Changer d'édition

Craintes d'escalade dans le conflit entre Turquie et Syrie
International 16 3 min. 28.02.2020 Cet article est archivé

Craintes d'escalade dans le conflit entre Turquie et Syrie

Bombardements à Saraqib, à l'Est de la province d'Idleb.

Craintes d'escalade dans le conflit entre Turquie et Syrie

Bombardements à Saraqib, à l'Est de la province d'Idleb.
Photo: AFP
International 16 3 min. 28.02.2020 Cet article est archivé

Craintes d'escalade dans le conflit entre Turquie et Syrie

Au moins 33 soldats turcs ont été tués jeudi dans la province d'Idleb dans des raids attribués au régime syrien. Ankara a riposté en bombardant des positions de Damas mais a aussi fait savoir qu'elle n'est «plus en mesure de retenir» les migrants qui veulent se rendre en Europe.

(AFP) – «A défaut d'agir rapidement, le risque d'une escalade encore plus grande augmente d'heure en heure», a mis en garde le porte-parole des Nations unies Stephane Dujarric, qui a appelé «à un cessez-le-feu immédiat».

Lors d'une conversation téléphonique avec le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu, le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a condamné les frappes aériennes aveugles du régime syrien et de son allié russe. Il a «exhorté toutes les parties à une désescalade de cette situation dangereuse, et à éviter que ne s'aggrave davantage la situation humanitaire épouvantable dans la région», selon un porte-parole de l'alliance, dont la Turquie est membre.

«Nous soutenons notre allié de l'Otan, la Turquie, et continuons d'appeler à un arrêt immédiat de cette offensive odieuse du régime d'Assad, de la Russie et des forces soutenues par l'Iran», a déclaré pour sa part un porte-parole du département d'Etat américain. 

Outre les 33 morts, une trentaine de militaires turcs ont été blessés dans des frappes aériennes attribuées par Ankara au régime syrien, qui ont visé la province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie. Les blessés ont été rapatriés en Turquie pour être hospitalisés, a déclaré Rahmi Dogan, le gouverneur de la province turque de Hatay, frontalière de la Syrie. 

Le chef de l'Etat, Recep Tayyip Erdogan, a convoqué un conseil de sécurité extraordinaire à Ankara. Signe que la situation risque d'empirer, la présidence a annoncé que l'armée turque bombardait dans la nuit de jeudi à vendredi des positions du régime de Bachar al-Assad en représailles à la mort des soldats turcs. «Toutes les positions connues du régime (syrien) ont été prises sous le feu de nos unités terrestres et aériennes», a affirmé le directeur de la communication de la présidence, Fahrettin Altun.

 Le responsable turc a par ailleurs exhorté la communauté internationale, y compris la Russie et l'Iran, parrains de Damas, à «prendre leurs responsabilités» pour «faire cesser les crimes contre l'humanité que commet le régime». Les lourdes pertes essuyées par Ankara jeudi interviennent après des semaines de tensions croissantes à Idleb entre les forces turques et celles du régime de Bachar al-Assad, qui se sont affrontées à plusieurs reprises.

Vague de déplacés 

Avec le soutien de l'aviation de Moscou, Damas a déclenché en décembre une offensive pour reprendre le dernier bastion rebelle et jihadiste d'Idleb. Le régime et son allié russe ont mis les bouchées doubles ces dernières semaines et repris plusieurs localités dans cette province frontalière de la Turquie. Cependant, les groupes rebelles, dont certains sont appuyés par Ankara, ont contre-attaqué et repris jeudi la ville stratégique de Saraqeb, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). 

Depuis décembre, plus de 400 civils ont été tués dans l'assaut selon l'OSDH et plus de 948.000 personnes, dont plus d'un demi-million d'enfants, ont été déplacées d'après l'ONU. Si la Turquie s'intéresse d'aussi près à Idleb, c'est notamment parce qu'elle redoute un nouvel afflux de réfugiés sur son sol, où quelque 3,6 millions de Syriens vivent déjà. 

A l'ONU, le désaccord reste total entre les pays occidentaux et la Russie.
A l'ONU, le désaccord reste total entre les pays occidentaux et la Russie.
Photo: AFP

Dans le cadre d'un accord conclu en 2016 avec Bruxelles, Ankara s'est engagé à empêcher les passages de migrants vers l'Europe, notamment via la Grèce. Mais jeudi, le porte-parole du parti présidentiel AKP, Omer Celik, a affirmé que la Turquie n'était «plus en mesure de retenir» les migrants qui voudraient se rendre en Europe, tout en soulignant que la politique migratoire d'Ankara n'avait «pas changé». 

A l'ONU, le désaccord reste total entre les pays occidentaux et la Russie. «Le déplacement de près d'un million de personnes en seulement trois mois, le meurtre de centaines de civils, la souffrance quotidienne de centaines de milliers d'enfants doivent cesser», ont souligné dans une déclaration conjointe le vice-Premier ministre belge, Alexander De Croo, et le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas. 



Sur le même sujet

Turquie: L'ambassadeur russe à Ankara assassiné
L'ambassadeur de Russie en Turquie a été assassiné lundi à Ankara par un policier turc, qui a affirmé agir pour venger le drame de la ville d'Alep, en passe d'être reprise par le régime syrien soutenu par Moscou.
Un homme devant la photo de l'ambassadeur russe en Turquie, au lendemain de son assassinat survenu à Ankara.