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De notre envoyé spécial à Paris: «On se demande si tout ça est bien réel?»
International 3 min. 15.11.2015 Cet article est archivé

De notre envoyé spécial à Paris: «On se demande si tout ça est bien réel?»

De notre envoyé spécial à Paris: «On se demande si tout ça est bien réel?»

Photo: Maurice Fick
International 3 min. 15.11.2015 Cet article est archivé

De notre envoyé spécial à Paris: «On se demande si tout ça est bien réel?»

Paris se réveille dans la douleur au surlendemain des sanglants attentats. Il y règne une ambiance étonnamment calme qui déroute les taxis et les coureurs du dimanche. Boulevard Voltaire, la même torpeur se lit dans la foule venue rendre hommage aux victimes du Bataclan. Elle est venue dire sa tristesse mais aussi que «de toute façon on ne lâchera pas». Ambiance.

Par notre envoyé spécial à Paris, Maurice Fick

Paris se réveille dans la douleur au surlendemain des sanglants attentats. Il y règne une ambiance étonnamment calme qui déroute les taxis et les coureurs du dimanche. Boulevard Voltaire, la même torpeur se lit dans la foule venue rendre hommage aux victimes du Bataclan. Elle est venue dire sa tristesse mais aussi que «de toute façon on ne lâchera pas».

«Le sentiment premier, c'est un lendemain de cuite. A vrai dire, on se demande si tout ça est bien réel?», s'interroge Vincent, 52 ans, en faisant son stretching -non pas de lendemain de beuverie mais d'une grosse partie de squash- dimanche matin dans le parc du Champ-de-Mars, à l'ombre de la Tour Eiffel. Les habitués sont là. Mais pas de touristes en vue.

Vincent vit tout près et reconnaît que «Paris est très vide. Il y a très peu de monde dans la rue, très peu de circulation, il y a une espèce d'ambiance un peu étonnante». Il ne prononce pas le mot «attentats». Mais l'ambiance qu'il ressent, lui laisse présager que, dans le contexte actuel plus global des réfugiés affluant un peu partout en Europe «ça va être compliqué. De ne pas faire d'amalgames et de ne pas condamner d'un bloc toute une communauté».

«Je ne peux pas rester chez moi face à ça», glisse Thomas devant les grilles où s'accumulent les messages de condoléances à 100 m du Bataclan.
«Je ne peux pas rester chez moi face à ça», glisse Thomas devant les grilles où s'accumulent les messages de condoléances à 100 m du Bataclan.
Photo: Maurice Fick

«Il ne faut pas qu'on laisse tomber. Le monde change et nous devons changer avec lui», estime pour sa part, Thomas, 38 ans, devant les grilles suchargées de messages de condoléances, de douleur partagée mais aussi de détermination à réagir où les Parisiens affluent -toujours dans un calme marquant- pour rendre hommage aux 90 victimes de l'attentat du Bataclan.

Tandis que Thomas distribue des bougies allumées à qui le veut bien parce qu'«un rituel lumineux ça peut soulager», Marie-Christine, 55 ans et sa fille Capucine, 18 ans, arrivent une rose blanche à la main. «Nous habitons le quartier et sommes venues par solidarité. Mais aussi pour essayer de combattre l'horreur et dire que de toute façon on ne lâchera pas».

Olivier et Marine: «Hier c'était un peu trop tôt pour nous. D'ailleurs pour Charlie Hebdo, nous ne nous y sommes rendus qu'une semaine après l'attentat. C'était trop chaud.»
Olivier et Marine: «Hier c'était un peu trop tôt pour nous. D'ailleurs pour Charlie Hebdo, nous ne nous y sommes rendus qu'une semaine après l'attentat. C'était trop chaud.»
Photo: Maurice Fick

Domiciliés rue de Charonne où un attentat a fait 19 morts au bar «La Belle équipe» vendredi soir, Olivier et Marine sont aussi venus exprimer ce samedi ce qu'ils ont sur le coeur.  Car «hier c'était un peu trop tôt pour nous. D'ailleurs pour Charlie Hebdo, nous ne nous y sommes rendus qu'une semaine après l'attentat. C'était trop chaud.»

Tous deux ont été touchés par les cibles choisies par les terroristes. «Ils n'ont pas visé les lieux touristiques mais la vie parisienne elle-même! Ce sont des endroits où se rendent habituellement les 25-35 ans. Ils ont visé directement notre mode de vie», pose Olivier.

«Je ne vais pas me laisser abattre»

«Je n'ai jamais vu ça. Hier (au lendemain des attentats, ndlr), c'était comme durant un couvre-feu. Paris était une ville morte. C'était très très triste pour une ville comme Paris», se souviendra pour longtemps Thierry, 54 ans. Et le taxi rajoute: «Dans ce métier on sent toute de suite les choses». Lui a constaté «un vide, jamais vu», reprend-t-il encore sonné.

En fin d'après-midi, Place de la République. Les Parisiens sont nombreux à venir rendre hommage aux victimes des attentats sous un soleil qui réchauffe.
En fin d'après-midi, Place de la République. Les Parisiens sont nombreux à venir rendre hommage aux victimes des attentats sous un soleil qui réchauffe.
Photo: Maurice Fick

Et pour cause: «Depuis deux jours tous les lieux publics culturels comme la Tour Eiffel, l'Arc de Triomphe sur les Champs, les grands cabarets, le Lido, le Moulin Rouge, tout est fermé!», raconte Thierry. «Normalement le dimanche matin à partir de 5 heures je fais les sorties de boîtes. Là, il n'y avait pas grand monde», témoigne son collègue Saïd, 54 ans.

Une vie de capitale au ralenti qui plombe le moral des taxis mais aussi leur fin de mois: «La journée de samedi j'ai perdu 70% de mon chiffre d'affaires», glisse Thierry qui est rentré «plus tôt que d'habitude» à la maison.

«Je suis touché par les gens qui sont morts. On est tous solidaires avec eux et leurs familles. Mais je ne vais pas me laisser abattre», glisse aussi Saïd dans son taxi qui file droit sur les boulevards parisiens. Du côté de la Place de la République, le soleil aidant, Paris s'éveille à nouveau.


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