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Chasse aux responsabilités dans l’affaire Conings
International 4 min. 04.06.2021

Chasse aux responsabilités dans l’affaire Conings

Tom Van Grieken, président du parti d'extrême droite Vlaams Belang, rejette tout lien avec les actions de Jürgen Conings.

Chasse aux responsabilités dans l’affaire Conings

Tom Van Grieken, président du parti d'extrême droite Vlaams Belang, rejette tout lien avec les actions de Jürgen Conings.
Photo: AFP
International 4 min. 04.06.2021

Chasse aux responsabilités dans l’affaire Conings

L’extrême droite flamande est accusée d’avoir contribué à attiser la haine du militaire toujours en cavale contre les musulmans, l’Etat et le monde scientifique.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) - Depuis le 17 mai dernier, Jürgen Conings reste introuvable. Ce caporal-chef de 46 ans, probablement toujours armé et adepte des idées de l’extrême droite, a déjoué jusqu’ici toutes les recherches lancées à son encontre. Les battues à répétition qui ont été organisées ces dernières semaines par les militaires et les policiers n’ont rien donné. Depuis, la chasse à l’homme a fait place dans les médias à un questionnement sur la capacité de l’armée à faire le ménage dans ses rangs et sur les éventuelles responsabilités politiques.


Belgian soldiers patrol near an entrance of Nationaal Park Hoge Kempen in Maasmechelen, northern Belgium, on May 20, 2021. - Police stepped up a manhunt for a Belgian soldier with suspected extreme-right views and access to rocket launchers who went missing after threatening public figures -- including a renowned coronavirus expert. (Photo by Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
Jurgen Conings, l’homme qui fait trembler la Belgique
Ce militaire d’extrême droite reste introuvable et fait craindre le pire aux autorités belges. Il se qualifie d' «ennemi de l'Etat» et a menacé plusieurs cibles dans le pays.

Jürgen Conings serait toujours en vie. Un retrait de 3.000 euros effectué avant sa cavale le laisse penser au procureur. D’où le maintien d’un haut niveau d’alerte, autour des mosquées et auprès de personnes qui seraient potentiellement la cible de celui qui a déclaré la guerre au monde scientifique et à l’Etat belge.

Le comportement de Jürgen Conings inquiète depuis plusieurs années déjà. Entre 2017 et 2019, il fait l’objet de plusieurs procès-verbaux, notamment pour «port d’une arme prohibée» - une  arme blanche - et « menaces ». Début 2020, la Défense (c’est-à-dire son employeur) porte plainte contre lui au motif qu’il a tenu des propos racistes et xénophobes sur Facebook. Il s’en prend également aux virologues et à la politique sanitaire du gouvernement De Croo.

Première erreur: le Parquet classe le dossier et Conings s’en sort avec un arrêt de quatre jours. En juin, il est muté, mais paradoxalement dans une fonction de support qui lui donne accès aux armes et aux munitions. Il fait des recherches sur l'adresse du virologue Marc Van Ranst, un scientifique flamand rendu très médiatique par la crise sanitaire, qui devient selon toute vraisemblance une de ses cibles privilégiées.

Un manque de personnel

L’étau se resserre sur Conings: l’habilitation de sécurité de niveau «secret», qui lui permet jusque-là d’accéder à des bâtiments sensibles, lui est retirée. En décembre, un rapport de la Sûreté de l’État souligne la dangerosité de Jürgen Conings. Le 17 février dernier enfin, il est désigné comme «extrémiste potentiellement violent».  

Mais l’information qui aurait dû remonter dans la hiérarchie des renseignements militaires (SGRS) n’arrivera pas jusqu'au commandement. C’est la seconde faille du système. Ce dysfonctionnement fait pour l’instant l’objet d’une enquête. Faute administrative ou manipulation? Le SGRS plaide pour sa part le manque de personnel et s’apprête à recruter 80 personnes.


Belgian soldiers prepare in the Nationaal Park Hoge Kempen in Dilsen-Stokkem on May 27, 2021, as the police and army services continue to look for a heavily armed professional soldier, Jurgen Conings, in the province of Limburg. - Belgium's defence minister on May 25, 2021, expressed concern over online support, especially from military personnel, for a renegade soldier on the run after stealing weapons and threatening public figures. The authorities have been hunting for Jurgen Conings, 46, for a week in a forested region close to the border with the Netherlands since finding his car abandoned with four rocket launchers inside, taken from an army base. (Photo by JONAS ROOSENS / BELGA / AFP) / Belgium OUT
L’affaire Conings tourne au règlement de comptes
En Belgique, la ministre de la Défense est sur la sellette. On reproche à la socialiste Ludivine Dedonder de n’avoir pas neutralisé à temps le militaire d’extrême droite toujours introuvable.

Entretemps, la ministre de la Défense, la socialiste Ludivine Dedonder, a sauvé sa tête. Même si elle n’est entrée en fonction qu'en octobre dernier et ne peut tout connaître de ses dossiers à ce stade, elle aurait pu sauter au nom de la responsabilité politique. Elle ne s’en laisse toutefois pas conter. On lui a caché, dit-elle, une information capitale. Elle identifie «un problème fondamental, structurel» dans l’armée. L’enquête dira si elle a raison (ou non) et fera (ou non) la lumière sur le sort réservé au dossier Conings au sein des renseignements militaires, entre le 17 février et le 17 mai.

D’autres responsables sont aujourd’hui pointés du doigt. Les socialistes dénoncent le Vlaams Belang, coupable à les entendre de propager des discours de haine, racistes notamment. Tom Van Grieken, son président, s’en est longuement défendu. Mardi dernier cependant, la preuve a été faite que Jürgen Conings a bien été encarté au Belang en 2020. Le député socialiste Christophe Lacroix accuse : «La responsabilité politique est avant tout dans le chef du Vlaams Belang et de son président. Et si une démission doit avoir lieu, c’est celle de son président».

Le Vlaams Belang rejette tout lien avec les actions de Jürgen Conings. Si en avril 2020, assure-t-il, le militaire a bien payé une cotisation de 12,50 euros, il n'a pas renouvelé son adhésion au début de cette année. Le Vlaams Belang est, rappelons-le, le second parti flamand. Selon certains sondages, il pourrait devenir le premier parti du pays si des élections étaient organisées demain.

Il y a une semaine, l'Organe de coordination de la menace (Ocam) a fait passer de 2 à 3 le niveau d'alerte sur certaines cibles que pourrait frapper Jürgen Conings. Les sites concernés seraient plus précisément les centres d'asile et les mosquées du nord, de l'est et du centre du Limbourg. Dans un de ses messages, Conings avait émis l’intention de s’en prendre à une mosquée.

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