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Bernard Tapie perd son dernier match
International 5 4 min. 03.10.2021
Personnalité

Bernard Tapie perd son dernier match

Business, politique, foot, affaires : l'homme aura marqué 40 ans d'histoire française.
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Bernard Tapie perd son dernier match

Business, politique, foot, affaires : l'homme aura marqué 40 ans d'histoire française.
Photo : AFP
International 5 4 min. 03.10.2021
Personnalité

Bernard Tapie perd son dernier match

Un cancer a fini par emporter cette figure de l'histoire politique, économique et people de la France. A 78 ans, l'homme d'affaires laisse le souvenir d'un battant au charisme incroyable et aux coups tordus nombreux.

Bernard Tapie est décédé dimanche. Atteint depuis 2017 d'un cancer métastasé, il était apparu toujours battant mais amaigri et pâle, les cheveux blancs et les cordes vocales affaiblies lors d'une interview-confession diffusée par BFMTV en janvier 2020. «J'ai eu un parcours extraordinaire» ou «Je suis plus qu'heureux !», s'exclamait-il encore dans les médias en dépit de la maladie. Clap de fin à 78 ans pour celui qui a connu (au moins) six vies publiques : entrepreneuriale, politique, sportive, artistique, médiatique et judiciaire.


(FILES) - A photo taken on November 15, 2013 shows French businessman Bernard Tapie, owner of the French newspaper La Provence, posing as he attends the inauguration of an auto show in Marseille, southern France.
Bernard Tapie will have to pay back 404,623,082.54 euros obtained in 2008, to put an end to a dispute with the French banking group Credit Lyonnais concerning the resale of the Adidas company in 1994, the Paris appeal aourt announced on December 3, 2015. / AFP / BORIS HORVAT
Bernard Tapie se dit "ruiné"
L'homme d'affaires se dit "ruiné" par la décision de la cour d'appel de Paris qui lui "demande de rembourser des sommes "qu'il n'a "même pas touchées".

Incarnation de la réussite sociale et de la flamboyance des années 80, «Nanard», que les Guignols de Canal + qualifiaient de «sévèrement burné», était devenu le symbole de l'homme d'affaires sulfureux à partir du match de football truqué Marseille-Valenciennes en 1993. Un épisode qui lui valut, en 1997, six mois de prison pour corruption et subornation de témoin.

Grande gueule aux serments faciles, il avait le teint hâlé, les cheveux drus et les mâchoires fortes. Son plus gros défaut, admettait-il, était de ne pas «prendre le temps» d'expliquer ses actions. Il assumait aussi le fait d'avoir été un «emmerdeur» parce que, disait-il, «je ne lâche pas les gens».

Daniel Cohn-Bendit, qui l'a côtoyé au Parlement européen, évoquait un «enchanteur», un amateur d'«histoires abracadabrantesques» qu'il «ne faut pas toujours croire»... Bon résumé.

Né le 26 janvier 1943 à Paris, il est le fils d'un ouvrier-chauffagiste. Brièvement membre des Jeunesses communistes, le petit prolo «aux yeux trop grands» (titre d'un de ses livres) pilote des voitures de course, vend des télés, se lance dans la chansonnette. En 1977, il se spécialise dans la reprise et la revente de sociétés en difficulté. Surnommé le «Zorro des entreprises», il s'illustre en 1990 avec le rachat d'Adidas, géant allemand de l'équipement sportif. 

Il se bâtit alors un empire et une fortune qui lui permettent de s'offrir un hôtel particulier à Paris et un luxueux voilier, le Phocéa.

Du sport au petit écran

En 1983, Bernard Tapie investit dans les activités sportives, d'abord en montant une équipe cycliste, «La Vie claire», puis en reprenant le club de foot de l'Olympique de Marseille. En 1988, il bat le record de la traversée de l'Atlantique nord en monocoque à bord du «Phocéa» sur lequel il se trouve en tant qu'armateur : «ce fut le plus beau jour» de ma vie, a-t-il assuré en 2020.

Mettant à profit sa notoriété, il se lance en politique. Défenseur des jeunes de banlieue, il frappe les esprits en acceptant un débat télévisé en 1989 face à la «bête médiatique» qu'est Jean-Marie Le Pen: il ne se démonte pas, le leader du Front national ne gagne pas.

Il devient député («Majorité présidentielle») des Bouches-du-Rhône en 1989 et enchaîne les succès. Aux régionales de 1992, aux législatives de 1993, aux européennes de 1994. Dans ce scrutin, sa liste MRG taille des croupières à celle de Michel Rocard (PS) et met fin, sous l'oeil ravi du président François Mitterrand, séduit par son abattage, aux ambitions présidentielles de l'ex-Premier ministre.

Au printemps 1992, il est nommé ministre de la Ville dans le gouvernement Bérégovoy mais doit démissionner au bout de deux mois pour abus de biens sociaux. Après un non-lieu, il revient à ce poste pour trois mois fin 1992-début 1993. 

1993 : Tapie est au sommet. Ministre et président de l'Olympique de Marseille avec lequel il remporte la Coupe d'Europe. Pas pour longtemps...
1993 : Tapie est au sommet. Ministre et président de l'Olympique de Marseille avec lequel il remporte la Coupe d'Europe. Pas pour longtemps...
Photo : Reuters

1993, c'est quelques jours avant la victoire de Marseille en Coupe d'Europe des clubs champions qu'éclate l'affaire de corruption du match OM-VA.

Dès lors, les foudres de la justice vont s'abattre sur lui, se soldant par de la prison, une mise en liquidation judiciaire personnelle et la perte de ses mandats électifs.

Ce père de quatre enfants va se replier sur sa famille, autour de sa seconde épouse Dominique -son roc-, faire du cinéma («Hommes, femmes, mode d'emploi», de Claude Lelouch), de la radio et du théâtre. Sur TF1, il tient le rôle du Commissaire Valence, de 2003 à 2008.

Après être revenu aux affaires en 2009, il met en 2012 la main sur les derniers titres du groupe Hersant, dont le journal La Provence, à Marseille.

En 2008, il empoche les quelque 400 millions d'euros que lui octroie l'arbitrage dans son vieux conflit avec le Crédit lyonnais sur la vente d'Adidas. Mais, neuf plus tard, il est condamné définitivement à rendre l'intégralité des sommes.

Pourtant, dans le volet pénal de cette saga judiciaire, le tribunal le relaxe en juillet 2019 des accusations «d'escroquerie». «Mon cancer vient de prendre un sale coup dans la gueule! C'est bien la preuve qu'il faut toujours, toujours, se battre jusqu'au bout», avait-il réagi même si le parquet a ensuite fait appel.


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