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Billet: La bosse des maths
Al-Assad père en chef de guerre.

Billet: La bosse des maths

AFP
Al-Assad père en chef de guerre.
International 2 min. 12.07.2018

Billet: La bosse des maths

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Le fils de Bachar al-Assad participe à un concours de maths. C'est touchant, ce fils qui fait du calcul quand son père fait la guerre.

On apprend que Hafez al-Assad, fils aîné du psychorigide damascène, concourt actuellement aux Olympiades de mathématiques en Roumanie, où il a demandé à être traité «comme un étudiant normal», déclinant tout traitement spécial.

On ne voit pas pourquoi il faudrait le privilégier, c'est son père qui mérite un traitement spécial, pour les exercices auxquels son fils pourrait être soumis, celui-ci par exemple: étant donnés 7,4 ans de guerre, étant donnés par ailleurs 355.257 morts, calculer le nombre de morts par jour puis rapporter ce nombre au chiffre de la population, 18,4 millions en 2011, tenant compte que 5,2 millions ont fui le pays entre-temps. Arrondir si nécessaire.

On est attendri à l'idée de ce fils se consacrant au calcul par temps de guerre. On s'était attendri devant sa mère déjà, à laquelle jadis nous avons consacré un portrait. On la voit chez elle, Asma al-Assad, femme au foyer, impeccablement mise, pimpante et heureuse – cette femme est une publicité pour lessive et machine à laver, «Omo lave plus blanc», c'est pourquoi les Syriens ont ces visages enfarinés, à Alep ou Homs, quand Bachar lâche sur eux ses barils de poudre. Mais soit, c'est la guerre, qui souvent est sale.

La famille Assad par contre, avec un fils qui fait du calcul et la mère la lessive, est une famille propre. Quant au mari et père, on est injuste avec les dictateurs. Car un dictateur est un homme qui dicte, pour dicter il faut des règles et la règle est son droit. Certains en sont si sûrs de leur bon droit, de leurs règles et de leur loi qu'ils la font graver dans le marbre, comme Erdogan le mamamouchi d'Istanbul, n'hésitant pas à couler les grincheux dans le béton.

On n'imagine pas l'assurance qu'il leur faut à ces gens pour tuer au nom de leur loi, la rigueur de leur logique et leur aptitude à ne jamais en douter. C'est la règle qui les affermit, ces gens. C'est raide une règle, ça ne plie pas, on peut l'utiliser pour taper sur des doigts, les doigts de ceux qui ne font pas le bon calcul. Car les mathématiques relèvent des sciences exactes, de l'intangible donc, comme la règle, et se tromper sur le nombre de morts c'est insulter la dictature, qui n'est qu'une logique radicalisée.