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Bart De Wever se dresse en rempart contre l’IVG
International 3 min. 13.07.2020

Bart De Wever se dresse en rempart contre l’IVG

Alors que la Belgique se débat toujours avec la crise du covid, ses politiques ont d'autres préoccupations en tête.

Bart De Wever se dresse en rempart contre l’IVG

Alors que la Belgique se débat toujours avec la crise du covid, ses politiques ont d'autres préoccupations en tête.
Photo : AFP
International 3 min. 13.07.2020

Bart De Wever se dresse en rempart contre l’IVG

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Le nationaliste flamand conditionne la participation de son parti au gouvernement fédéral au rejet de la loi dépénalisant l’avortement. La coalition "Arizona" pourrait ne pas y survivre.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Le climat qui règne sur les discussions entourant la formation du prochain gouvernement fédéral s’est dégradé davantage ce week-end en raison d’une sortie du nationaliste flamand Bart De Wever. Le patron de la N-VA a fait de la question de l'avortement un point de rupture : si la nouvelle loi dépénalisant l’IVG devait passer, son parti refuserait de revenir au pouvoir.

«Je peux vous dire que si des partis donnent le feu vert à une loi que je trouve scandaleuse, ce sera compliqué de faire comme si de rien n'était avec eux le lendemain. C’est en fait impossible, ça ne fonctionnera pas. Si ces partis pensent qu’ils peuvent sur cette base former un gouvernement avec les socialistes, les communistes et les verts, ils n’ont qu’à le faire. Ce sera un gouvernement nul en Flandre, avec zéro soutien», a déclaré Bart De Wever. Il visait ainsi essentiellement les libéraux du nord et du sud du pays, lesquels cherchent en ce moment à former la coalition qui succédera au gouvernement Wilmès.


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La nouvelle loi abrogeant complètement les sanctions pénales punissant l’IVG fait l’objet d’un marchandage entre partis politiques, dont certains ont changé d'avis en cours de route.

Les manœuvres laborieuses visant depuis plus d’un an à jeter les bases du futur gouvernement fédéral reviennent ainsi sur le champ éthique. Enlever le fardeau qui pèse encore sur les épaules de la femme justifie-t-il de mettre fin à l’existence d’un fœtus? Et à quel moment commence la vie? Les réponses à ces questions divisent classiquement les partisans et les adversaires de la nouvelle législation qui revoit la loi de 1990. Outre l’extension du délai d’interruption volontaire de grossesse de 12 à 18 semaines, elle réduit le délai de réflexion à 48 heures. L'IVG est en outre (presque) totalement dépénalisée. 

Au début du mois, la proposition de loi socialiste avait été recalée en plénière à la Chambre pour la troisième fois. La N-VA, les chrétiens-démocrates du CD&V et le Vlaams Belang (extrême droite) avaient fait cause commune pour la renvoyer au Conseil d’Etat, au grand dam des socialistes, des libéraux, des écologistes et des communistes qui la soutiennent. Le parti humaniste francophone (CDH, ex-Parti social-chrétien) s’était lui aussi opposé au nouveau texte, non sans engendrer une fracture en ses rangs.


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Depuis 2009, les demandes d'interruption volontaire de grossesse adressées au Planning familial ne sont plus réorientées vers l'étranger. Et ça change tout, comme le rappelle la structure dans son rapport annuel.

L’avis du Conseil d’Etat n’était pas attendu avant deux mois, ce qui laissait a priori aux partis le champ libre pour reprendre les discussions. Mais en fin de semaine dernière, la juridiction s’est prononcée sur les amendements déposés par les opposants à la proposition de loi. Jeudi, les débats parlementaires pourraient reprendre.

Cette énième péripétie complique substantiellement les démarches qu’ont entamées il y a plusieurs semaines déjà les présidents des partis toujours au pouvoir dans le gouvernement Wilmès. Le chrétien-démocrate flamand Joachim Coens, le libéral francophone Georges-Louis Bouchez et le libéral flamand Egbert Lachaert rêvent de construire une coalition "Arizona" qui les maintiendrait au pouvoir, tout en prenant à bord la N-VA de Bart De Wever, les humanistes francophones et les socialistes flamands. Ces deux derniers partis ont toutefois pris récemment leurs distances. De Wever, lui, pose un ultimatum clair et net.

Dans ce contexte, le retour devant la Chambre de la loi dépénalisant l’avortement est une mauvaise nouvelle pour la droite au pouvoir. «Il faut garder la tête froide», a réagi aux propos de Bart De Wever le libéral Georges-Louis Bouchez, toujours à la manœuvre. «Et ne pas trop se laisser impressionner par de telles phrases.» 

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