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Bras de fer entre l’Etat belge et le culte musulman
International 3 min. 21.09.2022
Une nouvelle étape franchie

Bras de fer entre l’Etat belge et le culte musulman

Pour le ministre de l'Intérieur belge Vincent Van Quickenborne, « la communauté musulmane de notre pays ne dispose toujours pas de la représentation à laquelle elle a droit, ce qui entrave l'intégration des musulmans dans notre pays ».
Une nouvelle étape franchie

Bras de fer entre l’Etat belge et le culte musulman

Pour le ministre de l'Intérieur belge Vincent Van Quickenborne, « la communauté musulmane de notre pays ne dispose toujours pas de la représentation à laquelle elle a droit, ce qui entrave l'intégration des musulmans dans notre pays ».
Photo d'archives: Licence CC
International 3 min. 21.09.2022
Une nouvelle étape franchie

Bras de fer entre l’Etat belge et le culte musulman

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Le ministre de l'Intérieur retire sa reconnaissance à l'organe représentatif islamique au lendemain d'une décision de justice défavorable.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Le bras de fer qui oppose de longue date le ministre de l’Intérieur, le libéral Vincent Van Quickenborne, à l'Exécutif des musulmans de Belgique vient de prendre une tournure dramatique pour ce dernier. Le ministre vient en effet de retirer la reconnaissance de l'exécutif, qui ne représente donc plus le culte islamique auprès des autorités belges.


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A plusieurs reprises, la gestion de l'Exécutif des musulmans a été épinglée pour son manque de transparence et d’ouverture. En 2020, un rapport de la sûreté de l'État avait notamment pointé des ingérences étrangères au sein de l'institution. Depuis, l'exécutif avait par deux fois été mis en demeure de mettre fin aux manquements constatés.

L'Exécutif des musulmans porte plainte

Mais les avertissements du ministre n'ont pas suffi. C'est en tout cas ce qu'il dit : « Malgré de nombreuses promesses, les mesures nécessaires à cette fin n'ont toujours pas été prises à ce jour. De ce fait, la communauté musulmane de notre pays ne dispose toujours pas de la représentation à laquelle elle a droit, ce qui entrave l'intégration des musulmans dans notre pays », a expliqué Vincent Van Quickenborne. Le libéral flamand demande en conséquence à la communauté musulmane de « s'organiser de manière transparente, indépendante et pluraliste, sur la base de la liberté religieuse et du caractère démocratique et libre de notre société ».

De son côté, l'Exécutif des musulmans se dit « consterné par les actions et les déclarations du ministre » et porte plainte.

Depuis 1999, l'Exécutif des musulmans est reconnu comme l'organe représentatif du culte islamique auprès de l'Etat belge. Ses compétences comprennent la demande de reconnaissance de mosquées, l'organisation de l'enseignement religieux islamique ou encore la formation des imams. L'organe bénéficie pour cela de subsides.


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Mais, depuis de longues années, l'exécutif est pointé par des politiques et des médias comme un lieu d'entre-soi, peu réceptif aux normes démocratiques. Sa gestion a été décrite par la sûreté de l’Etat comme étant aux mains d'une poignée d’individus qui auraient confisqué le pouvoir. Il est aussi question de manque de représentation féminine et d'infiltration d'extrémistes.

Le ministre de l'Intérieur inflexible

Depuis 2020 et son arrivée à l'Intérieur, Vincent Van Quickenborne met la pression. Parfois, un peu trop. Son intransigeance vient, en effet, de valoir à l’Etat belge d'être condamné par le tribunal de première instance de Bruxelles. Le jugement conclut que le ministre, en forçant à démissionner l'ancien président de l'Exécutif des musulmans Salah Echallaoui, a commis une ingérence dans les libertés de religion et d’association de ce dernier…

Le libéral flamand n'en a toutefois cure, comme le montre le retrait de la reconnaissance de l'Exécutif des musulmans, annoncé en fanfare quelques jours seulement après ce jugement.  

Le dossier est sensible dans un pays qui recèle une forte communauté musulmane, essentiellement issue des immigrations marocaine et turque. S'il est peu probable que l'exécutif compte un important soutien dans cette population qui a ses propres repères religieux, le ministre n'en marche pas moins sur des œufs. 

La Belgique recherche toujours cet islam européen qui, pense-t-elle, contribuera à améliorer l’intégration. Quant à « Van Quick », il doit donner le change s'il ne veut pas que l’extrême droite et les nationalistes flamands notoirement anti-immigration phagocytent son parti aux prochaines élections.

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