTHOL
Fatemeh Khelghat, présidente de l'association Simourq, livre son regard sur les répressions en Iran et appelle les Européens à apporter leur soutien au peuple iranien.

(avec AFP) Depuis le décès de Mahsa Amini (16 septembre), suite à son interpellation par la police des mœurs pour un foulard jugé «mal porté», des Iraniens manifestent tous les soirs à Téhéran et ailleurs dans le pays. Ce mardi après-midi (17-19h), l'association Simourq organise une manifestation sur la place de Clairefontaine. Pour Fatemeh Khelghat, présidente de l'asbl culturelle iranienne, il s'agit de «faire entendre la voix du peuple iranien».

Que se passe-t-il actuellement en Iran?

«Les Iraniens sont en colère depuis la mort de Mahsa Amini qui a été arrêtée par la police des mœurs pour avoir mal porté son foulard. Cette jeune de 22 ans a été frappée à la tête. Victime d'une hémorragie cérébrale, elle est décédée. Le peuple iranien ne veut pas vivre sous un régime islamique avec des règles religieuses aussi restrictives envers les femmes. Beaucoup de manifestants sont jeunes, surtout des femmes. Elles veulent défendre leur droit et revendiquent leur liberté de s'habiller comme elles le veulent et que le gouvernement n'a rien à y redire. Et que battre une femme parce qu'elle est «mal habillée» est inacceptable.

Diriez-vous que la population iranienne est majoritairement opposée au port obligatoire du voile?

Oui, les Iraniens pensent que le port du hijab ne devrait pas être obligatoire, mais rester un choix. Mais les manifestations actuelles ne sont pas uniquement contre le voile, mais contre la république islamique. Elle ment au monde entier en faisant croire que le peuple est satisfait, mais c'est faux. La république islamique n'est pas le choix du peuple iranien.

Quels sont ces mensonges dont vous parlez?

Aux Nations Unies, le président iranien a affirmé que les femmes iraniennes étaient satisfaites de porter le hijab et qu'elles le font volontairement. Il a expliqué que ce voile ne leur est pas imposé, mais ce n'est pas vrai. Se rendre au travail ou sortir dans la rue sans hijab entraîne nécessairement une arrestation. Vous pouvez être incarcérée, voire être tuée comme cette pauvre fille.


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Vous êtes surprise par le mouvement de manifestation en Iran depuis la mort de Mahsa Amini?

La plupart des manifestants ont entre 20 et 30 ans et ne sont pas de la génération de la révolution. Elle ne veut pas vivre sous les règles de la république islamique. C'est très surprenant pour nous que ces jeunes garçons et filles manifestent contre le régime.

Cette nouvelle génération se sent-elle plus concernée?

Avec les réseaux sociaux, elle est plus consciente de ce qui se passe dans le monde. C'est difficile de vivre dans un pays où tout est uniquement basé sur la religion. Grâce aux réseaux sociaux, ces jeunes peuvent exprimer leur mécontentement et rendre compte d'une réalité que le gouvernement souhaite cacher. Cela demande une grande maturité, mais aussi beaucoup de courage de descendre dans la rue. Nous sommes leur porte-voix.

Avez-vous l'impression d'être assez soutenu par l'Europe?

Le président français Emmanuel Macron s'est entretenu avec son homologue iranien Ebrahim Raïssi aux Nations Unies, mais nous ne savons pas dans quelle mesure l'Europe peut faire pression sur l'Iran. Les hommes et femmes dans la rue là-bas doivent être entendus. Ce n'est peut-être qu'une impression, mais peut-être qu'avec la crise énergétique, les Européens essaient d'abord de négocier avec l'Iran pour trouver des solutions à leur problème. Je ne suis pas une femme politique, mais il faudrait aborder ces répressions en marge des négociations. Ou bien arrêter de discuter avec l'Iran.

En Europe, il y a cette question du port du voile, alors que des Iraniennes se battent pour ne plus le porter. Comment voyez-vous cette opposition?

Nous ne disons pas qu'il ne faut pas le porter, mais les femmes doivent pouvoir choisir ce qu'elles portent. Peut-être qu'elles souhaitent porter un voile basé sur ses convictions religieuses. Elles doivent avoir cette liberté de choisir et ce n'est pas le cas en Iran, contrairement à ici. Dans la religion musulmane, on naît musulman par filiation. Et les enfants doivent obéir à leur parents, certains donnent la liberté à leurs filles, c'est ce qu'ont fait les miens. Les Iraniens ne sont en fait pas aussi stricts concernant la religion, contrairement à d'autres peuples musulmans.

En Europe, il y a cette éternelle question de savoir si le voile est un signe religieux et/ou politique. Votre avis?

En Iran, c'est un signe politique, parce que cela montre que vous respectez la république islamique. Le premier signe d'opposition est de ne pas y mettre le hijab comme l'ont fait de nombreuses célébrités ces derniers jours. Mais ça devrait être seulement un symbole religieux.

Est-ce que vous portez le voile?

Non, je ne porte pas de hijab. Sur mon certificat de naissance, je suis musulmane, mais c'est une croyance personnelle. Dire que Dieu nous oblige de nous couvrir pour ne pas attirer d'autres personnes me semble être ridicule. Mon comportement montre que je crois en Dieu et le Dieu auquel j'obéis ne me dit pas de me couvrir la tête ou mon corps.

Vous êtes encore en contact avec votre famille en Iran?

Quand mes parents ont accès à Internet, ils me contactent et me disent quelle est la situation sur place. La plupart du temps, nous communiquons par WhatsApp, mais à présent le réseau est bloqué.»

Position du Luxembourg

Dans un tweet, le ministère des Affaires étrangères dit condamner «l'usage généralisé et disproportionné de la force par les autorités iraniennes contre les manifestants non violents». Le ministère demande également à ce que l'Iran «mette immédiatement fin à la répression». 

Face à la répression, les Occidentaux, l'ONU et les ONG internationales ont haussé le ton. Après le Canada qui a décidé d'imposer des sanctions contre une dizaine de responsables et d'entités iraniens dont la police des mœurs, la France a dit examiner avec ses partenaires européens «les options disponibles» face «aux atteintes massives aux droits des femmes et aux droits de l'homme en Iran».

Les protestations sont les plus importantes depuis celles de novembre 2019, provoquées par la hausse des prix de l'essence en Iran, qui avaient été sévèrement réprimées (230 morts selon un bilan officiel, plus de 300 selon Amnesty International).

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