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Après le choc : L'UE s'active pour éviter une contagion du Brexit
International 4 min. 24.06.2016

Après le choc : L'UE s'active pour éviter une contagion du Brexit

Maurice FICK
Maurice FICK
Après le coup de tonnerre venu de Londres, l'UE a resserré les rangs vendredi pour éviter toute contagion du Brexit. Les dirigeants de l'UE pressent Londres d'engager sans tarder une procédure de divorce qui s'annonce laborieuse.

(AFP) - Après le coup de tonnerre venu de Londres, l'UE a resserré les rangs vendredi pour éviter toute contagion du Brexit. Les dirigeants de l'UE pressent Londres d'engager sans tarder une procédure de divorce qui s'annonce laborieuse.

Mais préserver le projet européen passera par une remise en cause inévitable, ont insisté plusieurs voix au sein de l'Union, à l'image de celle du chef de l'Etat français, François Hollande, qui a appelé l'Europe à "se concentrer sur l'essentiel".

"Aujourd'hui, nous sommes déterminés à garder notre unité à 27", a lancé le président du Conseil européen, Donald Tusk, s'exprimant à Bruxelles au nom des Etats membres de l'UE. "C'est un moment historique, mais assurément pas un moment pour une réaction hystérique".

«La réaction en chaîne que les eurosceptiques célèbrent maintenant un peu partout n'aura absolument pas lieu», a assuré Martin Schulz, président du Parlement européen (à gauche).
«La réaction en chaîne que les eurosceptiques célèbrent maintenant un peu partout n'aura absolument pas lieu», a assuré Martin Schulz, président du Parlement européen (à gauche).
Photo: REUTERS

Pourtant, le choix des Britanniques, est "un coup porté à l'Europe, un coup porté au processus d'unification européenne", a reconnu, de Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel.

Au point de sceller le début de la fin pour l'UE? A la question posée en salle de presse de la Commission, son président Jean-Claude Juncker a répondu par un "non" laconique, avant de prendre congé sous les applaudissements de son staff.

Le chef de l'exécutif européen venait de lire un communiqué commun rédigé à l'issue d'une réunion au sommet avec M. Tusk et le président du Parlement européen, Martin Schulz, pour préparer une réponse coordonnée au séisme du Brexit.

"La réaction en chaîne que les eurosceptiques célèbrent maintenant un peu partout n'aura absolument pas lieu", a assuré M. Schulz, qui a annoncé la convocation d'une session plénière extraordinaire du Parlement européen mardi.

L'extrême droite européenne n'a en effet pas tardé à exploiter le vote des Britanniques, à l'image de la cheffe du Front national français Marine Le Pen, du député néerlandais Geert Wilders et de l'Italien Matteo Salvini, qui ont réclamé des référendums dans leurs pays.

Négociations «immédiates»

"Nous attendons maintenant que le gouvernement du Royaume-Uni rende effective cette décision du peuple britannique dès que possible", ont écrit MM. Tusk, Juncker, et Schulz, dans un communiqué commun.

Bruxelles ne veut surtout pas que se prolonge trop longtemps la période d'incertitude que vont provoquer les tractations sans précédent autour de l'"accord de retrait" entre le Royaume-Uni et l'UE, et a peu goûté, déjà, les signaux envoyés par Londres vendredi matin.

François Hollande a téléphoné au Premier ministre britannique, David Cameron, pour lui exprimer sa «déception» et sa «tristesse» après le Brexit, a-t-on indiqué vendredi à l'Élysée.
François Hollande a téléphoné au Premier ministre britannique, David Cameron, pour lui exprimer sa «déception» et sa «tristesse» après le Brexit, a-t-on indiqué vendredi à l'Élysée.
Photo: AFP

Le Premier ministre britannique David Cameron a annoncé son intention de démissionner pour laisser son successeur engager ces tractations à partir de l'automne, quand il aura été choisi par le Parti conservateur britannique.

Mais les négociations "doivent commencer immédiatement", a insisté le chef de file au Parlement européen du PPE (droite), Manfred Weber, illustrant l'impatience bruxelloise. "Nous avons besoin de clarté, nous devons éviter toute sorte d'incertitudes", a-t-il martelé.

La question devrait être au coeur du premier grand sommet européen post-Brexit, qui doit se réunir les 28 et 29 juin à Bruxelles. Avant cela, les chefs de la diplomatie des six pays fondateurs de l'UE (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas) se retrouveront dès samedi à Berlin.

«Une claque»

En attendant, plusieurs voix s'élèvent pour que l'Europe tire les leçons du désaveu des Britanniques.

L'Europe a pris une "claque", a admis le Premier ministre belge Charles Michel, tout en appelant à ne pas céder à la "panique". "Il faut garder la tête froide" et "trouver très vite le chemin pour faire en sorte que l'on puisse faire rebondir le projet européen".

Son homologue tchèque, Bohuslav Sobotka, a estimé que l'Union n'était "absolument pas" menacée. Mais elle "doit changer rapidement", être "plus flexible, moins bureaucratique" parce que le "projet européen a besoin d'être bien plus soutenu par les citoyens".

"Un vote serré en faveur du camp du maintien aurait été un avertissement pour l'UE, mais une sortie représente un séisme politique", a commenté le chef de la diplomatie autrichienne, Sebastian Kurz, estimant que l'UE "survivra" au prix de "réformes majeures des institutions".

Le président français a été plus précis, jugeant que "l'Europe ne peut plus faire comme avant" face au danger "immense" des "extrémismes et des populismes", surfant sur le défiance des citoyens à l'égard d'une Union jugée intrusive et bureaucratique.

"La France sera donc à l'initiative pour que l'Europe se concentre sur l'essentiel", a promis M. Hollande, mentionnant nommément "la sécurité", "l'investissement pour la croissance et pour l'emploi", "l'harmonisation fiscale et sociale", ainsi que "le renforcement de la zone euro et de sa gouvernance démocratique".

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