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Comme un numéro de funambulisme
International 3 min. 11.03.2021 Cet article est archivé

Comme un numéro de funambulisme

Dans une interview, le ministre-président wallon pointe du doigt une architecture institutionnelle très compliquée.

Comme un numéro de funambulisme

Dans une interview, le ministre-président wallon pointe du doigt une architecture institutionnelle très compliquée.
Photo: Reuters / archives
International 3 min. 11.03.2021 Cet article est archivé

Comme un numéro de funambulisme

Communautaire, institutionnel et mesures sanitaires : les tensions sont partout dans le monde politique belge.

De notre correspondant, Max Helleff (Bruxelles) - Voici une interview qui ne sera pas passée inaperçue. Au Soir, le ministre-président wallon Elio Di Rupo a dit reconnaître «que notre architecture institutionnelle est très compliquée. La Belgique à quatre régions linguistiques, dont Bruxelles bilingue, aurait le mérite de la simplicité.»

Pour l’instant, la Belgique est composée de trois régions : Bruxelles, la Flandre et la Wallonie. S’y ajoutent trois communautés : flamande, francophone (Bruxelles et la Wallonie) et germanophone.


A picture shows the Manneken Pis wearing a mouth mask, in Brussels, on May 11, 2020 as Belgium goes into its ninth week of confinement due to the COVID-19 pandemic. (Photo by THIERRY ROGE / BELGA / AFP) / Belgium OUT
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Ces dernières semaines, la paix communautaire que connaît le pays depuis le début de la crise sanitaire a été quelque peu secouée par une sortie de la ministre de l’Intérieur, des Réformes institutionnelles et du Renouveau démocratique Annelies Verlinden. La chrétienne-démocrate flamande propose de mettre une nouvelle fois à plat la structure institutionnelle de l’Etat. 

A l’entendre, la Belgique resterait fédérale, mais serait à l’avenir composée de deux entités fédérées (Flandre et Wallonie) et de deux sous-entités (Bruxelles et la partie germanophone «Ostbelgien»). Les Bruxellois et les germanophones seraient en quelque sorte rétrogradés, contrairement à leurs ambitions.

Tensions croissantes

Le socialiste wallon Elio Di Rupo renvoie la balle à la Flandre: «Effectivement, Bruxelles-Capitale n’est pas une sous-région, comme le préconisent parfois certains. Si la Belgique devait devenir un pays fédéral aux quatre régions largement autonomes, ce serait quatre régions sur pied d’égalité. L’espace germanophone compte moins d’habitants que Mons – la ville du leader wallon - mais on ne peut pas l’ignorer, lui non plus.» 

Dès la mi-février, le cabinet du ministre-président germanophone Olivier Paasch avait réagi à la déclaration d’Annelies Verlinden, estimant qu’un modèle dans lequel sa communauté serait une 'sous-entité' n'est pas une option acceptable. Pour Oliver Paasch, «la communauté germanophone ne pourrait se reconnaître que dans une structure étatique au sein de laquelle elle serait considérée comme un partenaire bénéficiant des mêmes droits et compétences que les autres entités fédérées».

Depuis, la tension s’est accrue. On a vu ainsi le ministre-président bruxellois Rudy Vervoort prendre mal le fait d’être passé après le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles (l’ex-Communauté française) Pierre-Yves Jeholet lors d’un comité de concertation, cette réunion où les différents niveaux de pouvoir s’accordent sur les mesures anti-covid. Puis, le germanophone Olivier Paasch a annoncé qu'il s'alignerait comme la Wallonie sur le niveau fédéral pour le couvre-feu. Celui-ci est désormais fixé de minuit à 5 heures partout dans le pays… sauf à Bruxelles où il reste maintenu de 22 à 6 heures.  


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Ce qui peut apparaître comme un jeu de bac à sable est symptomatique de la complexité des institutions belges et des conséquences qu’elle a sur la société. «Le couvre-feu consacre la diversité institutionnelle belge», analyse la chaîne publique RTBF tout en jugeant «curieux de constater que ceux qui remettent en cause aujourd’hui ce couvre-feu n’aient pas eu les mêmes états d’âme quand ils l’ont imposé ou soutenu.»

La mesure n’en fait pas moins débat au Parlement où, après la N-VA nationaliste flamande, c’est le PTB communiste qui a annoncé le dépôt d’une proposition de loi visant à supprimer le couvre-feu. Mais aussi à Bruxelles où le ministre-président Vervoort a dû s’expliquer mercredi soir devant les bourgmestres, certains d’entre eux ne supportant plus de devoir éteindre les lampions à 22 heures…

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