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Belgique: Benoît Lutgen remet les clés du parti humaniste

Belgique: Benoît Lutgen remet les clés du parti humaniste

AFP
International 3 min. 16.01.2019

Belgique: Benoît Lutgen remet les clés du parti humaniste

Le Bastognard quitte la présidence du CDH à quatre mois des élections générales.

Par Max Helleff, depuis Bruxelles

Benoît Lutgen a créé la sensation mercredi en annonçant urbi et orbi son départ de la présidence du CDH, le Centre démocrate humaniste. Dans une interview-bilan livrée au ‘Soir’, il dit passer le témoin à son successeur «  dans de bonnes conditions », tout en ressentant un « pincement au cœur ». Il ajoute : « Notre parti est apaisé. Les élections communales se sont bien passées, nous gardons notre nombre de mandataires, des jeunes s’imposent bel et bien ici et là… »

Si Benoît Lutgen devait achever son second mandat à l’automne, ce départ n’en apparaît pas moins précipité. Il intervient à quatre mois des élections générales du 26 mai qui diront beaucoup sur l’état de santé d’un CDH schizophrénique, contraint à l’opposition au fédéral, mais partageant le pouvoir avec les libéraux à la Région wallonne et avec les socialistes à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Il reste que, contre toute attente, le CDH a réussi à sauver les meubles lors des élections communales du 14 octobre dernier, alors qu’on le disait agonisant. Depuis des années, l’ex-Parti social chrétien (PSC) n’en finissait plus de perdre des électeurs. On le disait bon pour la casse. Ses adversaires se voyaient déjà phagocyter un électorat qui ne se retrouvait plus dans ce parti traditionnellement attaché aux valeurs de la famille et de l’éducation, mais trop flou ou pusillanime en d’autres domaines.

L’histoire dira si Benoît Lutgen s’en est allé avant un naufrage postposé ou si son action fut réellement à l’origine d’un rebond. Selon certaines sources, il aurait pris sa décision en raison de problèmes de santé.

Dire que Benoît Lutgen est un habile manœuvrier serait mentir. Il est davantage expéditif et cabochard. « Brut de décoffrage ». Son coup de gueule en 2014 contre l’actuel Premier ministre est encore dans toutes les mémoires : « Charles Michel est un menteur ».

C’est pourtant le même Benoît Lutgen qui, en juin 2017, a tourné le dos au Parti socialiste enfoncé jusqu’au cou dans les scandales pour s’allier au Mouvement réformateur de Charles Michel à la Région wallonne. Depuis, l’ancien ministre-président Paul Magnette refuse de lui parler. La « trahison » de Benoît Lutgen a creusé un fossé profond entre PS et CDH, deux partis qui s’étaient fortement rapprochés à l’époque où Joëlle Milquet, « Madame Non », faisait la pluie et le beau temps chez les humanistes.

Un besoin de revanche sur la vie a souvent guidé Benoît Lutgen dans sa carrière et ses relations familiales. Moins doué, a-t-on souvent entendu, Benoît n’avait pas toutes les qualités de son frère Jean-Pierre, homme d’affaires brillant qui a fait fortune avec ses montres Ice-Watch. Les deux frangins s’étaient affrontés lors des dernières communales. La presse nationale et internationale avait exalté leur duel fratricide.  Benoît l’avait emporté haut la main.

Selon toute vraisemblance, c’est le Namurois Maxime Prévot qui devait reprendre la présidence du CDH. Des élections seront organisées dans les prochaines semaines.

Lutgen reste « ministrable ». Il se dit prêt à monter dans une future coalition si « la présidence (de parti) lui demande ». Au passage, il met en garde contre la N-VA de Bart De Wever et s’inquiète face à une Europe menacée par les poussées populistes : « Il est urgent de revenir au sens des responsabilités, à un monde plus rationnel, de redonner toute sa place à l’éducation. Les partis démocratiques doivent se rassembler sur l’essentiel. » Après 75 ans de paix, tout peut rapidement basculer, prévient-il en substance.  

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