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Après l'attentat, Strasbourg archive soigneusement les hommages
Les dessins sont déposés «entre deux buvards capables d'absorber trois fois leur poids en eau» et ils sont mis sous presse pour être aplatis, explique Bernard Santoni.

Après l'attentat, Strasbourg archive soigneusement les hommages

Photo: AFP
Les dessins sont déposés «entre deux buvards capables d'absorber trois fois leur poids en eau» et ils sont mis sous presse pour être aplatis, explique Bernard Santoni.
International 2 min. 12.01.2019

Après l'attentat, Strasbourg archive soigneusement les hommages

Une petite fille en larmes sur la page arrachée d'un cahier, un bout de carton clamant «Strasbourg, mon amour», une cigogne en pleurs devant la cathédrale... Les mots déposés sur des autels improvisés après l'attentat du 11 décembre 2018 sont soigneusement collectés et restaurés par les archives de la ville.

(AFP) – Souvent altérés par la pluie et la neige, les dessins laissés sur le parcours meurtrier de Chérif Chekatt sont confiés à l'atelier de Bernard Santoni. Commence alors pour le maître relieur et restaurateur un long processus d'archivage. D'abord nettoyés avec un chiffon en microfibres, ils sont ensuite débarrassés, à l'aide d'un pinceau en poils de chèvre, d'éventuels grains de sable et poussières.

Plus d'une centaine de messages d'hommage et de soutien ont déjà été collectés, les premiers dès le 18 décembre, soit une semaine après l'attentat.
Plus d'une centaine de messages d'hommage et de soutien ont déjà été collectés, les premiers dès le 18 décembre, soit une semaine après l'attentat.
Photo: AFP



A drawing reading "I'm Strasbourg" is pictured during a gathering around a makeshift memorial at Place Kleber, in Strasbourg, on December 16, 2018 to pay a tribute to the victims of Strasbourg's attack. - Four people were killed and 12 wounded when a lone gunman, identified as Cherif Chekatt, 29, opened fire on shoppers near the Christmas market, on December 11, 2018, according to French officials. (Photo by SEBASTIEN BOZON / AFP)
Attentat de Strasbourg: une 5e victime est décédée
Une cinquième victime de l'attentat de Strasbourg, perpétré mardi soir dans l'est de la France par Chérif Chekatt, est décédée dimanche soir, a-t-on appris auprès des autorités locales, alors qu'une émouvante cérémonie en l'honneur des victimes avait réuni plus de 1.000 personnes le matin même.

Sur la grande table de son atelier, les dessins déjà secs, soigneusement rangés sous plastique, sont en pile: place Kléber, rue des Orfèvres, des Arcades, du Saumon.... Ce sont les lieux où adultes et enfants, touristes et habitants, ont voulu laisser une trace écrite de leur émotion et rendre hommage aux cinq hommes tués et dix personnes blessées dans l'attentat.

Sur un autre papier est écrit, «à quelques minutes près, à quelques mètres près, ça aurait pu être nous», tandis qu'un message clame «tous unis contre la barbarie» et qu'une étoile dessinée au feutre le souligne, «on pense tous à vous».

«Ça ce sont des dessins d'enfants, c'est en italien, c'est dédié à l'oncle, "Zio", qui est mort pendant l'attentat donc je pense au journaliste italien» tué, Antonio Megalizzi, 28 ans, suppose Bernard Santoni.
«Ça ce sont des dessins d'enfants, c'est en italien, c'est dédié à l'oncle, "Zio", qui est mort pendant l'attentat donc je pense au journaliste italien» tué, Antonio Megalizzi, 28 ans, suppose Bernard Santoni.
Photo: AFP

«Course contre la montre»


French President Emmanuel Macron is about to lay a white rose at a monument near the Christmas market in Strasbourg's Kleber square, used as a makeshift memorial for the victims of the December 11 attack who killed four people. - The alleged gunman who had been on the run since allegedly killing four people at Strasbourg's popular Christmas market has been shot dead by police on December 13 in the Neudorf neighbourhood of Strasbourg. (Photo by Jean-Francois Badias / AFP)
Macron au chevet de Strasbourg
Trois jours après l'attentat contre le marché de Noël de Strasbourg, Emmanuel Macron s'est longuement attardé vendredi soir au chevet de la ville endeuillée, où le bilan de l'attentat jihadiste s'est alourdi avec un quatrième décès, celui d'un journaliste italien.

«C'était un peu une course contre la montre face aux éléments, car pour ces documents dessinés, imprimés sur du papier machine ou sur un cahier d'écolier, la moindre goutte d'eau est fatale», explique Franck Burckel. Pour autant, il s'agit d'une «collecte très particulière», comme après les attentats de Nice et de Paris. «Il fallait agir vite, mais sans brusquer les gens», ajoute-t-il.

Photo: AFP



La Préfecture indique ce mercredi matin que 350 policiers et gendarmes sont toujours mobilisés à Strasbourg pour traquer le tireur en fuite.
Deux morts et 14 blessés à Strasbourg, le meurtrier recherché
Un homme de 29 ans a tué deux personnes et en a blessé 14 autres mardi soir en «trois points» du centre-ville de Strasbourg. Des centaines de membres des forces de sécurité le traquent toujours ce mercredi matin. Le gouvernement Macron a placé la France en «urgence attentat».

Les messages des proches des victimes n'ont pas été ramassés tout de suite, mais seulement après Noël. Une fois la collecte et la restauration achevées, les documents seront photographiés, intégralement numérisés et mis en ligne, en principe au printemps. Ils seront consultables par tous sur le site des archives municipales.

Un mois exactement après l'attentat, devant le restaurant La Stub d'où sortait Pascal Verdenne, 61 ans, quand il a été tué, des bougies éteintes, des fleurs et quelques messages délavés par la pluie et la neige sont encore présents.

«Toujours plus forts, toujours plus soudés», proclame une pancarte en carton encore accrochée avec des ficelles place Kléber. En début de semaine prochaine, les derniers documents en bon état seront collectés pour être archivés. Le reste sera regroupé place Kléber, au cœur du Strasbourg historique, choisie comme lieu de mémoire du traumatisme de la ville.