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Comme un avion sans pilote
International 3 min. 06.01.2020

Comme un avion sans pilote

Ryanair a participé au développement croissant du trafic de passagers à l'aéroport de Charleroi.

Comme un avion sans pilote

Ryanair a participé au développement croissant du trafic de passagers à l'aéroport de Charleroi.
Photo: dpa
International 3 min. 06.01.2020

Comme un avion sans pilote

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Le trafic aérien atteint des records en Belgique, alors que le pays doit faire face à ses engagements environnementaux. Les Verts tirent la sonnette d'alarme.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Faut-il s'en réjouir? Cette question traverse une partie du monde politique et de la société belges, confrontés comme partout ailleurs au dilemme qui oppose le réalisme économique à la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique. 

En cause: un nouveau record établi la semaine dernière par les aéroports de Brussels Airport et de Charleroi, lesquels représentent 97% du trafic de passagers. A Zaventem, près de 25,7 millions de voyageurs ont été enregistrés l'an dernier (+3,6%). A Charleroi, où règne en maître Ryanair, la croissance est de 4% pour un total de quelque 8 millions de personnes. 


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Les aéroports de la Grande Région forcés de s'entendre
Les représentants des infrastructures aéroportuaires voisines de Belgique, France, Allemagne et Luxembourg entendent collaborer davantage. Un ultimatum européen pour les subventions aux aéroports pourrait accélérer ces rapprochements.

Partout ailleurs, le succès est au rendez-vous: Anvers, Ostende, Courtrai… Seul Liège-Bierset est en recul de 11% (170.000 passagers), mais connaît une croissance de plus de 20% dans le fret. Ce n'est qu'un début puisque dès 2021, le géant chinois du commerce Ali Baba y établira son hub européen sur 33.000 m2, créant au passage 800 emplois.

Mais ce qui fait le bonheur d'un secteur peut aussi faire le malheur de toute une société. Pour les défenseurs de l'environnement, le succès des aéroports belges est un pied de nez à ceux qui prônent la décroissance et/ou le Green Deal pour sortir des énergies fossiles et éviter à la planète le réchauffement climatique qui lui est promis.

«L'économie circulaire au cœur du déploiement économique»

Le Soir de vendredi résumait ainsi le propos: «Quels que soient les points de vue, un constat semble incontournable désormais: nous ne pouvons plus nous permettre d'engranger les fruits de la croissance sans nous interroger sur les inévitables conséquences de celle-ci. En l'espèce, les chiffres «fous» du secteur aérien nourrissent le sentiment que nous volons dans un avion sans pilote. S'il n'est pas trop tard pour en reprendre les commandes, il est indubitablement urgent de le faire.»  

A contrario, le Belge ne consacre que 1,1 % de son budget «consommation» aux transports en commun, tous modes de locomotion confondus, si l'on se réfère à la dernière enquête publiée par l'Office européen de statistiques Eurostat. Seuls le Slovène et le Luxembourgeois dépensent encore moins que lui pour se déplacer sur les lignes publiques. La voiture et sa pollution conservent la première marche du podium.

A l'heure où les informateurs royaux Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens reprennent les discussions avec les partis politiques en vue de former un gouvernement fédéral, la capacité de la Belgique à faire face aux attentes européennes en matière de réduction des gaz à effet de serre pose à tout le moins question.  


Un gouvernement belge dans l’année
Tel est en tout cas le souhait de l’informateur royal Georges-Louis Bouchez alors que la société civile est consultée. Pour l’heure, le blocage reste toutefois total.

Les écologistes le jurent: ils ne participeront pas à une coalition pour faire de la figuration.  «On ne montera pas dans un gouvernement juste pour mettre la N-VA dehors. Nous voulons participer à un gouvernement ambitieux, de projets  – les 55% de réduction des gaz à effet de serre par exemple. L'économie circulaire doit être au cœur du déploiement économique pour l'avenir, l'intérêt général, l'avenir du pays», explique le coprésident d'Ecolo Jean-Marc Nollet. 

Cette option n'est en réalité possible que si la N-VA nationaliste flamande ne fait pas partie du prochain gouvernement. Ne fût-ce que parce qu'elle prône le maintien du nucléaire, alors que son abandon est programmé pour 2025. En dépit des accords intrabelges passés au cours de la Cop 25, l'unité mise en avant par le fédéral et les Régions en matière de lutte contre le réchauffement climatique pourrait rapidement voler en éclats.