Changer d'édition

Bruxelles: 82 secondes d'effroi au Musée juif
Extrait de la vidéo réalisée le 24 mai 2014. Le tireur, Mehdi Nemmouche, casquette, veste bleue, pantalon sombre, équipé de deux sacs noirs, entame son parcours sanglant dans le Musée juif de Bruxelles.

Bruxelles: 82 secondes d'effroi au Musée juif

Photo: AFP
Extrait de la vidéo réalisée le 24 mai 2014. Le tireur, Mehdi Nemmouche, casquette, veste bleue, pantalon sombre, équipé de deux sacs noirs, entame son parcours sanglant dans le Musée juif de Bruxelles.
International 6 min. 10.01.2019

Bruxelles: 82 secondes d'effroi au Musée juif

Une ombre se dresse, sans un bruit, derrière deux touristes dans l'entrée du musée juif de Bruxelles. Bras tendu, l'homme pointe son revolver, presque à bout portant, vers la nuque de ses futures victimes.

(Max Hellef avec AFP) – Il presse la détente. Une première balle pour Emanuel Riva, une seconde pour son épouse Miriam, qui s'effondrent. Ces quinquagénaires israéliens, plongés dans la lecture de prospectus, n'ont pas vu surgir le tireur.

Ils sont les deux premières victimes de la tuerie du musée juif de Bruxelles, le 24 mai 2014, qui valent à Mehdi Nemmouche de comparaître à partir de jeudi devant la cour d'assises de la capitale belge pour quatre assassinats.


Esquisse montrant Mehdi Nemmouche le 26 juin 2014 lors d'une audience à la cour de Versailles.
Tuerie du Musée juif: Nemmouche devant ses juges à Bruxelles
Mehdi Nemmouche, jihadiste français accusé des quatre assassinats commis en 2014 au Musée juif de Bruxelles, a comparu lundi devant la cour d'assises de la capitale belge pour une nouvelle audience préparatoire, trois jours avant l'ouverture de son procès placé sous étroite surveillance policière.

Selon les images de vidéosurveillance du musée, le tireur, casquette, veste bleue, pantalon sombre, équipé de deux sacs noirs, poursuit son parcours sanglant d'un pas décidé jusqu'au bureau d'accueil du musée. Il croise un jeune employé, alerté par les coups de feu. Alexandre Strens, 26 ans, est atteint par une balle en plein front. Il décèdera deux semaines plus tard.

Dans le local d'accueil, une bénévole française, Dominique Sabrier, se recroqueville, dans la panique, derrière son bureau. L'homme tire sans succès dans sa direction. Il sort alors une kalachnikov d'un de ses sacs et tente de pénétrer dans la petite pièce, dont la porte s'est entre-temps verrouillée.

Il fait feu dans la porte, l'ouvre d'un coup de pied, puis s'avance, fusil en main, vers la sexagénaire. Trois tirs, dont deux dans la tête. Elle s'écroule sous son bureau. L'homme range son arme, puis ressort du musée sans un mot, dans le plus grand calme, d'après des témoins, avant de se fondre dans la foule bruxelloise de ce samedi après-midi estival.

Les quatre meurtres, qui provoquent une émotion mondiale, auront pris, selon les enquêteurs, 82 secondes et donné lieu à 13 tirs -5 avec le revolver, 8 avec la kalachnikov. Dans les jours qui suivent, la police belge diffuse un appel à témoins, ainsi que des images de vidéosurveillance du tueur.


Originaire de Roubaix (Nord), Mehdi Nemmouche, 29 ans, a passé plus d’un an en Syrie auprès de groupuscules djihadistes.
Tuerie du Musée juif de Bruxelles: Explications des principaux événements date par date
Rappel des principaux événements depuis la tuerie survenue le 24 mai au Musée juif de Bruxelles. Un Français suspecté d'être l'auteur des faits a été arrêté vendredi à Marseille.

«A feu et à sang»

Six jours plus tard, le 30 mai 2014, un bus Amsterdam-Bruxelles-Marseille de la compagnie Eurolines arrive à la mi-journée à son terminus en gare Saint-Charles. Trois douaniers décident un contrôle inopiné. A bord, une quinzaine de passagers, dont un Français en costume-cravate, rasé de près : Mehdi Nemmouche, alors âgé de 29 ans, qui raconte venir de la capitale belge.

Sur un siège vacant non loin du jeune homme, un agent remarque un sac Décathlon et une sacoche noire abandonnés. Aucun passager n'en revendique la propriété. En entrouvrant le sac, particulièrement lourd, il distingue «un chargeur enclenché dans une masse métallique autour d'un drap», probablement un fusil d'assaut, se dit-il. Les trois douaniers engagent une fouille des passagers.

Jusqu'au tour de Mehdi Nemmouche, troisième à être examiné. Lorsqu'il se présente devant eux les bras en l'air, une masse se devine dans la poche de sa veste: un pistolet chargé. Immédiatement menotté, sans résistance, il concède finalement être le propriétaire des deux bagages abandonnés, ainsi que du revolver et du fusil d'assaut. L'enquête démontrera qu'il s'agit des armes utilisées au musée juif de Bruxelles.

