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Des génocidaires rwandais présumés jugés à Bruxelles
International 3 min. 04.11.2019

Des génocidaires rwandais présumés jugés à Bruxelles

Le contexte du procès se trouve dans le génocide perpétré au Rwanda par les Hutus radicaux à partir d’avril 1994

Des génocidaires rwandais présumés jugés à Bruxelles

Le contexte du procès se trouve dans le génocide perpétré au Rwanda par les Hutus radicaux à partir d’avril 1994
Photo: Shutterstock
International 3 min. 04.11.2019

Des génocidaires rwandais présumés jugés à Bruxelles

C’est la première fois qu’un tribunal belge juge de faits qualifiés nommément de crimes de génocide.

De notre correspondant, Max Hellef (Bruxelles) - Ce lundi s’ouvre à Bruxelles un procès unique en son genre.

Ernest Gakwaya est accusé de meurtres et viols durant le génocide qui fit en 1994 quelque 800.000 morts au Rwanda parmi les Tutsis et les Hutus modérés. Emmanuel Nkunduwimye est quant à lui accusé de meurtres, tentatives de meurtre et viols durant la même période. Fabien Neretsé répond de meurtres et tentatives de meurtre.


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Dans un premier temps, il avait été question de juger ces trois hommes ensemble. Toutefois, en octobre dernier, la cour d’assises de Bruxelles a décidé de disjoindre les différentes affaires. Ainsi, la session d’assises qui s’ouvre ce lundi jugera uniquement Fabien Neretsé. Emmanuel Nkunduwimye et Ernest Gakwaya devront répondre de leurs actes plus tard, probablement en septembre 2020.

«Les deux affaires sont totalement distinctes si ce n’est qu’elles sont qualifiées de la même manière et qu’elles concernent des faits commis au Rwanda à une même époque. Il n’y a aucune connexité entre les infractions», a expliqué la présidente du tribunal Sophie Leclerq, rejoignant entièrement sur ce point les avocats de la défense.

Le jury désigné ce lundi

Autrement dit, il ne s’agit donc pas des mêmes meurtres et des mêmes viols, même s’ils trouvent leur contexte dans le génocide perpétré au Rwanda par les Hutus radicaux à partir d’avril 1994. D’où la qualification de crime de génocide et de crime de guerre.

Le jury est désigné ce lundi, mais le procès de Fabien Neretsé n’entrera dans le vif du sujet que jeudi. Pour mieux comprendre les actes posés par l’accusé il y a 25 ans, quelque 120 témoins seront entendus. Neretsé aurait notamment assassiné en avril 1994 une Belge vivant à Kigali, Claire Beckers, le mari de celle-ci, Isaïe Bucyana, et leur fille Katia.

Le génocide des Tutsi au Rwanda a causé la mort d'environ 800.000 personnes en 1994
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Photo: Shutterstock

Fabien Neretsé avait été arrêté en France, en 2011. Ce haut fonctionnaire rwandais, originaire de Ruhengeri, passe pour avoir été un homme d’influence sous le régime du président Juvénal Habyarimana qui fut assassiné le 6 avril 1994. Cet événement devait déclencher le génocide.

Quant aux deux autres accusés, Emmanuel Nkunduwimye et Ernest Gakwaya, ils faisaient partie des milices pro-hutus Interahamwe. C’est alors qu’ils auraient commis les faits qui leur sont aujourd’hui reprochés.

Les «quatre de Butare»  

Le procès de Fabien Neretsé est  le cinquième procès organisé en Belgique en lien avec le génocide rwandais. Les quatre autres ont eu lieu entre 2001 et 2009 devant la cour d’assises de Bruxelles. C’est toutefois la première fois qu'un accusé a à répondre de faits qualifiés nommément de crime de génocide.

En 2001, un procès retentissant avait jugé et envoyé en prison les «quatre de Butare»: l'industriel Alphonse Higaniro avait écopé de 20 ans; mère Gertrude 15 ans; sœur Marie Kisito 12 ans; le professeur Vincent Ntezimana 12 ans.

Ces quatre Rwandais avaient été jugés en vertu d'une loi de 1993, unique au monde, qui conférait aux juridictions belges le droit de juger des «crimes de droit international» quels que soient la nationalité de leurs auteurs ou les endroits où ces crimes ont été commis.

Assassinat de dix casques bleus belges  

Ces procès sont aussi pour la Belgique l’occasion d’une catharsis. En avril dernier, à Kigali, l’ex-Premier ministre Charles Michel a reconnu à son tour, comme l’un de ses prédécesseurs, Guy Verhofstadt, voici 19 ans, la «part de responsabilité» que porte la Belgique dans le génocide qui a marqué à jamais son ancien protectorat.

En avril 1994, l’assassinat de dix casques bleus belges par les Hutus avait conduit la Belgique à quitter subitement les lieux, laissant le champ libre aux génocidaires. 


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