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Jürgen Conings a bénéficié d’un dysfonctionnement majeur
International 3 min. 17.06.2021
Belgique

Jürgen Conings a bénéficié d’un dysfonctionnement majeur

La ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, ignorait elle-même que Jürgen Conings était «le seul militaire à ce niveau de menace grave»
Belgique

Jürgen Conings a bénéficié d’un dysfonctionnement majeur

La ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, ignorait elle-même que Jürgen Conings était «le seul militaire à ce niveau de menace grave»
Photo: AFP
International 3 min. 17.06.2021
Belgique

Jürgen Conings a bénéficié d’un dysfonctionnement majeur

Un rapport explique dans le détail pourquoi des informations sensibles ne sont jamais parvenues au sommet des renseignements militaires belges.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) - Mais où est donc passé Jürgen Conings? Depuis la disparition de ce militaire belge de 46 ans, armé et adepte des idées d’extrême droite, le mystère reste entier. Menée depuis un mois, la vaste chasse à l’homme n’a pas permis de retrouver le fugitif qui s’est déclaré lui-même être l’«ennemi de l’Etat».


Belgian soldiers patrol near an entrance of Nationaal Park Hoge Kempen in Maasmechelen, northern Belgium, on May 20, 2021. - Police stepped up a manhunt for a Belgian soldier with suspected extreme-right views and access to rocket launchers who went missing after threatening public figures -- including a renowned coronavirus expert. (Photo by Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
Jurgen Conings, l’homme qui fait trembler la Belgique
Ce militaire d’extrême droite reste introuvable et fait craindre le pire aux autorités belges. Il se qualifie d' «ennemi de l'Etat» et a menacé plusieurs cibles dans le pays.

La semaine dernière toutefois, un sac à dos a été découvert à Dilsen-Stockkem (Limbourg), près de l’endroit où avait été retrouvée la voiture du militaire en fuite. Il contenait des munitions d’un calibre similaire à une des armes emportées par le suspect, ainsi que de la nourriture. Différents indices laissent penser qu’il a bien appartenu à Jürgen Conings.

Le fugitif est recherché pour «tentative de meurtre et détention illégale d’armes dans un contexte terroriste». Dans une lettre d’adieu, il a adressé une série de menaces au milieu scientifique et politique. Il pourrait également s’en prendre à une mosquée. La latitude laissée par l’armée à ce militaire pointé comme dangereux à plusieurs reprises par le passé en raison de menaces proférées et d’idées racistes ne laisse pas de surprendre.

Une information capitale non transmise

Mercredi, un rapport de l’inspection interne portant sur les failles du suivi de Jürgen Conings a été présenté à la Chambre. Selon Le Soir, qui a profité d’une fuite, ce rapport atteste de «l’enterrement de première classe d’une information capitale». Celle de l’évaluation par l’Organe de coordination de la menace de Jürgen Conings, «placé le 17 février dernier au niveau 3 de la menace (sur une échelle de 4)»: «il était le seul militaire à ce niveau de menace grave», écrit le quotidien. Et pourtant, Jürgen Conings a pu continuer à avoir accès à des dépôts d’armes où il s’est procuré notamment des lance-roquettes avant de disparaître dans la nature.

Une information aussi sensible aurait dû remonter au sommet des renseignements militaires (SGRS) et à la ministre de la Défense, la socialiste Ludivine Dedonder. Mais la section du SGRS en charge du terrorisme a manifestement failli à sa tâche. Pourquoi? Parce qu’elle serait sous-dotée en effectifs et dirigée par un «civil peu expérimenté», arrivé à ce poste quelques mois seulement avant que le dossier Conings ne lui soit transmis par l’Ocam.


Belgian soldiers prepare in the Nationaal Park Hoge Kempen in Dilsen-Stokkem on May 27, 2021, as the police and army services continue to look for a heavily armed professional soldier, Jurgen Conings, in the province of Limburg. - Belgium's defence minister on May 25, 2021, expressed concern over online support, especially from military personnel, for a renegade soldier on the run after stealing weapons and threatening public figures. The authorities have been hunting for Jurgen Conings, 46, for a week in a forested region close to the border with the Netherlands since finding his car abandoned with four rocket launchers inside, taken from an army base. (Photo by JONAS ROOSENS / BELGA / AFP) / Belgium OUT
L’affaire Conings tourne au règlement de comptes
En Belgique, la ministre de la Défense est sur la sellette. On reproche à la socialiste Ludivine Dedonder de n’avoir pas neutralisé à temps le militaire d’extrême droite toujours introuvable.

Toujours selon le quotidien bruxellois, un autre rapport dira peut-être d’ici une quinzaine de jours pourquoi l’Ocam n’a pas fait davantage circuler une information aussi cruciale auprès des autres services de renseignements concernés.

La publication du rapport Conings dans la presse a mis en colère les députés, tant de la majorité que de l’opposition. Les parlementaires se sont plaints de ne pas avoir eu l’occasion de lire le document. La séance a donc été remise, le temps que chacun en prenne connaissance. La ministre Dedonder –qui joue gros dans cette affaire- a été prise à partie. Et l’on s’est disputé entre le Vlaams Belang (extrême droite) accusé par ses adversaires d’avoir «fabriqué» un Jürgen Conings et le PS. Le député socialiste Christophe Lacroix a lancé un «les fascistes, vous n’aurez jamais le pouvoir en Belgique» au parfum d’années 30.

Le week-end dernier, le journal De Morgen a publié des éléments sortis du dossier Conings. On apprend ainsi que ce militaire n’a jamais été ni tireur d’élite ni soldat d’élite. Il s’agit d’un instable qui a souvent changé d’affectations et ne disposerait que des certifications de base, comme les premiers secours, la réparation de radio et la gestion d’entrepôts. On est très loin du «nouveau John Rambo» applaudi par ses fans sur les réseaux sociaux.

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