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Des suspensions qui posent question en Europe
International 3 min. 11.01.2021

Des suspensions qui posent question en Europe

Pour Thierry Breton, l'incident montre qu'il est plus que jamais important de «fixer les règles du jeu».

Des suspensions qui posent question en Europe

Pour Thierry Breton, l'incident montre qu'il est plus que jamais important de «fixer les règles du jeu».
Photo: AFP
International 3 min. 11.01.2021

Des suspensions qui posent question en Europe

Le commissaire européen a exprimé sa «perplexité» après la décision des plateformes de bannir Donald Trump des réseaux sociaux «sans contrôle légitime et démocratique», soulignant qu'elle justifiait les projets européens de régulation des géants du numérique.

(AFP) - Particulièrement friand des réseaux sociaux, Twitter en tête, Donald Trump a perdu son moyen de communication favori après l'attaque du Capitole. Mais ces suspensions posent question en Europe. Le commissaire européen Thierry Breton a ainsi exprimé sa «perplexité» lundi après la décision des plateformes de bannir le président américain Donald Trump des réseaux sociaux «sans contrôle légitime et démocratique».  

Selon lui, cette décision à elle seule justifie les projets européens de régulation des géants du numérique. «Qu'un PDG puisse débrancher le haut-parleur du président des États-Unis sans autre forme de contrôle et de contre-pouvoir fait plus qu'interpeller», juge le commissaire au Marché intérieur dans une tribune publiée par le Figaro et le site américain Politico. Thierry Breton souligne que les plateformes «ne pourront désormais plus se dérober à (leur) responsabilité» sur leurs contenus. 


In this photo illustration, a Twitter logo is displayed on a mobile phone with President Trump's Twitter page shown in the background on May 27, 2020, in Arlington, Virginia. - US President Donald Trump threatened Wednesday to shutter social media platforms after Twitter for the first time acted against his false tweets, prompting the enraged Republican to double down on unsubstantiated claims and conspiracy theories. Twitter tagged two of Trump's tweets in which he claimed that more mail-in voting would lead to what he called a "Rigged Election" this November. (Photo by Olivier DOULIERY / AFP)
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«Tout comme le 11 Septembre a marqué un changement de paradigme pour les États-Unis, voire le monde, il y aura, s'agissant des plateformes numériques dans notre démocratie, un 'avant et un après' le 8 janvier 2021», date à laquelle Twitter a suspendu de façon permanente le compte de Donald Trump, deux jours après les émeutes de ses partisans qui ont envahi le Capitole pendant plusieurs heures, affirme l'ancien ministre français de l'Economie. 

Le 7 janvier, Facebook et d'autres services comme Snapchat ou Twitch ont aussi suspendu le profil du locataire de la Maison Blanche pour une durée indéterminée. «Cette date restera comme la reconnaissance par les plateformes de leur responsabilité éditoriale et des contenus qu'elles véhiculent. Une sorte de 11 Septembre de l'espace informationnel», poursuit-il. 

«Ne pas rester les bras croisés»

«Cette réaction sans précédent des plateformes en réponse aux attaques du symbole de la démocratie américaine laisse cependant perplexe: pourquoi n'ont-elles pas réussi à bloquer plus tôt les 'fake news' et les discours de haine qui ont conduit à l'attaque de mercredi dernier?», interroge Thierry Breton. «Pertinente ou non, la décision de censurer un président en exercice peut-elle être décidée par une entreprise sans contrôle légitime et démocratique?» 


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Pour Thierry Breton, qui a présenté mi-décembre les projets européens de législation -le Règlement sur les services numériques (DSA en anglais) et le Règlement sur les marchés numériques (DMA)- pour tenter de mettre fin aux dérives des géants du numérique accusés d'abuser de leur pouvoir, «ces événements démontrent que nous ne pouvons plus rester les bras croisés et nous fier à la seule bonne volonté des plateformes». 

Une décision «problématique»

«Nous devons fixer les règles du jeu et organiser l'espace informationnel avec des droits, obligations et garanties clairement définis», a-t-il dit. «L'Union européenne et la nouvelle administration américaine auront intérêt à unir leurs forces, en alliés qu'elles sont du monde libre», a exhorté le commissaire.   

La chancelière allemande Angela Merkel a de son côté, elle aussi, jugé «problématique» la fermeture des comptes du président sortant. «Il est possible d'interférer dans la liberté d'expression, mais selon les limites définies par le législateur, et non par la décision d'une direction d'entreprise», a ainsi expliqué lundi son porte-parole Steffen Seibert lors d'une conférence de presse.

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