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Ces règles qu'ils ont un peu vite «tué»

Ces règles qu'ils ont un peu vite «tué»

Caricature: Florin Balaban
International 3 min. 06.09.2018

Ces règles qu'ils ont un peu vite «tué»

Aujourd’hui, en «bon français», il faut écrire «les tisanes que j’ai bues». D’accord? Et si demain, on écrivait les «tisanes que j’ai bu»?

Par Max Helleff

Tuer la variabilité de l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir? Cette recommandation formulée par deux anciens enseignants belges a mis sens dessus dessous les gardiens de l’orthodoxie orthographique, mais aussi la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), l’une des trois communautés fédérées de Belgique qui a en charge l’Enseignement et la Culture francophones.

Carte blanche

Tout est parti d’une carte blanche publiée dans le quotidien français «Libération». Arnaud Hoedt et Jérôme Piron y plaident pour revoir et simplifier les règles de la langue française. «Le temps moyen consacré aux règles actuelles est de 80 heures, pour atteindre un niveau dont tout le monde se plaint, écrivent ces anciens profs de français. Il serait tellement plus riche d'apprendre à nos enfants tout ce qui permet de maîtriser la langue plutôt qu’à faire retenir les parties les plus arbitraires de son code graphique…» Conclusion: «Osons l’affirmer: les règles d’accord du participe passé actuelles sont obsolètes et compliquées jusqu’à l’absurde».

Il n’en fallait pas plus pour que la planète médiatique s’emballe. «Le Monde» se demande «s’il faut brûler l’accord du participe passé». «Le Soir» a lancé un sondage sur le mode «pour ou contre». Et bien sûr, les réseaux sociaux sonnent la charge. Autant de réactions qui démontrent à l’envi que toucher à la langue et à sa codification attise toujours autant les passions. Dans les années 90 déjà, un débat sur la nouvelle orthographe avait pris en Belgique des airs de révolution.

Mais il y a comme qui dirait une coquille dans la carte blanche publiée par «Libé». Pour appuyer leurs recommandations, ses deux signataires se retranchent derrière la Fédération Wallonie-Bruxelles qui, «en accord avec ses instances linguistiques, envisage sérieusement d’instaurer l’invariabilité du participe passé avec l’auxiliaire avoir.» Or, à la FWB, on nie toute intention de modifier en ce sens l’orthographe.

«Ni la ministre de l'Education, ni la ministre de la Culture n'ont reçu de demande en ce sens», a expliqué le porte-parole de la ministre de l'Education Marie-Martine Schyns. «Ce n'est pas sur la table du gouvernement, qui n'est pas amené à se positionner vu qu'il n'a pas été interpellé.» Affirmer que la FWB envisage «sérieusement» de réformer l'accord du participe passé semble dès lors «très prématuré», insiste-t-il.

Pas faux

«Prématuré» ne signifie toutefois pas faux. Le Conseil de la langue française a bien remis des avis en faveur de cette évolution, qui conduirait à l'invariabilité du participe passé avec l'auxiliaire avoir. Au lieu de «les crêpes que j'ai mangées», il serait admis d'écrire «les crêpes que j'ai mangé».

Quant aux signataires de la carte blanche parue dans «Libé», ils n’en démordent pas: «Nous défendons une position que les instances d'avis les plus légitimes relayent depuis trois ans». Du côté de l'Enseignement, «tout ce qu'on peut espérer est que la ministre de l'Education écrive une circulaire de tolérance» sur le sujet…

Une circulaire qui sera brandie assurément par les adversaires de ce qui passe parfois pour une forme d’élitisme orthographique face aux contempteurs du nivellement par le bas. Le genre de polémiques que l’école a souvent croisées. A moins qu’elle ne les ait «croisé»…

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