Après les inondations, stop à la bétonisation
Après les inondations, stop à la bétonisation
De notre correspondant MAX HELLEFF (Bruxelles) - Quelle est la part de responsabilité humaine dans les inondations qui ont dévasté la Wallonie les 14 et 15 juillet derniers? Cette question sera prise en compte par la commission d’enquête parlementaire qui vient d’ouvrir ses travaux au sein du Parlement wallon. Le réchauffement climatique et ses conséquences y seront notamment évoqués.
Les rapports successifs du Giec n’ont eu de cesse d’insister sur les causes anthropiques des changements qui affectent notre climat. En un mot, si la Terre se réchauffe, c’est en large partie en raison des émissions de gaz à effet de serre qui résultent de l’activité humaine. Mais le recours frénétique aux énergies fossiles et la pollution qui s’en dégage ne sont pas seuls en cause. Pour de nombreux urbanistes et spécialistes de l’aménagement du territoire, il est clair que les récentes inondations doivent beaucoup à la «bétonisation» des sols.
Ce phénomène est très actuel dans le Brabant wallon (sud de Bruxelles) qui construit à tout-va. Il est ancien sur les bords des rivières liégeoises – et plus particulièrement la Vesdre – littéralement prisonnières du bâti qui a artificialisé les vallées dès la révolution industrielle. Ce modèle-là, qu’il soit ancien ou nouveau, n’a plus lieu d’être, estiment Natagora, Inter-Environnement Wallonie et le WWF, les trois principales associations francophones de protection de l’environnement.
Face aux défis climatiques
Aussi, viennent-elles d’adresser un manifeste «No Nature No Future» au gouvernement wallon qui reprend dix mesures visant à protéger la nature tout en profitant au bien-être des populations.
Le message est clair : «Il est fondamental de rendre à la nature et aux sols leurs fonctions régulatrices, affirme ce manifeste, pour nous aider à nous adapter aux événements climatiques appelés à se succéder. La nature offre des solutions permettant de réduire l’impact des inondations comme des sécheresses grâce à une absorption et un stockage naturels de l’eau. Protéger, gérer durablement et restaurer les écosystèmes naturels assurera une réponse efficace et adaptative aux défis climatiques, tout en assurant une sécurité alimentaire, en créant des emplois et en nous protégeant contre les catastrophes naturelles. »
Trois thématiques sont abordées. La première consiste en un «stop au béton» toujours attendu en dépit de l’engagement du gouvernement wallon de ralentir l’artificialisation des sols, avant de la stopper en 2050. Mais le temps presse. Or, selon les trois associations, il importe de «limiter, voire d’interdire, la construction et l’imperméabilisation des sols en zone inondable, à la source des cours d’eau, en zone humide et en zone d’épanchement des cours d’eau».
La seconde thématique propose un certain nombre de pistes visant à «renaturer» l’agriculture, notamment en privilégiant l’agriculture extensive au détriment du modèle industriel intensif. Le dernier point est consacré aux forêts – souvent malades – et à la restauration des zones humides qui doivent «nous protéger des inondations».
Ce vaste programme est soumis à la signature populaire. Jusqu’où sera-t-il pris en compte par la commission d’enquête parlementaire wallonne qui se penche sur une catastrophe qui a fait 38 morts? Sera-t-il plus largement entendu par le politique et traduit en actes concrets, au régional comme au fédéral (où il est question de mettre également en place une commission d’enquête)? Ce sont là des questions auxquelles les défenseurs de l’environnement voudraient voir apporter des réponses.
Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.
