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En Belgique, le «Bitu» peut aller se rhabiller
International 3 min. 29.04.2021

En Belgique, le «Bitu» peut aller se rhabiller

Les fêtes des étudiants belges peuvent-elles encore entonner des chants discriminants? La tradition ne justifie pas tout.

En Belgique, le «Bitu» peut aller se rhabiller

Les fêtes des étudiants belges peuvent-elles encore entonner des chants discriminants? La tradition ne justifie pas tout.
Photo : AP
International 3 min. 29.04.2021

En Belgique, le «Bitu» peut aller se rhabiller

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Les chants estudiantins sexistes et racistes sont appelés à disparaître de la guindaille à Louvain-la-Neuve mais aussi dans toutes les universités du pays. Une adaptation aux temps qui passe difficilement.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - «La Brabançonne de la p…», «La Digue du c…» et bien d’autres chants égrillards qui font le folklore estudiantin pourraient demain disparaître des campus universitaires belges. Après l’Université de Gand et l’ULB, l’UCLouvain demande aux étudiants de revoir et/ou d’expurger le Bitu, le chansonnier traditionnel des néo-louvanistes.


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Le vice-recteur aux Affaires étudiantes Philippe Hiligsmann explique que les étudiants doivent désormais réfléchir à la portée des textes qu’ils chantent (d’une voix houblonnée) car ceux-ci comportent nombre d’éléments sexistes, racistes et antisémites. A une époque où les inégalités sont proscrites, où des groupes de pression combattent pied à pied pour faire valoir leurs droits, il ne serait plus admissible que l’on entonne des chants paillards au motif qu’il ne s’agit que d’un folklore.

Cette mise à l’index intervient au moment où un collectif nommé « La Meute » rapporte des faits d’agressions sexuelles et de viols sur le campus de Louvain-la-Neuve. Ceux-ci auraient notamment eu lieu dans des cercles où, la boisson et la drogue aidant, des étudiantes auraient été abusées. L’information est prise au sérieux par l’université. Et la tension monte sur les réseaux sociaux devenus un ring de boxe où féministes et défenseurs de la tradition s’affrontent avec une rare violence.

Dérision ou mauvais goût?

Pour le philosophe et sociologue Eric Corijn cité par Le Soir, la révision du «Bitu» est une bonne chose; «la dernière phase en date» de la vaste critique sociétale qui s’exprime depuis plusieurs années à travers le féminisme, le postcolonialisme ou encore le mouvement Black Lifes Matter. 

Eric Corijn en profite pour flinguer à bout portant l’unif version élitaire : «Il y a encore trop d’académiques qui pensent à leur propre jeunesse et croient que ces textes font partie de la normalité de l’étudiant universitaire. Or, cela ne fait pas partie de la normalité. C’est un relent de l’université de papa qui devait reproduire la bourgeoisie, la classe dirigeante. En réalité, ces anciennes traditions ont vocation de s’éteindre».


Phillip L�hl (R) holds his new born baby Paula as Frauke L�hl (L), Phillip's mother, takes care of Paula's twin sister Maya at their temporary accommodation in Auckland Park, Johannesburg, on April 14, 2021. - Paula and Maya are daughters of a gay couple -- a Namibian and a Mexican -- and were born through surrogacy by a South African woman.
Efforts to take them to Windhoek since their birth on March 13, 2021, have hit a snag, forcing the parents - Phillip L�hl, 38, and his partner Guillermo Delgado, 36,  to resort to the courts.
Their parents are now pinning hopes on a Namibian High Court ruling scheduled for April 19, 2021, to at least allow the infants to secure temporary documents to travel to Windhoek and join Delgado and their two-year-old brother Yona. (Photo by LUCA SOLA / AFP)
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A lire entre les lignes, l’UCLouvain ne laisse guère d’autre choix aux étudiants que de supprimer à l’avenir certains textes jugés injurieux. Elle ne donne pas de consigne, assure-t-elle, mais les champions de la calotte devront veiller à l’adéquation du Bitu aux valeurs d’égalité de la société. Un colloque sera en outre organisé pour discuter de l’avenir du folklore estudiantin.

Les étudiants rivés aux rituels ancestraux la trouvent «mauvaise». «Il faut écouter ces chansons avec dérision, dit l’un d’eux. Ce n’est qu’une rigolade.» En face, on rétorque que ces chants réveillent ce qu’il y a de plus bestial en l’homme et on met en avant les multiples accidents arrivés lors des baptêmes de ''bleus''. Est également pointée du doigt la drogue du viol, qui livre la victime sans résistance  à son abuseur.

L'autre crise

Cette polémique a pris le pas sur une autre problématique, liée celle-là à la précarité des étudiants. Le covid a en effet aggravé la situation d’un grand nombre d’entre eux qui vivaient jusque-là d’un job. Mais la fermeture des commerces et l’absence d’emploi durant les mois de confinement ont aggravé leur situation. Les jeunes sans moyens financiers sont de plus en plus nombreux à demander l’aide publique. Plusieurs mesures d’aide concernant les Belges et les primo-arrivants sont en discussion au niveau francophone. Les étrangers devraient pour leur part profiter d’une plus grande régulation du marché immobilier des kots.  

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