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En Belgique, les rebelles rentrent dans le rang
International 6 3 min. 02.05.2021

En Belgique, les rebelles rentrent dans le rang

La contestation n'est pas seulement dans la rue, la scène politique s'agite autour de la sortie de crise en Belgique.

En Belgique, les rebelles rentrent dans le rang

La contestation n'est pas seulement dans la rue, la scène politique s'agite autour de la sortie de crise en Belgique.
Photo : AFP
International 6 3 min. 02.05.2021

En Belgique, les rebelles rentrent dans le rang

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Après avoir évité l’écueil de la désobéissance civile, le gouvernement De Croo s’apprête à subir une tempête sociale maintenant.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - La grande rébellion n’a pas eu lieu. Contrairement à leurs affirmations, restaurateurs et cafetiers qui avaient menacé de rouvrir leurs terrasses le 1er mai ont gardé portes closes. Quant aux multiples spectacles programmés en dépit de l’interdiction sanitaire par le secteur de la culture, ils se sont déroulés (ou non) au gré des décisions des bourgmestres. Ici, le public est resté dehors. Là, il a été prié de quitter les lieux par la police. Mais il n’y a pas eu de dérapages.


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Deux exceptions notables, toutefois. A Middelkerke, le bourgmestre Jean-Marie Dedecker avait fait disposer des «terrasses publiques» sur la digue, évitant ainsi aux restaurateurs d’être sanctionnés tout en permettant aux touristes de déguster des plats à emporter sur le front de mer.

A Bruxelles surtout, un rassemblement de jeunes baptisé la «Boum 2» a réuni plusieurs centaines de personnes au Bois de la Cambre avant d’être dispersé sans ménagement par la police et ses autopompes. L'intervention a fait le tour des médias tant elle a été spectaculaire. Au final, une quinzaine de manifestants ont été blessés et près de 130 arrestations ont été prononcées.

A une semaine du déconfinement de l’Horeca, le gouvernement De Croo marque des points. La pédagogie d’un côté, les menaces financières de l’autre, ont eu raison de ceux qui prônaient la désobéissance civile.

Mais c’est sur un autre front que le gouvernement doit désormais s’apprêter à se battre. Un front intérieur. Le 1er mai a été l’occasion d’une traditionnelle partie de bras de fer entre plusieurs partenaires de la coalition Vivaldi au pouvoir. Poussés par l’extrême gauche communiste, les socialistes s’opposent depuis plusieurs jours aux libéraux sur la revalorisation des salaires et l’augmentation des bas revenus. Les premiers mettent en avant les efforts faits par toute une partie des travailleurs durant le covid pour exiger que ceux-ci soient récompensés. Les seconds plaident pour le «réalisme» en pleine crise sanitaire. 

 Chose inédite : les socialistes menacent de bloquer la distribution des dividendes aux actionnaires si leurs exigences ne sont pas rencontrées. Depuis 1996 en effet, ce mécanisme est prévu dans le cadre d’une loi encadrant l'évolution des salaires du secteur privé. Elle fixe les modalités du calcul de la marge salariale, mais offre aussi au gouvernement la possibilité de prendre des mesures de modération de sources de revenus autres que les salaires, au nom de la compétitivité. Les revenus des professions libérales, les allocations sociales, les loyers mais aussi les dividendes sont concernés.

Des jours compliqués

La pression fiscale qui s’exerce sur les Belges est une des plus hautes d’Europe. Mais en dépit des souhaits de la gauche, il n’existe pas à ce jour d’impôt sur la fortune. Menacer les actionnaires de ne pas recevoir leurs dividendes présente l’avantage pour ces partis de viser les riches, ou tout cas ceux qui tirent un bénéfice en argent sonnant et trébuchant de l’économie capitaliste.

«Cher Egbert, nous devons être cohérents. Sans marge pour une prime corona sérieuse et en l'absence de discussion sur le salaire minimum, il n'y aura pas non plus de marge pour les dividendes et les salaires des patrons », a lancé le ministre de l'Emploi et socialiste Pierre-Yves Dermagne au président des libéraux flamands, Egbert Lachaert. La Fédération des entreprises de Belgique réplique que les dividendes nets étaient déjà à un niveau très bas en 2019, avant la crise du covid.

Les prochains jours s’annoncent compliqués pour la coalition au pouvoir.


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