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Billet: Les chaises musicales
Des migrants transférés de l'Aquarius vers un bateau de délestage.

Billet: Les chaises musicales

AFP
Des migrants transférés de l'Aquarius vers un bateau de délestage.
International 14.06.2018

Billet: Les chaises musicales

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Le drame des migrants a trop duré. Un simple calcul permet de voir que leur accueil ne serait pas la mer à boire.

J'ai donc fait un calcul. Voici.

L'Union européenne compte 512 millions d'habitants. On y a enregistré, en 2017, 650.000 demandes d'asile, ce qui fait un demandeur pour 787 habitants.

Ce rapport correspond, grosso modo et mutatis mutandis, à une situation où une fête de famille, disons un gros mariage, serait confrontée impromptu à un noceur imprévu, rien qu'un, un pour 787. Or on peut raisonnablement supposer qu'une tablée de 787 personnes peut, sans trop se bousculer, sans trop se priver, faire place à cet imprévu. Que le nouveau venu ne ferait pas basculer la donne générale, ni du point de l'ambiance ni sur le plan de l'intendance, parce qu'un pour 787 c'est pas la mer à boire.

La crise de l'Aquarius n'est que l'écume la plus voyante d'une houle qui menace l'Union européenne depuis 2015 au moins, et qui pourrait bien la faire couler, l'Union. Il faut donc trouver une solution, sachant que la politique du port clos n'en est point une, pas plus que l'Aquarius et, plus généralement, le nouvel humanitarisme héroïco-maritime (déjà le Moyen Âge voulut escamoter ses indésirables ainsi, ses fous surtout, en les trimbalant de fleuves en canaux, dans des navires qu'on appelait «Narrenschiff», et ça n'a pas marché, il fallut les remettre à l'asile, ces gens qui ne l'avaient pas demandé).

Une seule solution donc à la crise migratoire: il faut les accueillir, les malheureux. Car on peut. Car un demandeur pour 787 habitants ne fait pas une horde, c'est pas les Huns, c'est pas les Invasions barbares.

Les accueillir donc, à la table commune. Et si à cette table il se trouvait un grincheux pas content, un Hongrois par exemple, qui ne voudrait pas jouer le jeu, c'est lui alors, le grincheux hongrois, qui serait hors-jeu et prié de quitter la table.

Et mathématiquement alors, grosso modo et mutatis mutandis, on reviendrait à la donne de départ, 787 ni plus ni moins, selon l'imparable logique du jeu des «chaises musicales».