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Avec ou sans Michel, la Belgique patauge
International 3 min. 05.07.2019

Avec ou sans Michel, la Belgique patauge

Avec ou sans Michel, la Belgique patauge

Photo: AFP
International 3 min. 05.07.2019

Avec ou sans Michel, la Belgique patauge

Le départ prochain du Premier ministre belge pour la présidence du Conseil européen intervient dans un contexte politique difficile pour le Royaume.

Par Max Helleff (Bruxelles)

«Nul n'est prophète en son pays». Charles Michel peut apprécier ce dicton en jugeant du peu d'enthousiasme que sa nomination au poste de président du Conseil européen soulève en Belgique francophone. A l'exception notoire du socialiste Paul Magnette qui s'est montré fair-play, ce sont soit les quolibets soit un silence assourdissant qui ont accueilli sa promotion.


FILE - In this July 16, 2013 file picture labor minister, Ursula von der Leyen , poses for the media in Berlin.   Germany will get its first female defense minister in Chancellor Angela Merkel's new government, while the country's influential finance minister will stay in his job. Merkel confirmed Sunday  Dec. 15, 2013 that Ursula von der Leyen, currently labor minister, will become defense chief. The 55-year-old mother of seven inherits the job of modernizing the German military and overseeing its deployment in Afghanistan. Finance Minister Wolfgang Schaeuble, Merkel's co-pilot in fighting Europe's debt crisis, will stay on.  (AP Photo/dpa, Victoria Bonn-Meuser,file(
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Les 28 chefs d'Etat européens auront mis trois jours pour trouver un accord.

Si Charles Michel laisse aujourd'hui un goût amer à ses adversaires, il laissera demain le pays à ses turpitudes. Le Soir résume ainsi les tensions du moment: «Une sortie providentielle par le haut en tout cas pour un Premier ministre plus populaire sur la scène européenne que belge, qui quitte un pays plus ingouvernable que jamais.»

L'envol de Charles Michel pour les hautes sphères européennes intervient en effet à un moment critique pour le Royaume. Son gouvernement est en affaires courantes depuis qu'en décembre dernier la N-VA de Bart De Wever a claqué la porte pour marquer son opposition au «pacte de Marrakech».

La coalition se fait attendre

Les élections du 26 mai ont un peu plus divisé le pays. La N-VA est restée le premier parti de Flandre, mais elle est désormais talonnée par l'extrême droite du Vlaams Belang. Le Parti socialiste et Ecolo sont sortis vainqueurs des urnes en Wallonie et à Bruxelles.

Depuis lors, aucun progrès tangible n'a été enregistré dans la formation d'une coalition au fédéral. Les informateurs Didier Reynders et Johan Vande Lanotte ont vu leur mission prolongée d'un mois, mais ils restent bredouilles.


Après que les négociations avec les communistes ont échoué, le PS d'Elio di Rupo envisage une coalition minoritaire avec les écologistes en Wallonie.
Le «Coquelicot» cherche à éclore en Wallonie
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Les obstacles se multiplient. Ainsi, Bart De Wever, le président de la N-VA, a-t-il choisi de lier la formation du gouvernement régional flamand à celle du gouvernement fédéral. Le stratagème aboutit à dire aux partis du nord désireux d'entrer dans la prochaine coalition fédérale qu'ils devront tenir compte des positions de la N-VA s'ils veulent gouverner la Flandre... où les nationalistes font la pluie et le beau temps.

Un cas de figure inédit

Il y a donc fort à parier que la Belgique n'aura pas de nouveau gouvernement lorsque, le 1er décembre prochain, Charles Michel prendra officiellement ses fonctions européennes. L'actuelle équipe gouvernementale en affaires courantes continuera à piloter le pays, mais avec une représentativité solidement émoussée. Les chrétiens-démocrates flamands, ainsi que les libéraux du nord et du sud du pays qui composent la coalition sortante, ne disposent en effet plus que de 38 sièges sur 150 à la Chambre.

Un tel contexte devrait servir l'actuel ministre des Affaires étrangères, le libéral francophone Didier Reynders. Son récent échec au secrétariat général du Conseil de l'Europe le rend disponible pour la place laissée vacante par Charles Michel. Ni les chrétiens-démocrates flamands, ni les libéraux flamands, ne devraient lui contester cet honneur en principe temporaire.

L'usage veut par ailleurs que lorsque le Premier ministre démissionne, l'ensemble du gouvernement démissionne. La règle n'est toutefois pas écrite. Ce cas de figure n'a de surcroît jamais été rencontré en affaires courantes. Le constitutionnaliste Marc Verdussen évoque ce scénario: une démission collective de l'actuelle équipe gouvernementale laisserait place à un nouveau gouvernement composé probablement des mêmes… ministres, lesquels pourraient diriger la Belgique en attendant la nouvelle coalition issue des négociations entre les partis vainqueurs (ou non) des élections du 26 mai…


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