Clôture du débat public

A31bis: Le Luxembourg devrait mettre la main à la poche

Photo: Maurice Fick

Par Maurice FICK

Solliciter le financement de l'Europe et du Luxembourg, d'accord pour un péage s'il y a une qualité de service, plus de trains vers le Luxembourg et beaucoup de questions sur le contournement ouest de Thionville... voilà des points soulevés durant cinq mois de débat public sur l'A31bis, qui s'est achevé mardi soir à Metz en présence de Florangeois remontés.

Lancé le 15 avril 2015, le débat public portant sur la construction de l'A31bis qui doit décongestionner une A31 empruntée quotidiennement par 500.000 usagers (ou 150 millions par an) et déjà saturée aux heures de pointes par endroit -comme à la frontière luxembourgeoise- touche à sa fin. C'est sur la base du compte-rendu que la Commission particulière du débat public (CPDP) rendra avant fin novembre 2015 au maître d'ouvrage que l'Etat français décidera ou non de poursuivre le projet.

Photo: Maurice Fick

L'heure du bilan, et non des conclusions, a sonné mardi soir à l'Arsenal de Metz où étaient présents un peu plus d'une centaine de personnes à peine, dont bon nombre d'opposants à la traversée de Florange. Cette 12e réunion publique étant la dernière occasion pour afficher leur opposition au projet de liaison A30-A31 Nord, une section neuve qui couperait la ville de Florange en deux mais permettrait aux usagers d'une future A31bis de contourner Thionville par l'ouest. A défaut d'avoir sollicité en bonne et due forme une expertise complémentaire durant le débat public.  Ce qu'avaient pourtant fait en juin les opposants au projet de barreau neuf Toul-Dieulouard, au sud du tracé de l'A31bis.

Dans l'ordre, ce sont le financement du projet de l'A31bis, ses caractéristiques, son impact sur l'environnement mais aussi les autres offres de transport et, en dernier lieu seulement, le développement économique, qui ont été les thématiques les plus abordées durant ces cinq mois de débat auxquels ont pris part 2.800 personnes et 7.000 internautes, dont seulement 1% localisés au Luxembourg.

Dominique Gros, le maire de Metz (en bas à droite)  «pense que le Luxembourg devrait s'intéresser à cet élargissement».
Dominique Gros, le maire de Metz (en bas à droite) «pense que le Luxembourg devrait s'intéresser à cet élargissement».
Photo: Maurice Fick

«Personne ne veut payer!», a lancé Dominique Gros. Pour le maire de Metz «il est nécessaire» que l'Europe contribue au financement de l'A31bis, axe majeur de la future grande région ACAL (Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine) et puis «le Plan Juncker a été fait pour ça!» Toujours dans le cadre du financement du projet autoroutier dont le coût varie entre 1,1 et 1,4 milliard d'euros selon les variantes et qui permet à 83.000 frontaliers lorrains de rejoindre le Luxembourg chaque jour,  Dominique Gros «pense que le Luxembourg devrait s'intéresser à cet élargissement dans le cadre d'accords transfrontaliers».

Marie-Anne Isler-Béguin n'est pas de cet avis: «Le Luxembourg a une volonté très forte de sortir du tout voiture mais nous allons y envoyer nos voitures! Je demande à l'Etat français de rattacher le projet français au projet MoDu pour Mobilité Durable». Et à la conseillère municipale du groupe des écologistes de Metz de préconiser: «nous devrions au minimum avoir le choix entre un projet autoroutier et une 2e voie ferrée sur le sillon lorrain» au lieu d'une seule A31bis.

Pas contre un péage vers le Luxembourg si...

La nécessité pour le Grand-Duché de participer au financement  de l'A31bis, de solliciter un financement de l'UE, d'expérimenter une écotaxe pour les poids lourds -alors que Manuel Valls s'y oppose en France- voire d'instaurer une vignette, sont régulièrement revenus sur le tapis pendant tout ce débat public.

Quant à l'idée d'instaurer un péage, comme le prévoient deux scénarios sur trois sur le tronçon à  2x3 voies allant de Fameck jusqu'au Luxembourg, «globalement on ressent un certain consentement à payer», résume Christine Jean de la CPDP. Mais attention: «Un service de qualité et un faible prix sont les deux conditions auxquelles les participants sont favorables à un péage.»

Autre sujet récurrent sur un débat portant également sur les offres alternatives: «Tout le monde considère qu'il faudrait avoir plus de trains en direction du Luxembourg et qu'il faut faire de grand progrès pour faciliter l'intermodalité mais aussi inciter au covoiturage». Au sujet de la liaison entre Thionville et la frontière Christine Jean relève «les demandes pour que la 3e voie soit réservée à une exploitation multimodale» justement.

«Florange, le cauchemar du gouvernement»

Les sections neuves de l'A31bis ont apporté beaucoup d'eau trouble au moulin du débat public. Notamment le contournement Ouest de Thionville passant par Florange. «Les habitants de Florange ne demandent qu'à vivre en paix!», a lancé Nadine Menzin, présidente du Collectif PAIX (Protection des aménagements et infrastructures à Florange, le "x" symbolisant la croix pour dire non au projet) créé au mois d'août et qui a rassemblé près de 2.800 signatures contre le tronçon neuf.

Et pour cause: «750 maisons et 150 logements se trouveraient à moins de 300 mètres du tracé, soit plus de 1.000 familles!» Forte d'un vrai comité de soutien, armé de panneaux barrés de l'A31bis, Nadine Menzin estime que «le péage va dissuader la majorité des riverains et surcharger les routes secondaires».

Dans la salle un homme crie la détermination d'une frange de Florangeois: «Si l'autoroute doit couper Florange en deux, Florange sera le cauchemar de la DREAL et du gouvernement!» Les rires sont crispés. Emmanuelle Gay, directrice de la DREAL Lorraine (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement) a beau reposer les choses à plat et expliquer que rien n'est joué, elle reconnaît que «le point du tracé de Florange fait vraiment débat au fond

Dans son compte-rendu, la CPDP ne manquera pas de souligner les deux sujets les plus évoqués comme la demande d'une variante qui emprunterait un tracé passant par la forêt domaniale et le site d'Arcelor-Mittal de la commune de Hayange et la proposition de dévier le transit entre Arlon et Thionville par l'A30.

La CPDP dispose désormais de deux mois pour «rendre compte de tout ce qui a été dit, y comprise la position du maître d'ouvrage. Et elle a la possibilité de faire des recommandations», explique Michel Morin qui compte bien revenir à Metz aux alentours du 24 novembre pour présenter publiquement le compte-rendu du débat public.

Le débat public se poursuit encore jusqu'au 30 septembre sur le site internet, après quoi le site sera figé mais toutes les contributions consultables.