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Elisabeth de Belgique, 18 ans et un trône en héritage
International 5 min. 25.10.2019

Elisabeth de Belgique, 18 ans et un trône en héritage

Elisabeth au côté de ses parents la reine Mathilde et le roi Philippe lors des funérailles du grand-duc Jean en mai dernier.

Elisabeth de Belgique, 18 ans et un trône en héritage

Elisabeth au côté de ses parents la reine Mathilde et le roi Philippe lors des funérailles du grand-duc Jean en mai dernier.
Photo: dpa
International 5 min. 25.10.2019

Elisabeth de Belgique, 18 ans et un trône en héritage

Une page se tourne en Belgique. Pour la première fois depuis l'indépendance en 1830, une femme est potentiellement en droit de monter sur le trône. Elisabeth, la fille aînée du roi Philippe et de la reine Mathilde, a 18 ans ce vendredi. Majeure, elle pourra un jour succéder à son père sans qu'un régent n'ait été entre-temps désigné.

De notre correspondant Max Hellef (Bruxelles) - Le monde change et à sa manière la princesse Elisabeth concrétise une mutation amorcée en 1991 lorsque le Parlement a abrogé la loi salique. Jusque-là, fidèle à la tradition des Francs saliens, la Constitution de 1831 stipulait que la succession au trône était réservée aux descendants de Léopold Ier par ordre de primogéniture «à l'exclusion perpétuelle des femmes». Le titre de reine n'était accordé que de façon purement honorifique à l'épouse du roi. Désormais, le chef de l’Etat belge peut être une femme.

Pour marquer le coup symboliquement, une cérémonie est organisée ce vendredi dans la salle du trône du palais de Bruxelles. Le roi s'adressera à cette occasion à sa fille aînée, «de manière assez personnelle», écrit Le Soir. Il est aussi prévu qu'il la décore.


Das belgische Königspaar bei der Hochzeit von Erbgroßherzog Guillaume und Erbgroßherzogin Stéphanie, die ebenfalls aus einem belgischen Adelshaus stammt.
Les souverains belges en visite d'État en octobre
Le roi et la reine des Belges effectueront une visite d'État au Luxembourg du 15 au 17 octobre.

Deux lauréats du concours reine Elisabeth de violon, Laurenzo Gatto et Sylvia Huang, célébreront en musique ce joyeux anniversaire qui est aussi une joyeuse entrée dans la vie adulte. Des jeunes prendront la parole dans les différentes langues nationales: en français, en néerlandais et en allemand. Puis Elisabeth répondra à son père, en dissertant apprend-on sur "le sens d'avoir 18 ans en 2019" . La chanteuse Blanche clôturera l’événement.

Cet anniversaire donne un coup de jeune à une Belgique en pleine grisaille politique. Il peut brièvement distraire des tensions qui perdurent entre le nord et le sud, entre Flamands et francophones, alors que le pays n'a toujours pas de gouvernement. Il contient en tout cas une promesse d'avenir, portée depuis mercredi par des photos officielles d’Elisabeth.

Photo: dpa

La princesse y apparaît en robe de cocktail bleu roi, descendant avec assurance un escalier monumental. «La princesse casse son image de jeune fille sage, avec un look plus féminin. Royal !» s'enthousiasment les journaux du groupe Sudpresse qui jugent Elisabeth «glamour». Un timbre doit estampiller cette métamorphose

Une éducation familiale

Elisabeth est née le 25 octobre 2001 à l'hôpital Erasme, à Bruxelles. Les Belges ont gardé de l'événement l'image du roi Philippe attendri, incrédule face à «ce tout petit enfant», le premier des quatre que lui a donnés la reine Mathilde. Ils ont appris aussi ce jour-là qu'une femme serait leur prochain monarque et que jamais le prince Laurent ne serait roi. Jusqu'en 1991, celui-ci arrivait en effet juste derrière Philippe dans l'ordre de succession. Ses frasques à répétition faisaient craindre le pire.


Philippe de Belgique, le roi tenace
Depuis son accession au trône, le chef de l’État belge s’est approprié la fonction royale en réalisant un presque sans-faute. Le souverain est attendu cette semaine au Grand-Duché pour une visite d'État, du 15 au 17 octobre.

Elisabeth a grandi dans une relative discrétion. Les médias belges respectent généralement la vie privée des souverains. L'aînée de Philippe et Mathilde a bénéficié elle aussi de cette retenue. Les paparazzis ne la traquaient pas autrefois dans la cour de récréation du collège Sint-Jan Berchmans, une institution secondaire d'enseignement catholique située au cœur de Bruxelles. Pas plus qu'ils ne l'épient aujourd’hui à l'UWC Atlantic College, au Pays de Galles, où elle poursuit sa scolarité secondaire avant de s'inscrire sans doute dans une université américaine.

En avril dernier, Elisabeth connaît son baptême du feu. Elle accompagne le roi Philippe, vêtue d'un simple pull-over rouge, jeans et baskets, lors d'une visite au centre de formation des pompiers. Elle donne alors parfaitement le change. Elle en fera tout autant lors du défilé du 21 juillet, la fête nationale belge. Ou encore lors d'une mission humanitaire au Kenya où elle a voyagé avec sa mère.

Jusque-là, rien à redire. De l'avis de ceux qui l'approchent, celle que l'on nomme aussi duchesse de Brabant est plutôt bien préparée. Elle affronte les médias. Si elle paraît intimidée, mal à l'aise encore sous la pression, elle n'est pas tétanisée comme le fut souvent son père en de telles circonstances. Elle n’a en tout cas rien d'«incolore», explique à La Libre Belgique la «royal watcher» flamande Hilde Sabbe. «Je crois que la princesse Elisabeth a hérité cette qualité de sa mère, d'aller facilement au contact des gens. Et Elisabeth est aussi une personnalité beaucoup plus affirmée qu’on ne le croit», commente la chroniqueuse.

La fille aînée de Philippe et Mathilde sera un jour la première reine des Belges... si la monarchie résiste à ses adversaires
La fille aînée de Philippe et Mathilde sera un jour la première reine des Belges... si la monarchie résiste à ses adversaires
Photo: dpa

Intelligente, mature, prudente, curieuse… sont quelques-unes des qualités prêtées à la princesse. Elles lui seront nécessaires pour endosser le rôle qui lui est promis, dans un pays dont la complexité est proverbiale.

Sus à la couronne!

La N-VA nationaliste flamande de Bart De Wever, le premier parti en termes de voix, se dit volontiers républicaine et rêve – a minima - de ramener la monarchie à un rôle purement protocolaire. Le monarque n'interférerait plus ainsi dans la sphère politique, ce que le roi Philippe vient précisément de faire en désignant successivement les informateurs et les préformateurs du futur gouvernement fédéral. 

Pour l'heure toutefois, la dotation annuelle de 920.000 euros qui revient de droit à la princesse en raison de sa majorité est laissée au coffre. Nul besoin d'exciter les adversaires des têtes couronnées…

Elisabeth a pris ici une longueur d'avance. Son passage par le collège Sint-Jan Berchmans en a fait une parfaite bilingue français-néerlandais, une qualité qui fit cruellement défaut aux précédents rois volontiers soupçonnés d'être pro-francophones. 

Quant à l'Atlantic College, l'école galloise que fréquente en ce moment la duchesse de Brabant, il prépare ses élèves à construire «un monde plus équitable et juste», à porter assistance aux plus fragiles et même à faire sa… lessive.

Avec Elisabeth, la monarchie belge fait le pari de la modernité. La future reine est probablement le meilleur atout d’une partie qui est loin d'être terminée.    


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