Belgique

Une coloration «flamand rouge» pour Bruxelles

Bruxelles se compose de 19 communes qui nourrissent un sentiment d’autonomie farouche les unes vis-à-vis des autres, mais aussi des autres 
niveaux de pouvoir.
Bruxelles se compose de 19 communes qui nourrissent un sentiment d’autonomie farouche les unes vis-à-vis des autres, mais aussi des autres 
niveaux de pouvoir.
AFP

Par Max  Hellef

Dans le landerneau politique, leur proposition a fait l’effet d’une bombe: le président des socialistes flamands (SP.A), John Crombez, et l’un de ses camarades de parti, le ministre bruxellois de la Mobilité Pascal Smet, veulent révolutionner Bruxelles en faisant tabula rasa de ses institutions actuelles.

Bruxelles n’est pas une entité homogène. Elle se compose de 19 communes qui nourrissent un sentiment d’autonomie farouche les unes vis-à-vis des autres, mais aussi des autres niveaux de pouvoir. Ce n’est pas sans mal ainsi que les communes partagent une série de compétences avec la Région de Bruxelles-Capitale, née des réformes de l’Etat unitaire belge.

Le «bordel bruxellois»  

Pour ses (nombreux) détracteurs, Bruxelles c’est d’abord le «bordel bruxellois». La mobilité tourne à la pagaille? Certains quartiers sont sales? Des émeutes éclatent? Molenbeek et Bruxelles-ville sont des terreaux du terrorisme? Voilà autant de preuves que Bruxelles est mal gérée, assènent ses critiques qui rêvent de donner un grand coup de pied dans la fourmilière.

Cette fois, ce sont les socialistes flamands qui montent au front. Pour eux, Bruxelles doit être totalement unifiée, les communes doivent être supprimées. Les «rouges» veulent leur substituer une vingtaine d’arrondissements, homogènes au plan démographique et socio-économique.

940 millions d’euros seraient ainsi économisés, affirment-ils. Bruxelles bilingue deviendrait en outre trilingue, l’anglais côtoyant le français et le flamand.

Un flot de critiques sur les réseaux sociaux

La réaction ne s’est pas fait attendre. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, John Crombez et Pascal Smet ont été littéralement carbonisés. Pour la socialiste francophone Laurette Onkelinx, «si on veut tester la limitation des communes, qu’on le fasse d’abord en Flandre». Olivier Maingain, le président de Défi, estime que jamais «une ville-région (ne) pourra régler tous les problèmes sur le terrain». Pour Ecolo, c’est un «coup de pub». Les humanistes du CDH évoquent le retour de «la vieille rengaine du nationalisme flamand»...

Inévitablement, la proposition du SP.A passe pour une énième tentative de mettre Bruxelles – ville bilingue peuplée de plus de 90 % de francophones – sous tutelle flamande. La guerre qui oppose les deux communautés depuis des décennies ne demande qu’à être déclenchée à nouveau… 

Ces réactions viscérales trouvent bien sûr leur origine dans la rivalité communautaire qui oppose les Flamands aux francophones, mais aussi dans les liens qui unissent les différents partis de la place. Les socialistes flamands sont ainsi les alliés historiques de leurs homologues francophones qui tiennent les clés de Bruxelles-ville, mais aussi celles de la Région. Ce qui est dans le chef des socialistes flamands un droit de proposition passe pour trahison en raison de ces connexions.

Plusieurs débordements

Et puis il y a le climat ambiant. Bruxelles a renoué dernièrement avec la violence. Au cours des dernières semaines, plusieurs débordements ont renforcé l’image négative de la ville. Emeutes, bagarres…: la N-VA de Bart De Wever en a profité pour dire et redire ce que beaucoup pensent au nord du pays: la capitale est mal gérée, sa complexité institutionnelle est un non-sens, sa police et ses dirigeants sont trop laxistes, etc.

Ajoutons à ce micmac l’atmosphère de précampagne électorale qui règne sur tout le pays et l’on comprendra pourquoi le feu allumé par les socialistes flamands n’est pas près de s’éteindre.