Dans ses bagages sont également saisies 51 munitions pour le revolver et 261 pour la kalachnikov, ainsi que plusieurs journaux -«Metro», «Le Soir Magazine» ou «Paris Match»- consacrés à la tuerie du musée juif.


A Bruxelles: Trois morts et un blessé grave lors d'une fusillade près d'un musée juif
Trois personnes ont été tuées et une autre grièvement blessée lors d'une fusillade qui s'est déroulée samedi à proximité du Musée Juif de Belgique, dans le centre de Bruxelles, ont indiqué les pompiers, cité par l'agence de presse Belga.

Enfin, les douaniers mettent la main sur un ordinateur portable. Il contient, entre autres, plusieurs vidéos, dans lesquelles Mehdi Nemmouche n'apparaît pas, mais où une voix revendique les meurtres. «Ma veste portait bien une caméra (...) mais malheureusement, à mon grand regret, ce jour-là, cette caméra n'a pas fonctionné», dit cette voix dans l'un des documents. Avant de promettre: «Ce n'est que le début d'une série d'attaques sur la ville de Bruxelles. Nous avons la ferme détermination de mettre cette ville à feu et à sang».

Un «soldat» de Daech sur le sol occidental

Le procès qui entreprend de retracer la tuerie du musée juif et de bien d’autres faits rattachés à la personnalité ambiguë de Mehdi Nemmouche durera jusqu'au 1er mars. Avec Nacer Bendrer, Nemmouche sera interrogé pendant trois jours. Suivront ensuite deux semaines de dépositions des enquêteurs et des juges d’instruction. 116 témoins seront ensuite entendus.

La justice belge a la redoutable tâche de passer au crible le premier attentat terroriste mené par un «soldat» de Daech sur le sol occidental. Ce sera aussi le rappel d’une époque. Jusqu’à la tuerie du musée juif, les Belges qui partaient pour la Syrie passaient le plus souvent pour des jeunes désœuvrés, à la recherche d’un idéal. Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders avait pourtant mis en garde contre le danger de voir certains d’entre eux porter les armes contre leur pays une fois revenus.

Mehdi Nemmouche est Français, mais c’est à Bruxelles qu’il a choisi de perpétrer l’attentat qui doit en faire l’égal, pense-t-il, de Mohamed Merah, son modèle. En mars 2012, ce terroriste franco-algérien a tué sept personnes dont trois enfants juifs à Toulouse et à Montauban. Nemmouche a lui aussi «envie de fumer une petite Israélite».

Pourquoi le musée juif?

Nemmouche s’est montré peu bavard depuis son arrestation. Son choix doit sans doute au fait qu’au contraire des écoles juives de Bruxelles et de l’ambassade d’Israël en Belgique, le musée ne bénéficiait d’aucune protection particulière. Il se voulait ouvert à tous.

Les vidéos ont montré ainsi Nemmouche entrer franco au 21 de la rue des Minimes et exécuter ses quatre victimes de sang froid. Plus tard, on apprendra que cette assurance s'accommode volontiers de cruauté grâce aux témoignages des otages qu’il a personnellement torturés en Syrie dans les geôles de Daech.

On sait peu de choses de Nemmouche. Hors des prisons qu’il a fréquentées et où il s’est radicalisé, il n’a pas fait la démonstration d’un antisémitisme forcené. Il ne s’est pas répandu en discours haineux contre Israël. C’est pourtant au sein de la communauté juive que Mehdi Nemmouche a tué le 24 mai 2014. Il n'a pas visé l’homme de la rue, cet Occidental «impie» que Daech cherchera à terroriser plus tard à travers les attentats parisiens et bruxellois. Entre ces stratégies, il y a eu une évolution que le procès permettra peut-être de comprendre.

Après la terreur, le temps de la justice

Collaborer avec la justice ne lui évitera pas la peine maximale. S’il est toujours présumé innocent, la masse de preuves rassemblées contre lui ne laisse aucun doute sur l’issue du procès. Le risque est qu’il ne profite de la tribune donnée pour se faire soudain prosélyte devant les médias du monde entier. Encore faudrait-il qu’il ait les aptitudes pour le faire efficacement, ce qui paraît loin d’être le cas.

La justice belge n’a aucune intention d’entrer dans le jeu de Nemmouche. Ce n’est pas un prisonnier politique, mais un criminel dangereux, l’un de ces délinquants transformés en assassin. Un cheminement qu’ont connu après lui d’autres terroristes issus des rangs de Daech: les frères Al Bakhraoui (Bruxelles), Mohamed Lahouaiej-Bouhlel (Nice), Chérif Chekat (Strasbourg), etc.

Le procès de Mehdi Nemmouche en annonce d’autres, liés notamment aux attentats de Paris et de Bruxelles. Après le temps de la terreur est venu celui de la justice.