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Chassé-croisé en vue de la grande négociation
International 3 min. 08.10.2019

Chassé-croisé en vue de la grande négociation

Depuis juin, le libéral francophone Didier Reynders (à droite) et son vis-à-vis flamand, le socialiste flamand Johan Vande Lanotte, ont cherché à baliser la formation du futur gouvernement fédéral.

Chassé-croisé en vue de la grande négociation

Depuis juin, le libéral francophone Didier Reynders (à droite) et son vis-à-vis flamand, le socialiste flamand Johan Vande Lanotte, ont cherché à baliser la formation du futur gouvernement fédéral.
Photo: AFP
International 3 min. 08.10.2019

Chassé-croisé en vue de la grande négociation

En Belgique, deux «préformateurs» vont orchestrer les pourparlers entre socialistes et nationalistes avec l’espoir de contribuer à la formation du futur gouvernement fédéral.

Max Helleff (Bruxelles) - Comme dans ces sports de combat où l’arbitre invite les compétiteurs à en découdre, les informateurs royaux ont renvoyé lundi le PS et la N-VA face-à-face. «A nos yeux, il faut maintenant que les deux principales formations politiques dans leur Communauté puissent déterminer entre elles s’il est possible de trouver une base suffisante pour former un gouvernement», a expliqué Didier Reynders.

Depuis juin, le libéral francophone et son vis-à-vis flamand, le socialiste flamand Johan Vande Lanotte, ont cherché à baliser la formation du futur gouvernement fédéral. En vain.


Quo vadis, Belgique?
La Belgique attend un gouvernement depuis 100 jours
Depuis les élections législatives du 26 mai dernier, la Belgique ne s'est toujours pas trouvé de coalition gouvernementale fédérale, faute d'accord entre les partis politiques.

La balle était donc dans le camp du roi Philippe. Mardi matin, le souverain a désigné  deux autres personnalités politiques. L'une issue de la N-VA, l’autre du Parti socialiste pour déminer davantage le terrain. 

Geert Bourgeois (un ex-ministre-président flamand) et Rudy Demotte (l'actuel président du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles ) ont ainsi été nommés «préformateurs». Ils devront chercher un terrain d’entente entre leurs partis respectifs, sans oublier de s’allier d’autres partenaires afin de former une coalition.

Veto sur le Belang

Voilà pour la théorie. En pratique, les choses sont loin d’être gagnées. Très loin. Jusqu’ici, le son de cloche de la N-VA a largement occupé l’espace médiatico-politique. En bref, le parti de Bart De Wever accepte de discuter avec le PS s’il consent à aborder deux dossiers sensibles: le confédéralisme et le sort de la sécurité sociale.

Toutefois, ces derniers jours, les socialistes ont clarifié leurs positions. Paul Magnette, seul candidat à la succession présidentielle d'Elio Di Rupo, a eu ces mots: «On s’est beaucoup vus (le PS et la N-VA), on n'est nulle part et d’accord sur rien».

Pas un signe d'apaisement

Paul Magnette recadre les conditions socialistes: «J’ai toujours été clair: on met un veto sur le Belang, pas sur la N-VA. Après, on constate que l’on n’est d’accord sur rien avec les nationalistes. Depuis le 26 mai, il y a eu beaucoup de réunions très discrètes avec les informateurs. Et je ne vois aucun point sur lesquels nous sommes d’accord».


Theo Francken, un joker bien embarrassant
L’ex-secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration pourrait s’inviter dans les négociations qui doivent mener à la formation du gouvernement belge. Mais qui osera pactiser avec le sulfureux nationaliste flamand?

La perspective de voir le très identitaire Theo Francken représenter la N-VA autour de la table de négociations n’est pas «un signe d’apaisement», insiste encore Paul Magnette

Officiellement, le PS ne ferme donc pas la porte. La précision est importante. Il répondra à toutes les invitations, mais refusera de négocier sur le confédéralisme (vu comme la fin annoncée de la Belgique) et la sécurité sociale (l’un des derniers traits d’union entre les Flamands et les francophones).

De Wever en rempart

Paul Magnette enfonce le clou: «Si demain, la N-VA donne son accord pour la pension minimale à 1.500 euros, un refinancement des soins de santé, de la SNCB, des bas salaires, etc., je commencerai à avoir du mal à expliquer qu’on ne peut pas discuter avec eux.»

Cette musculation ne peut occulter un soupçon de réchauffement. Le choix de Bart De Wever de ne pas faire alliance en Flandre avec le Vlaams Belang a fait redescendre d’un cran la tension, même si le nouveau gouvernement flamand est jugé fortement identitaire par les francophones. 

La ligne infranchissable

«Bart De Wever véhicule une image dure en Belgique francophone, commente dans les colonnes de L'Echo le politologue Carl Devos. Mais en réalité il constitue un rempart contre le Vlaams Belang. Tant qu’il sera là, la ligne Francken ne l'emportera pas.»


Belgian Vice-Prime Minister and Interior Minister Jan Jambon attends a session of the temporary chamber commission for counter-terrorism on March 29, 2016 at the federal parliament in Brussels.
Belgian authorities face growing criticism for a series of mistakes and missed chances in connection with a jihadist cell linked to both the Brussels and Paris attacks. / AFP PHOTO / Belga / NICOLAS MAETERLINCK / Belgium OUT
La fracture belge s’accroît
Un réflexe identitaire et une sous-estimation des investissements climatiques illustrent le cavalier seul flamand.

Éviter que le très droitier Theo Francken ne monte en puissance à la faveur d’un affaiblissement potentiel de Bart De Wever: ce paramètre devrait à un moment donné peser chez les socialistes.


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